L’Europe, Elton John, le Maroc

Publié le par Abdelkarim Chankou

Chankou1.jpg

Le titre de ce billet pourrait faire penser à un charabia sans nom. Mais ce n’est guère le cas.

Je commence par l’Europe et la crise où elle s’enfonce depuis que la zone Euro commença à vaciller suite à la découverte médiatique du déficit budgétaire abyssal de la Grèce qui a dépensé plus de 9 milliards d’euros pour organiser les Jeux olympiques de 2004. Maintenant ce sont des pays comme l’Espagne, l’Italie, l’Irlande et le Portugal qui doivent serrer la ceinture avec à la clef le gel des salaires des fonctionnaires pour plusieurs années, le non remplacement des fonctionnaires partis en retraite, la fausse des impôts etc.

Mais comment en est-on arrivé là tout en sachant que d’autres pays de l’Union européenne pourraient emboîter le pas à ce premier groupe ?

Mas réponse est que la principale raison de cette bérézina qui fait déjà sourire les Américains qui depuis fort longtemps savaient que la « vieille Europe » allait trinquer d’un moment à l’autre est que les « pères héritiers » du Traité de Rome ont voulu aller plus vite que la musique. On élargissait à tour de bras si bien que l’on fermait les yeux sur les critères d’adhésion. Dès 1981, l’adhésion de la Grèce à l’ex-CEE était mal préparée. Mais il fallait à tout prix que le berceau de la civilisation européenne et byzantine à la sauce Charlemagne (le premier Européen de l’histoire) soit membre du « club de Bruxelles ». Peu importe si Athènes était prête ou non.

Cette hâte à faire l’Europe sur le modèle américain a été la trame de l’histoire de l’UE depuis 1957 jusqu’à nos jours.
En octobre 2009, après un non à un projet de Constitution européenne, révisé à la baisse (Traité de Lisbonne), l’Irlande, forcée par une forte pression médiatique bien orchestrée, a fini par lâcher un « petit oui » à 67,13 % lors d’un référendum qui a peu mobilisé. Quant à la France et le Luxembourg, pour ne citer que ces deux pays, le « oui » a dominé respectivement pour 55 % et 56 %. Autant dire rien.

Pire cette hâte à faire adhérer de nouveaux pays à l’Union ou leur voter des nouveaux traités ignorait et les problèmes politiques desdits pays (l’Irlande venait tout juste de s’unir) et les attentes des pays voisins de la rive sud de la Méditerranée.

Pour ce qui est du Maroc qui a bénéficié du « statut avancé » que l’UE lui octroyé en octobre 2008, s’il n’y a pas encore de crise de valeurs mobilières comme en Europe, il y a un début de crise des valeurs tout court. Les valeurs que le Maroc veut partager avec l’Europe. Depuis plus d’un mois, l’actualité est faite essentiellement de la venue ou non du chanteur britannique Elton John pour participer à la 9e édition du festival Mawazine Rythmes du monde qu’abrite Rabat du 21 au 29 Mai courant.

Elton John de son vrai nom Reginald Kenneth Dwight est montré du doigt aussi bien par les islamistes marocains qui lui reprochent d’être un homosexuel marié à un homme et d’avoir blasphémé le Christ en disant qu’il était également un homosexuel que par les moralistes et les bigots de la politique politicienne. Ces derniers veulent son interdiction et citent en exemple la décision du Syndicat des musiciens égyptiens qui a réussi à obliger les autorités à lui barrer l’accès au pays.

Si au Maroc on est sûr que l’artiste britannique ne sera pas déprogrammé, on s’étonne  tout de même que son nom soit longtemps oublié par les capsules publicitaires diffusées par les télés publiques marocaines : il fallait en effet attendre la veille de son concert, hier mardi 25 Mai, pour en entendre parler …

Publié dans Edito

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article