Faut-il exclure le Qatar de la Ligue arabe ?

Publié le par Karim El Maghribi

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Tapis rouge pour l'émir

 

Quelles que soient les arguments avancés par les unes et les autres pour justifier l’opportunité et la pertinence la visite- éclair de l’émir du Qatar Hamad Ben Khalifa Al Thani à la bande de Gaza le mardi 23 octobre il n’en demeure pas vrai et juste que cette visite est une violation flagrante des résolutions de l’Assemblée générale de l’ONU et de la Ligue arabe. 

 

Lors des sommets d’Alger de 1973 et de Rabat, une année plus tard (26 octobre), la Ligue Etas Arabes a reconnu l’Organisation de la Libération  Palestinienne (OLP) en tant que «représentant légitime et unique du peuple palestinien » et l'Assemblée générale de l'ONU a fait de même le 14 mai 1974 par 105 voix contre 4. Dès lors une exclusion du Qatar de la Ligue Arabe s’impose avec acuité ; d’autant que l’Egypte en a été chassée durant dix années, de 1979 à 1990, pour moins que ça, à savoir la signature du traité de paix avec Israël en 1978. Mais qui peut oser prendre une telle décision contre un émirat qui en pleine crise financière mondiale investit 100 milliards de dollars dans le monde dont 6 milliards en France ? En tout cas cette visite qui ne nous pas étonné outre mesure, aura fait deux morts, en même temps : Mahmoud Abbas, le président légitime de l’Autorité palestinienne qui n’a pas accompagné l’émir dans cette visite qui a donné du crédit au gouvernement illégitime et dissident du Hamas (la branche de la confrérie musulmane égyptienne dont le grand parrain financier est HE Hamad Ben Khalifa Al Thani himself) et la moribonde Ligue arabe à laquelle cette visite émirienne aura porté l’estocade finale.

 

Maintenant qu’apporte cette visite à l’émir ? Sachant que de par son éducation anglaise, il ne se déplace jamais pour rien et, contrairement à ce beaucoup croient, ne jette jamais l’argent par les fenêtres (les ouvriers étrangers sont payés entre 200 et 300 dollars au Qatar), on est certain que son bref passage à Gaza lui a apporté en termes d’image et de  notoriété beaucoup plus que les 250 ou 400 millions dollars injectés essentiellement dans la reconstruction de logements détruits lors de la guerre avec Israël  en 2006.

 

En effet, HE Hamad Ben Khalifa Al Thani traîne une palanquée de casseroles depuis 1995 quand, alors ministre de la défense, il renversa son papa qui était en visite en Suisse. Ce putsch bien que familial n’a jamais été totalement pardonné par une partie des 250.000 qataries dont la majorité vit encore comme les bédouins du siècle dernier.

 

De même HE Hamad Ben Khalifa Al Thani s’est fait une mauvaise réputation en soutenant la rébellion salafiste anti-Kadhafi en Libye dans l’espoir de faire main basse sur les gisements d'or noir et du gaz du pays au profit des majors pétrolières sans lesquelles le Qatar n’est rien. Idem de la rébellion anti Benali en Tunisie ou encore anti Assad en Syrie. Sans oublier le financement des extrémistes au Nord Mali… Donc pour se refaire une virginité, quoi de plus efficace qu’un grand coup médiatique ? Un maximum de boucan pour un minimum d’effort. En l’occurrence la visite à Gaza, la seule effectuée jusque-là par un chef d’Etat étranger à la bande. Aussi, ce mini-périple à Gaza, qui n'a rien de spontané, sera-t-il  bien vu et noté à Washington, et surtout chez les voisins sunnites du Qatar ; dans ce sens qu'il arrache le Hamas à l'emprise iranienne.

 

Sachant bien que la Palestine demeure des loin la cause qui fait vibrer les foules arabes (l'accueil spectaculaire et chaleureux réservé à  Khaled Mechaal, le chef du Bureau politique du Hamas et ami de l’émir, dans certaines capitales maghrébines, au mois de juillet dernier, l’a très bien mis en évidence), l’image d’un Ben Khalifa Al Thani cassant le blocus frappant Gaza depuis 2006 pour venir en aide aux pauvres Gazaouis est de nature à absoudre en un click tous les « péchés » de l’émir, que représentent 300 ou 400 millions de dollars dont une bonne partie ira forcément dans les caisses des cimenteries du « big brother » égyptien est un bon placement à faible coût. Il reste évidemment le cas du pauvre Mahmoud Abbas qui devrait ressentir cette visite comme une trahison. Là aussi l’émir aura fait d’une pierre deux coups : D’un côté, il aura fait payer à Abou Mazen sa neutralité sur le dossier syrien (Abbas avait déclaré à Al Jazeera que la Palestine soutiendra ce que le peuple syrien choisira) et de l’autre, il aura puni le chef de l’OLP d’avoir trop été le chouchou de l’Arabie saoudite à laquelle, malgré les apparences, la Qatar voue une certaine haine du fait que celle-ci a toujours combattu les frères musulmans. Une attitude hostile qui certes a changé ces derniers mois.

Publié dans Focus

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