«La peau des fantômes» de Valérie Morales-Attias sélectionné pour le prix Grand Atlas 2012

Publié le par KEM & dahanculture

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La peau des fantômes (Séguier janvier 2011, La croisée des Chemins avril 2012)  fait partie de ces romans qu’on a dans la peau une fois que l’on les a lus avec attention et intelligence requises ; car, faut-il le rappeler, pour apprécier un bouquin et le juger à sa juste valeur,  il ne suffit pas de le parcourir dans tous les sens où même de le lire intégralement, de a à z comme on dit, mais de l’appréhender, de le situer et de le comprendre ;  bref de finir par se mettre dans la peau de l’auteur, sinon c’est raté ! Heureusement qu’il y a le style et l’art de narration, propres à chaque écrivain, qui sont là pour  aider le lecteur à parvenir à cette fin. Valérie Morales-Attias, née à Oran de parents andalou, vit à Casablanca (au Maroc) depuis 1994 où elle a contribué à la création et au lancement de plusieurs publications dont des magazines féminins, a été sélectionnée pour le prix Grand Atlas 2012 qui sera décerné vers la fin du mois de septembre prochain.

Kem

 

Voici ce qu'a écrit l’excellent blog « dahanculture »  sur cet ouvrage en février 2012 à l’occasion du Salon international du livre de Casablanca :

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Mercredi 22 février 2012 3 22 /02 /Fév /2012 16:10

            A force de voir des films et des images numériques, l’on finit par perdre l’habitude des mots, les vrais, ceux de l’écrit, qui vont directement de la page du livre à votre cœur et allument des chandelles dans votre conscience…Nous avons tous connu la joie de lire dans notre adolescence quand un roman de Zola, Maupassant,  Sartre ou Camus nous tenait en haleine et nous gardait éveillés la nuit…Ce plaisir, cette excitation, je les ai à nouveau ressentis cette semaine après avoir reçu en  cadeau, de surcroit des mains de son auteur même, le beau roman La peau des fantômes de Valérie Morales Attias lors du dernier Salon du livre à Casa…. Le monde du cinéma m’a éloigné de la littérature et je ne savais pas qu’il existait au Maroc de vraies maisons d’édition, qui n’ont rien à envier aux maisons européennes, comme cette Croisée des chemins qui publie de nouveaux talents ainsi que des auteurs confirmés…Il se passe avec les livres ce qui se passe souvent avec les gens. Soit  vous les abandonnez après avoir lu quelques lignes, quelques pages si vous êtes patient en guise de bonne volonté, soit vous êtes pris et n’avez de cesse de continuer votre lecture jusqu’au bout. Dans ce roman qui ressemble à un récit autobiographique (je n’ai pas vérifié), le ton est donné dès les premières pages : J’avais seize ans le jour où tu m’es tombé dessus. Littéralement de tout ton long. Moi j’étais par terre, recroquevillée entre deux cadavres d’Européens dont j’aurais pu toucher les membres si j’avais touché le bras…La scène se passe le 5 juillet 1962 à Oran où Valérie Morales est née, de parents « pieds noirs » d’origine andalouse. Tout un programme, quand on connaît les vicissitudes de l’Histoire et les pogroms endurés par les musulmans, juifs, morisques et autres marranes, bien avant l’OAS, les fellaghas, Sétif et j’en passe et du meilleur…C’est que Valérie est dépositaire d’une « hérédité lourde » sans bénéfice d’inventaire comme aurait dit Gramsci…Et c’est le croisement du subjectif et de l’historique qui donne sens à ce récit à la première personne…Pourquoi ai-je ressenti une similitude entre ce livre et un autre récit écrit aussi en partie à la première personne , celui de l’Amour, la fantasia d’Assia Djébar  où il est question d’enfumades et d’ossuaires , de haine insatiable de l’Autre dans la démesure, mais aussi de lumière, de beauté et de mer toujours recommencée. Alors c’est Oran qui parle, celle du Dr Rieux dans la Peste,  impuissant à sauver un bébé de la mort, celle d’Assia Djébar encore dans Oran, langue morte,  ou cette terrible image d’un fellagha qui  se rue « …vers une jeune mère affolée, seule au milieu de la rue, arracher son bébé, prendre le nourrisson et le jeter contre un mur où il a éclaté comme une bouteille d’eau » (La peau des fantômes).

     Mais il ne faut pas se méprendre. Le livre de Valérie Morales Attias est d’abord un roman d’amour, une quête illusoire d’une ville et d’un amant, une mystification d’Eros qui conduit la narratrice à revenir sur les traces de ses premiers ébats amoureux. Paradis, parce que perdu, moi qui suis sans lumière à jamais (Cortazar). Le déracinement a conduit la narratrice  et sa mère de l’autre côté de la méditerranée : « Les premiers jours à Paris, ma mère marchait le nez en l’air et regardait le ciel plombé avec stupeur. Elle n’en revenait pas, trompée une fois de plus dans ses croyances, cette vieille enfant tentait d’agir comme si de rien n’était ». Ensuite la narratrice trouve un travail, épouse le patron de l’usine.  Sa mère s’appelle  Blanche… « Chez nous un nom pareil, ça ne pouvait pas exister ». …Valérie Morales Attias brosse un portrait au vitriol de cette bourgeoisie provinciale comme ce mari, Pierre Henri qui s’est marié « contre ses parents, leurs amis, contre ce curé qui roulait des yeux de passion car jamais vu personne comme mon ardente maman. Contre les amis des grandes écoles… ». Ou encore : « Il est persuadé, le malheureux, que Sade est l’auteur des Liaisons dangereuses. Trompé dans ses littératures, Pierre-Henri se rattrape au cinéma. Ses mèches claires savamment ébouriffées, il s’entraîne, le bougre, à rouler des yeux vicieux comme John Malcovitch.. »…Après ça le divorce en attendant le retour du refoulé.

    Valérie Morales Attias a du style et du caractère. Le brassage des cultures (Maghreb, France,  Espagne) a donné un génotype rare et plutôt réussi. Une écrivaine nous est née...

La peau des fantômes, roman de Valérie Morales Attias.

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