Fric et politique au Maroc

Publié le par Karim El Maghribi

4240700822_e1e551a585.jpgQuoique longtemps marginalisé par le pouvoir, le Nord du Maroc, surtout le Rif, a toujours été un réservoir intarissable de devises du Royaume. Les enfants de cette région quand ils quittent le pays travaillent dans les pays européens qui payent bien comme la Belgique, l’Allemagne, la Hollande ou encore la Scandinavie. A cette manne d’argent provenant de l’immigration s’ajoute un sens des affaires très particuliers des Rifains qui abhorrent de nature les besognes où l’employé corvéable jusqu’à la corde doit attendre le versement de sa maigre pitance à la fin de chaque mois.

« Il y a tellement de fric dans le Rif que Bank Al Maghrib (la Banque centrale) recourt régulièrement aux services de la Gendarmerie royale pour le transférer par hélicoptère à Rabat », confie un connaisseur de la région. Mais ce qui gagne les coffres de Bank Al Maghrib n’est qu’une petite partie du trésor. La plupart des Rifains préfèrent garder leur argent chez eux au chaud, tel quel, sans le changer contre le dirham.

C’est cet argent qui dort sous les matelas fait saliver bon nombre de Marocains du centre et du sud du Maroc, surtout les politiques d’entre eux ; car la « politique sans le fric c’est comme un slip sans élastique » comme dirait l’autre. Un parti marocain qui compte sur les cotisations de ses membres ou sympathisants ou encore sur les subsides de l’Etat c’est comme un journal qui compte sur les ventes et les aides du gouvernement en boudant la pub.

Et à part le journal officiel ou le parti de l’Istiqlal aucune formation politique ne peut survivre et fonctionner correctement sans beaucoup d’argent provenant sous forme de donations des milieux aisées tels le patronat, les lobbys et autres structures. Le journal officiel peut se passer de la pub et le parti de l’Istiqlal a eu le temps pour tisser des liens solides avec certains milieux industriels qui mettent la main à la poche sans compter afin de continuer de bénéficier des protections de l’Etat contre une ouverture des frontières inéluctable et de plus en plus menaçante.

Ce détour pour dire que tout nouveau parti qui veut perdurer et gagner les élections et les cœurs dont ceux des masses désœuvrées et en mal de reconnaissance doit d’abord s’assurer une source financière la plus durable possible. Les élites et les « gauchos » repentis c’est bien mais ça ne mange pas de pain. Le fric qui ronfle sous les oreillers dans le Nord devient donc de facto l’objet d’une féroce chasse au trésor. C’est à qui séduira le plus.

Ne dit-on pas que l’argent c’est le nerf de la guerre ? Guerre qui devient très féroce quand un politique plein aux as se trouve sur le chemin de gloire d’un autre fauché comme du blé...

Publié dans Confidentiel

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