Judaïsme marocain : la résurrection de Slat al Fassiyine

Publié le par Abdelkarim Chankou

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Une vue de Slat al Fassiyine avant restauration à l'identique. Toshabim (de rite local), elle daterait du XVIe

Simon Lévy devrait être boire du petit lait dans sa tombe. L’ancien Directeur de La Fondation du patrimoine culturel judéo-marocain (FPCJM) n’a jamais raté une occasion pour crier haut et fort qu’il fallait absolument sauver Slat al Fassiyine. Il me l’a encore répété au musée juif de Casablanca, deux avant sa disparition. En effet, décédé en décembre 2011, Simon Lévy qui a assisté et contribué à la restauration de sept ou huit synagogues au Maroc depuis le milieu de la décennie 1990, ne pourra jamais admirer la « résurrection » de al Fassiyine ni être parmi les nombreux convives, dont de très hautes personnalités, invitées pour son inauguration au mellah de Fès. Il faut dire que l’évènement est grandiose et a nécessité beaucoup d’argent : outre, André Azoulay, le Conseiller de SM le Roi, ont assisté à la cérémonie le Chef du Gouvernement, Abdelilah Benkirane, le Ministre de l'Intérieur, Mohand Laenser, le Ministre de la Culture, Mohamed Amine Sbihi, le Président du Parlement Fédéral Allemand, Norbert Lammert, Serge Berdugo, le Président du Conseil de la Communauté Juive du Maroc, Driss El Yazami, le Président du Conseil de la Communauté Marocaine à l'Etranger (CSME), Jacques Toledano, membre actif de la communauté juive de Casablanca, Samuel Lee Kaplan  Ambassadeur des Etats-Unis au Maroc, le Président de la Communauté juive de Fès, Armand Guigi...

 


Après restauration.  Au 1er plan, Mohamen Laenser, le ministre de l'Intérieur

Al Fassiyine était la seule synagogue au Maroc où les prières étaient dites selon le rite ancien des « ahabat ha-qadmonim »*. « Historiquement, l’édifice a connu des péripéties depuis sa construction, il y a trois siècles. En 1791-1992, Moulay Yazid fit sortir les Juifs du Mellah pour les parquer dans un village de huttes, du côté de la kasbah des Chrarda. Slat al Fassiyine était alors une prison où furent enfermés des Juifs récalcitrants, tandis qu’une mosquée était établie au Mellah, désormais quartier militaire. Plus tard, le roi Moulay Slimane ordonna la destruction de la mosquée: «Elle est impure, expliqua-t-il, car construite sur l’injustice», lit-on sur l’une des brochures qui présente la synagogue et que le défunt Simon Lévy montrait avec ferveur à toute personnalité susceptible d’aider à sa résurrection. Sur une autre brochure, on lit ceci : « Les Juifs réintégrèrent leur quartier et prièrent encore longtemps, selon le rite «des Fassis».

En 1972, la Slat fut démantelée, dépouillée puis transformée en tapisserie ! La FPCJM et la communauté juive de Fès, avec plusieurs donateurs et institutions (des dons notamment de la République Fédérale d'Allemagne, de la Communauté juive de Fès, de la Fondation Jacques Toledano, de Serge et Jacques Berdugo et de la famille Simon Levyont réussi à lui donner une nouvelle vie, en mettant la main à la poche.

(*) «Ahbat ou ahvat qadmonim» signifie littérralement «amours anciens» en amazigh «amarg nwili zwarnin». Il s'agit de chants religieux d'extraction locale, dits à la gloire de Dieu et de ses Prophètes. Pour moi le mot hebreu «ahvat ou ahwat» aurait donné le mot berbère «ahwach» qui signifie chant.


Fass

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