L’invitation de Khaled Mechaal une gaffe politique que la présence d’Ofer Bronstein et de Carmen Quintanilla a occultée

Publié le par Abdelkarim Chankou

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L’invitation surprise de Khaled Mechaal, le chef du Bureau politique de Hamas, au 7e congrès du parti de la justice et de développement (PJD), qui s’est tenu les 14 et 15 juillet derniers à Rabat, était non seulement une gaffe politique aux conséquences incalculables mais une initiative aussi  inutile que contreproductive. Le dirigeant palestinien est accusé d’avoir diligenté plusieurs attentats meurtriers en Israël et le Hamas est fiché par nombre de pays occidentaux, alliés du Maroc, comme une organisation terroriste.   


Quelle mouche a donc piqué l’état major du PJD pour prendre une telle initiative et les autorités concernées pour donner leur feu vert à son arrivée sur le sol marocain ? Mystère ? Pas vraiment. Depuis ces derniers mois le gouvernement Netanyahu qui a réussi l’exploit de faire l’unanimité contre lui, à cause de sa politique « hégémoniste », est en ligne de mire de certains pays  occidentaux amis qui ont en marre de son « entêtement ».


L’Union européenne, en pleine déconfiture économique, a besoin, pour faire son beurre, d’un Moyen-Orient stable et dépassionné notamment pour la concrétisation du projet de l’Union pour la Méditerranée (qui bute sur le différend israélo-palestinien) et surtout pour capter les capitaux arabes qui ne bénéficient actuellement, dans une certaine mesure, qu’au Royaume Uni, et ce plus pour des raisons culturelles et historiques que politiques. Même l’Espagne et la Grèce ne sont plus chouchoutées par les pétrodollars. Le comble !


La Maison Blanche, actuellement dirigée par le Démocrate Obama, sait que pour que son pensionnaire rempile il doit séduire le Vote juif, traditionnellement  sensible aux consignes -et signes- des gouvernements israéliens. D’où la probabilité que la bienveillance du moins neutralité affichée par le département d’Etat quant à la visite de Mechaal à Rabat rentre vraisemblablement dans une logique de marchandage entre la Maison Blanche et son premier allié : Israël. Laisser faire puis dire que c’est curieux… On connaît la musique.


Aussi, Washington croirait-elle qu’en baissant la pression sur le Hamas en lui offrant certaines libertés de mouvement celui-ci finira un jour par se normaliser, ce qui aidera Washington à isoler davantage l’Iran et le Hezbollah libanais.


Si les Etats-Unis et l’Union européenne ont chacun leurs raisons pour taquiner Netanyahu quelles sont celles du Maroc ? Je dis bien Maroc et je pèse mes mots ; car même si le Roi n’a pas reçu Khaled Mechaal (contrairement à certains chefs de partis représentés au parlement), le fait qu’il l’a été  par Abdelilah Benkirane  qui est en plus d’être le patron du PJD, est le chef de gouvernement en exercice donne à cette « étrange invitation » un caractère national.


Je crois bien que la principale raison qui a poussé le Maroc à accepter la venue publique de Mechaal sur son territoire est le fait que Rabat aurait voulu reprendre l’initiative dans le processus de paix au Moyen-Orient qu’elle a relativement perdue depuis 18 ans. Rabat aurait aussi voulu faire profiter les factions rivales palestiniennes de l’expérience marocaine qui a consisté à faire accepter le PJD (islamiste) par l’ensemble establishment politique classique ; autrement dit le message codé est : « si le PJD peut cohabiter avec les autres partis marocains et parvenir même à conduire le gouvernement c’est que le Hamas peut lui aussi coexister avec le Fatah et conduire un gouvernement unique.


Malheureusement aucune de ses explications aussi rationnelle soit-elle ne pourra gommer ni édulcorer l’image d’un Mechaal  (dont le parti a juré de détruire l’Etat hébreu) souriant et posant devant des responsables politiques marocains ? Et si la gaffe a pu passer sans trop de casse c’est grâce à la présence  (providentielle ?) en même temps que Mechaal au congrès du PJD d’Ofer Bronstein, un Israélien francophone qui se présente comme un ancien collaborateur  des ex-premiers ministres Rabin et Peres. Ce monsieur a même serré toutes les mains qui lui ont été tendues y compris celle de Mechaal ! Gestes -et gesticulations- qui ont eu le mérite (au moins) de baisser la tension dans une ambiance hypertendue. De même la tension a un peu baissé grâce à la présence lors du même évènement de la représentante du Parti Populaire espagnol au pouvoir Mme María del Carmen Quintanilla Barba (voir la photo). L’honneur est sauf !

Publié dans Opinion

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