Le Maroc et l’Espagne condamnés à coopérer ensemble

Publié le par A.C.

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Au lieu de se laisser bercer par l’inertie en se lamentant sur le coût du non-Maghreb ou en se focalisant sur quelques points de discorde bilatéraux, le Maroc et l’Espagne doivent agir vite sans perdre une seule seconde pour transformer ces moments difficiles marqués par la récession en Europe et en Amérique en pari gagnant.


Rabat n’a pas intérêt à voir Madrid s’enfoncer dans la spirale de la crise et vice versa. Au delà des relations culturelles et historiques qui lient les deux royaumes durant plusieurs siècles, la réalité est que plus de 2,5 millions de Marocains traversent chaque année l’Espagne pour rentrer au pays dont 700.000 vivent en terre ibérique. Dans l’autre sens, il est dans l’intérêt de Madrid à ce que le Maroc maintienne un taux de croissance raisonnable autour de 4 à 5 %. Ce rythme profite aussi bien au Maroc qu’à l’Espagne. Dans ce sens qu’il permet la réalisation d’un double objectif : les entreprise espagnoles en difficulté peuvent se « refugier » ou immigrer au Maroc avec la garantie de pouvoir y écouler une partie de leur production. En dessous de 3 % de taux de croissance, la consommation passe en bas régime. De même avec cette cadence de création de richesse, une partie de la classe moyenne marocaine maintiendra ses habitudes de passer ses vacances en Espagne et d’y faire du shopping. Sans oublier qu’un Maroc en petite forme économique cessera de servir de zone tampon aux hordes d’immigrés africains attirés par le rêve européen comme un aimant attire la limaille de fer.
Par ailleurs, il y une autre raison plus vitale qui plaide pour un partenariat privilégié entre Rabat et Madrid : Le Maroc est en passe de redevenir le grenier de Rome. Le Maroc redevient le grenier de Rome.
En effet, après avoir été pendant longtemps le grenier de Rome, l’ancienne Maurétanie tingitane pourvoyait l’empire latin en vin, grain, gibier et poisson, de nouveau le Maroc est appelé à jouer ce rôle. Mais cette fois le Maroc gagne aussi dans l’affaire. L’Europe a vu son nombre de paysans et surface destinées à l’agriculture diminuer comme une peau de chagrin depuis 1945. L’industrie et l’immobilier, plus rentables, ont pris le pas sur le travail de la terre. C’est sans cette optique que Rabat mit au point en 2009 le très stratégique Plan vert doté de 147 milliards de dirhams sur 10 ans. Un plan 100 % gagnant car l’Europe malgré la concurrence espagnole compte sur l’agriculture marocaine pour satisfaire ses besoins dans les prochains années. Preuve : les quelques jours d’interruption de fret aérien entre le Maroc et Paris à cause du nuage volcanique islandais ont suffi pour vider les étals du marché du gros des fruits et légumes francilien de Rungis. Donc au lieu de voir dans l’agriculture marocaine une menace, les travailleurs de la terre ibériques peuvent apporter leur savoir faire au Maroc en apportant leur contribution au Plan vert. Bref, il n’y a pas de meilleur antidote à la crise que le pragmatisme. Cette anecdote : les textiliens américains asphyxiés par la concurrence chinoise ont préparé une grande manifestation avec des slogans du genre « A bas le textile chinois ». Au moment d’un responsable chinois à Washington, on compris trop tard que les t-shirt et les casquettes sur lesquels étaient inscrits les slogans antichinois étaient fabriqués à Shanghai et qu’ils éteint importés massivement par des Américains vu leur bas prix qui permettait une confortable marge de bénéfice !
Je ne fais pas appel à cette blague pour dire que les Marocains sont pour les Espagnols ce que sont les Chinois pour les Américains ou les Européens. Il y a bien longtemps que les deux voisins des deux rives de la Méditerranée ont compris qu’ils sont condamnés à coopérer ensemble dans tous les domaines. L’Andalousie et la Catalogne ont été à ce titre plus parfaites. Mais des régions comme la Castille- La Manche ou la Galice sont restées frileuses. Mais pas pour longtemps. Avec un taux de croissance moyen en Europe de 0,7 %, le Maroc avec ses 4 à 5 % est en position de force.
« Le Maroc et l'Espagne s'attellent désormais à la consolidation des acquis et à la définition d'une stratégie qui donnera à la décennie à venir, un nouveau souffle qui permettra aux deux pays d'aller ensemble encore plus loin dans leur coopération économique, industrielle et commerciale », a souligné, jeudi 6 mai à Casablanca, le Conseiller de SM le Roi, M. André Azoulay à l’occasion de la tenue à Casablanca de la première édition de « Dialogues de voisinage dans un monde global », organisée par le Cercle de l'Economie (Espagne) et la Fondation Tanja.
M. Azoulay, qui s'exprimait aux côtés de M. Pedro Solbes, ex-Vice-Président du Gouvernement espagnol et ministre de l'Economie, a rappelé qu'entre l'an 2000 et 2010, le Maroc et l'Espagne allaient quasiment doubler leurs échanges commerciaux en passant en l'espace de 10 ans, de 33 milliards dirhams à plus de 60 milliards dirhams. Et d’ajouter que « la même dynamique se retrouve dans le tourisme, le nombre de visiteurs espagnols au Maroc ayant plus que triplé en une décennie avec le cap des 700.000 touristes qui sera probablement franchi en 2010 alors qu'il était de 200.000 en l'an 2000. » L’espoir est sauf !

Publié dans Stratégie

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