Erdogan ou la revanche turque

Publié le par Abdelkarim Chankou

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Malgré la laïcisation et l’alphabet latin imposés par Mostafa Kemal, l’islam et une animosité envers l’Occident n’ont jamais totalement déserté les cœurs et la terre turcs. La rancune remonte au moins à la célèbre grande bataille navale de Lépante qui se déroula le 7 octobre 1571 (au large de Naupacte) à proximité du golfe de Patras en Grèce.

 

Regroupée sous le nom de « Sainte Ligue », la flotte chrétienne, composée essentiellement  de Venise et de l’Espagne, y affronta la marine ottomane. La bataille se conclut par une lourde défaite pour les Ottomans.

 

Depuis beaucoup d'eau aura coulé sous les ponts et l’empire ottoman connaîtra de hauts et des bas. Un dernier point de rupture sera la victoire éclatante des islamistes du parti du Refah de Erbakan à fin 1994, et surtout la montée en puissance de l’AKP (parti islamiste actuellement au pouvoir) avec la nomination de l’ancien maire d’Istanbul, Recep Tayyip Erdogan, Premier ministre le 14 mars 2003.

 

Ce dernier qui sera reconduit trois fois dans ses fonctions sait se montrer fédérateur aussi bien des Turcs que des Arabes nostalgiques de l’époque d’avant la naqba, soit le 14 mai 1948, marquant la date de la proclamation de l’Etat d’Israël.

 

Erdogan semble avoir trouvé le bon nerf sur lequel il faut tirer chaque fois que le corps arabe replonge dans la léthargie : Israël qui ne cesse de provoquer la Turquie et l’Union européenne dont certains chefs d’Etat des pays membres refusent publiquement et catégoriquement l’adhésion de la Turquie, le président français Nicolas Sarkozy entre autres.

 

Avec Israël, la confrontation la plus spectaculaire -il y en a eu plusieurs dans l’ombre-, sera l’altercation entre Erdogan et le président israélien Shimon Perez à Davos au bout de laquelle le Premier ministre turc quittera le Forum économique en promettent de plus jamais y mettre les pieds. Ensuite surviendra l’épisode du navire humanitaire Marmara pris d’assaut par les Forces spéciales israéliennes et qui a aboutit notamment au gel par la Turquie de toute coopération militaire avec l’Etat hébreu qui refuse de demander pardon pour la mort de 9 citoyens turcs sur le navire…  

 

Bref, la nouvelle Turquie qui se définit par la bouche même de Recep Tayyip Erdogan comme celle des néo-ottomans maintient son offensive inexorable et multi-fronts. D’un côté elle continue la provocation de l’Occident en s’attaquant à l’un de ses alliés le plus sûr, Israël, et en même temps semble chercher le bon prétexte de claquer la porte de l’OTAN ; et de l’autre elle met la pression nécessaire sur les masses arabes avides de gloires d’antan.

 

En débarquant hier en Egypte pour annoncer son soutien à la proclamation d’un Etat palestinien et aussi pour rencontrer les dirigeants de la Ligue arabe, Erdogan devra prononcer un important discours à l’adresse du Monde arabe, à l’Opéra cairote.

 

S’il est encore tôt de spéculer sur la teneur de ce discours, on peut déjà dire sans médire qu’il sera la revanche sur l’Occident qui au début du siècle dernier soutint les nationalismes arabes contre un empire ottoman expansionniste. Ce faisant, Erdogan, le néo-ottoman,  haranguera à son tour les foules du Printemps arabe contre un Occident qui a déjà dégainé en annonçant par le biais du G7 la consécration de quelque 40 milliards de dollars pour soutenir cette « movida arabe » !

Publié dans Edito

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