Le low-cost ou comment tomber plus bas

Publié le par Karim El Maghribi

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« Ce sont des autocars volants ». C’est la comparaison  faite par un employé d’une agence de voyage de Casablanca que les clients harcèlent au téléphone pour qu’il leur réserve un ou deux billets à 500 dirhams pour Paris ou Rome.  « Les gens croient que je cache les billets low-cost en les mettant de côté pour mes mais. Or les compagnies à bas coût dispatchent le peu de billets à bas prix  qu’elles ont sur plusieurs agences de voyages, ce qui fait que la part qui nous revient se réduit parfois à 4 ou 5 billets, parfois à rien », ajoute notre interlocuteur.

 

Des autocars de garage Allal dotés d’ailes ; la comparaison n’est pas mal. Voici pourquoi.

 

Vous achetez un billet Casablanca-Bruxelles pour 480 DH  TTC. La bonne affaire vous vous dites. Jusqu’au jour de l’embarquement. Là vous vous rendez compte que contrairement aux autres voyageurs des vols  classiques, vous êtes obligé d’arriver encore plus tôt à l’aéroport. Et comme les vols low-cost partent souvent aux aurores (l’horreur) à cause des taxes aéroportuaires qui sont moins chères à certaines heures  creuses, il faut prévoir donc une nuit blanche et une voiture personnelle, de location ou un taxi  pour aller à l’aéroport ; le premier train à 40 DH ne part qu’à partir de 04h40 de Casa-Voyageurs. Trop court ! Donc il faut prévoir des frais supplémentaires pour se déplacer jusqu’à l’embarquement. Une fois à l’enregistrement, il faudra se contenter d’un service qui est également low-cost. Parfois c’est le voyageur qui doit se débrouiller pour porter ses bagages jusqu’à la soute de l’avion ! Pour rentrer dans ses frais, la compagnie bas coût zape les frais du Handling. Une fois les bagages entassés dans les soutes, bagages dont vous aurez payé le moindre excédent assez cher, vous montez enfin dans l’avion.

 

Ouf !  La chemise vous colle à la peau et vous avez terriblement soif. L’hôtesse vous reçoit avec un sourire mesuré mais ne vous accompagnera pas jusqu’à votre siège. Et si les sièges ne sont pas numérotés, vous devez faire attention pour ne pas vous poser vos fesses là où il ne faut pas. De même, la petite mallette  ou valise que vous tenez à la main, vous vous débrouillerez tout seul pour lui trouver une place dans les casiers à bagages. Si ça ne rentre pas, vous payez et vous vous asseyez dessus. Après la traditionnelle séance d’explication des procédures de secours qui donne la chair de poule à tous les passagers au cœur fragile, vous vous demanderez souvent si vous aviez retenu quelque  chose de la leçon et surtout si les gilets de sauvetage sont gratuits ou payants. Une interrogation tout à fait légitime, puisque le verre d’eau aussi plein qu’un abreuvoir à canaris que vous avez demandé pour humecter votre gosier  asséché par l’effort et l’émotion vous coûtera de l’argent, lui aussi.

 

L’avion décolle. Assez rapidement. Bizarre ! D’ailleurs, gare aux retardataires et aux traînards, il n’y aura pas d’appels répétés pour les prévenir de l’embarquement immédiat.  En fait, l’avion low-cost  n’est rentable qu’en plein vol. Immobilisé, il perd de l’argent. Dans les airs, il aura assez de temps pour qu’une nuée d’hôtesses aussi habillées que l’as du pic passe à l’assaut avec le chariot à boissons et des sandwichs bons pour gaver un moineau.  Le seul avantage avec ce genre de bouffe c’est que ça donne pas envie d’aller faire un tour vers les WC. Qui sait ? le petit coin est aussi payant.

 

Bien sûr tout est payant et en devise Monsieur, Madame. Puis vient le tour du chariot à cadeaux, alcools et tabac. Vous êtes fauchés, regardez un journal ou par le hublot. La classe…économique et comique. Le low-cost quand tu nous tiens !

 

Enfin l’arrivée ! Mais pas à Bruxelles national, ce serait trop beau : le taxi qui part de cet aéroport jusqu’au centre de la capitale ne coûtant qu’une quinzaine d’euros. Non ! vous descendrez à Charleroi Sud, à 50 km de Bruxelles. Vous aurez le choix de continuer à pied, de héler un taxi ou de prendre le train. Mais dans tous les cas vous aurez mal au fesses et surtout au cœur car quand  vous aurez additionné l’argent et le temps perdus, vous regretterez de n’avoir pas pris un billet normal qui nos vous aura pas coûté plus que le triple de votre ticket pour l’enfer. A bon entendeur salut !

 

Publié dans Coup de gueule

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