La vérité « Place Tahrir » à l’épreuve de Bergson

Publié le par Abdelkarim Chankou

Chankou

L’Egypte ou « Ard al kinana », surnom qui lui a été  donnée par Amr ibn al-As, l’un des généraux épiques des conquêtes arabes qui a soumis la terre du Cham (Syrie actuelle) et l’Egypte, est vraiment un pays à part ! Non pas à cause de l’abondance des eaux du Nil, à l’origine d’ailleurs du surnom de « Ard al kinana », mais en raison de la manière dont ce pays se cherche depuis le 25 janvier 2011, date de la chute du régime de Moubarak.

Voilà un  pays qui destitue son premier président civil depuis 60 ans qui plus est élu démocratiquement, si l’on s’en tient, toutefois, aux canons occidentaux de la gouvernance numérique. Voilà un peuple qui choisit une place publique pour y faire le pied de grue chaque fois qu’il veut en découdre avec ses gouvernants, comme si l’Egypte ne dispose pas d’un parlement ou toute autre institution ad-hoc ! 

Mieux : la destitution, le 30 juin dernier, du président islamiste Mohamed Morsi par les militaires l’a été presque à l’insu du plein gré du peuple ! Autrement dit l’armée aurait surfé sur la vague contestataire populaire après qu’elle l’aurait laissée pourrir durant plusieurs jours. Le peuple est content. Mais quel est vraiment ce peuple ? Celui que la caméra fixe (et éloignée) de Al Jazeera passe en boucle et qui se réduit à un attroupement de personnes anonymes. Que pense le reste du vulgum pecus de tout ça ? Dans le Delta, dans le désert du Sinaï, dans les villes miteuses comme Zaqaziq (capitale de la province Sharqiyya où est né Morsi en 1951) etc.

C’est la vraie question.  Le grand Bergson dit notamment à propos de la perception de l’image ceci : « L’image se transmet différemment selon le mode de la perception qui la sollicite : elle est image-mouvement pure tant qu’elle est objet de la perception pure, elle est image-représentation dans la mesure où elle se laisse découper dans la perception utilitaire.  » Tout est dans « utilitaire ». En clair, en étant bombardé à longueur de journée par des images presque fixes, captées par une caméra fixe, placée dans un endroit surplombant la scène et assez loin d’elle pour grossir l’effet foule, le téléspectateur non averti croit que cette scène représente l’ensemble de l’Egypte et que les personnes occupant la dite scène sont infiniment nombreux ! Or la vérité est ailleurs…

Publié dans Edito

Commenter cet article