La Kabylie : Répression et projet d’autonomie

Publié le par Karim El Maghribi

http://k2raguelid.unblog.fr/files/2007/12/389465853small.jpgPar Dimitri Dombri Chercheur associé à l'Esisc
Le 20 avril 2010, plusieurs manifestations sont prévues en Algérie, notamment à Tizi-Ouzou, Vgayet et Bouira, afin de commémorer le trentième anniversaire du « Printemps berbère » qui avait vu la région s’embraser, au printemps 1980, et la population réclamer l’officialisation de la langue tamazighe et la reconnaissance de l’identité berbère en Algérie. Mais trente ans plus tard, où en est la Kabylie ? Retour en arrière et état des lieux.

1) Le combat identitaire kabyle depuis l’indépendance de l’Algérie

La Kabylie est une région montagneuse densément peuplée, située dans le nord de l'Algérie, à l'est d'Alger. Entourée de plaines littorales à l'ouest et à l'est, au nord par la Méditerranée et au sud par les Hauts plateaux, elle est dénuée d'existence administrative globale et est le foyer d’une population berbère : les Kabyles. On compte entre 3 et 3,5 millions de « kabylophones » en Kabylie pour une population totale d’environ 35 millions d’habitants en Algérie. Les Kabyles sont également entre 2 et 2,5 millions dans le reste du pays, notamment à Alger où ils représentent une forte proportion de la population. Ils sont aussi présents en France (un million), dans d’autres pays européens et au Canada.

Depuis 1962 et l’indépendance de l’Algérie, l’idée d’autonomie et celle d’un projet politique propre à la Kabylie font leur chemin ; le FFS, le Front des Forces socialistes, conteste l’autorité du parti unique et les textes fondamentaux de l’Algérie qui occultent la dimension berbère. Le parti d’Hocine Aït Ahmed mène une insurrection armée considérée comme une tentative sécessionniste par les autorités. En 1965, c’est le coup d’Etat militaire.

En dépit du fait que le Conseil de la révolution est essentiellement composé de Berbères, la propagande berbériste est durement réprimée et l’Algérie demeure arabo-islamique.

La Kabylie a, de tout temps, suscité l’inquiétude et la méfiance du pouvoir qui craint que ses revendications ne contaminent d’autres franges de la population.

A la fin des années 80 et au début des années 90, l’idée refait surface même si le combat public pour l’identité amazighe reprend dès avril 1980 avec le « Printemps amazigh ou Printemps berbère » : la Kabylie et les universités algéroises manifestent durant plusieurs mois pour réclamer la réhabilitation de l’identité berbère, le pluralisme politique et syndical, la promotion des droits de l’Homme, etc.

Ce sont les émeutes de Constantine, en 1986, puis celles d’octobre 2008 qui « apporteront » le multipartisme mais feront entre 500 et 800 morts.

La mise du pays sous état d’urgence avait initialement pour but d’empêcher le Front islamique du salut (FIS) de remporter les élections. Cette mesure, mise en place dès 1992, aura surtout servi de prétexte pour soi-disant « maintenir l’ordre » mais surtout pour réprimer l’opposition.

Depuis, chaque événement dramatique vécu par la Kabylie vient renforcer la conviction que l’autonomie est la seule solution pour sortir de l’impasse qui l’oppose au pouvoir central algérien (le boycott scolaire de 1994-1995, les émeutes qui ont suivi l’assassinat du chanteur Matoub Lounes - crime resté impuni jusqu’à aujourd’hui -, la promulgation en 1998 d’une loi généralisant l’usage de la langue arabe dans tous les domaines, etc.).

Mais, c’est véritablement au lendemain des événements tragiques du «Printemps noir » en avril 2001 que le mouvement prend de l’ampleur et se structure. L’assassinat d’un jeune étudiant kabyle, Massinissa Guermah, par des gendarmes à Béni Douala (près de Tizi-Ouzou) et l’arrestation arbitraire de trois collégiens par le même corps engendrent un profond sentiment d’injustice. La population se soulève et les graves émeutes qui suivent pendant plusieurs semaines accentuent la rupture avec les autorités.

Cent vingt-cinq kabyles sont abattus par les services de l’Etat algérien, des milliers d’autres sont blessés et mutilés, et on compte des dizaines de disparus.

Après l’insurrection, des intellectuels signent une pétition réclamant un statut de large autonomie pour la Kabylie, le
MAK (Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie) voit le jour et se structure…

ESISC©2010

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Publié dans Analyse

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