L’automne européen

Publié le par Abdelkarim Chankou

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La sévérité avec laquelle les potentats locaux ont réprimé les manifestants en Syrie, Libye et au Yémen dans le cadre ce que l’on désigne désormais sous l’expression « Printemps Arabe » a un peu occulté une autre « movida » qui se déroule sous nos yeux en  « vieille Europe » pour reprendre une formule ô combien prémonitoire d’un certain Colin Powell, ancien ministre américain des Affaires étrangères.

 

Si cette « movida » n’est ni culturelle ni sociale encore moins politique- du moins en apparence-, elle n’est pas moins symptomatique d’un profond mal-être que ressent tout  corps vivant  arrivé en fin de vie. 

 

Certes l’Europe des 27 est en majorité jeune grâce aux derniers arrivants comme la Slovénie ou la Roumanie mais son noyau fondamental, son cœur,  son moteur est bien vieux si bien qu’il ne peut plus supporter la moindre intoxication financière. Et croire qu’en élargissant la « vieille Europe » à plus de pays « jeunes » au sens démocratico-capitaliste du terme  la rajeunirait  c’est faire preuve de myopie pour ne pas dire de niaiserie. Sinon les vieux renaîtraient de leurs cendres comme des Phénix en se faisant injectés ou greffés du sang ou des organes jeunes.

 

Oui ! je crois bien que système d’intégration européen tel qu’il a été conçu à Rome  en 1957 est entrain de vivre ces derniers jours. Et c’est « l’Europe sociale » qui est d’abord responsable de cette agonie. Les pères fondateurs de l’ex-communauté » européenne ont jeté les bases d’une Europe unie économiquement pour faire le poids contre l’ancien Bloc soviétique en laissant aux Etats-Unis le soin de veiller sur l’équilibre politique et militaire du vieux continent.

 

Début de la décennie 1990. La montée en puissance des  partis socialistes ou socio-démocrates dans certains pays poids lourds de l’Union européenne a marqué le premier virage voire dérapage. On parle désormais d’ « Europe sociale », de « défense commune », de « monnaie unique » d’ « Abolition totale des frontières » intereuropéennes… Et out cela ça bouffe énormément d’argent.

 

Evidemment tous ces grands chantiers très budgétivores ont eu pour premier effet d’écorner la présence américaine en Europe occidentale. Le mur de Berlin est tombé, le danger du communisme écarté, plus besoin d’une Amérique paternaliste ou ange gardienne. Faute grave ! Car pour garder un pied dans cette Europe (pour la libération de laquelle des centaines de milliers de GI’s sont tombés), l’Amérique, acculée à y réduire son influence politico-militaire, y a multiplié ses investissements notamment sous formes de fonds de pension et autres capitaux porteurs de germes mortels. Coup de malchance : L’arrivée massive de ces capitaux américains dans les Bourses les plus animées a coïncidé avec la mise en chantier de programmes politiques  exagérément  dépensiers de certains pays européens. En quelque sorte on a multiplié les surfaces cultivées en ne pensant pas un seul instant que les pluies exceptionnelles annoncées pouvaient être acides, donc létales ! Le reste de l’histoire est connu. Près de 1900 milliards d’euros de dette publique en Italie, près de 150 en Irlande et je ne parle pas de la Grèce, du Portugal ou d’Espagne.

 

« Revers de l’euro » : Cette débâcle financière doublée d’une crise monétaire  risque non seulement d’appauvrir les plus pauvres (nombre de restaurants et bistros survivent grâce aux étudiants Erasmus) mais aussi de réveiller les vieux démons du terrorisme et des partis fascistes. Rappelons que le Mouvement athénien du 17 Novembre qui a  tué une vingtaine  de personnes en entre 1973 et 2000 n’a déposé les armes qu’en 2004 ! Il peut bien les reprendre contre le nouveau président  Lucas Papandemos qu’une majorité de Grecs dit déjà qu’il a été imposé par les banques.

Publié dans Edito

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