Les pauvres ont bon dos

Publié le par Abdelkarim Chankou

ChanKarim

Les miséreux ont bon dos. Sur leur dos on casse du sucre, on leur colle tout sur le dos, on se sucre sur leur dos, derrière leur dos on palabre de tout et de rien, on les poignarde dans le dos. On ne leur fait jamais de cadeau... Mais pense-t-on jamais demander l’avis de ces indigents plutôt que de pérorer à leur place ? 

Même les religieux censés défendre les vulnérables s’y mettent et font leurs choux gras aux dépens des besogneux ! Quant aux politiciens de la dernière heure et les analystes et autres chercheurs attitrés et agrées auprès des plateaux de télévision, animés par des animateurs animés par l’unique volonté de boucler 80 minutes d’ébats et de tiens-moi je te tiens par la barbichette, n’en parlons pas ! 

« En direct avec vous » ou « Moubacharatoun Maakom », l’émission fétiche de la chaîne 2M, diffusée hier soir, a été l’illustration parfaite d’une auberge-ou d'une aubergine- espagnole déguisée en émission de débat. Sur le plateau on a un « laïc grâce à Allah » réputé pour ses positions amazighs radicales, une jeune actrice associative qu’on voit pour la première fois, un imam branché net d’impôt, un théologien de droit romain avec un zeste islamique et un jeune chercheur de son chemin parmi les innombrables routes emmêlées et impénétrables d’Allah.

Au menu entre autres de ce festin des yeux, l’interminable sujet de l’inégalité entre la femme et l'homme en matière d’héritage en islam. Un thème de choix qui sied à tout le monde surtout que n’importe quel louche d'esprit peut y foncer avec sa casserole. Pour les profanes, qu’ils sachent qu’en règle générale, en islam,  l’homme obtient plus que la femme mais que selon certains cas de figure la femme peut être mieux lotie que l’homme. En effet dans quatre cas la femme hérite la moitié de ce qu'hérite l'homme, dans huit cas, elle hérite de la même part que l'homme, dans dix cas, elle hérite plus que l'homme alors que dans plusieurs autres cas de figure, la femme est seule héritière. Ceci sans oublier la possibilité qu’a un père prévoyant qui ne veut pas que sa fille (ou ses filles)  soit  « lésée » de lui faire de son vivant un chèque, à part ou de déposer une somme sur un compte particulier à son nom . Et le problème est réglé.

 

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Enquête sur le comportement politique, Université du Maryland, USA, 2007

Question : application stricte de la charia dans tous les pays islamiques
Carrée noir : pour totalement, carrée gris : un peu pour

En somme, cette question des règles de la succession en islam est un faux débat pour faux jetons. Et ne parlons pas du fait que dans certains douars enclavés du Maroc profond la femme n’hérite  ni du huitième ni du quart, elle prend zéro ou un poing dans la gueule ! Mais non sans raison objective. En effet, dans ces villages qui vivent sur- et des- terres collectives ethniques (al djamaat solaliyat), la part zéro réservée par une charia (mélangée à une dose de droit coutumier) à la femme ne vise pas à léser cette dernière ni à la mépriser mais à préserver le capital ethnique contre le risque de son éparpillement par le jeu des alliances matrimoniales. Autrement dit si chaque femme qui se marie emporte dans ses bagages sa part du gâteau, il n’y aurait plus rien au final ; c’est-à-dire que la famille ou l’ethnie de la mariée risque de se retrouver un jour sans le sou. Sans rien à mettre sous la dent. C’est d’ailleurs grâce à ce garde-fou successoral et  ancestral, que tout le monde dénigre, que des centaines de villages ethniques, presque millénaires, survivent aujourd’hui.

Revenons maintenant à notre festin des yeux ou à nos moutons… 

A vrai dire, au Maroc, qui n'est ni la Suisse ni le Qatar,  ce type de débat n’a pas lieu d’être. Pour la simple raison que les dizaines de millions de Marocains pratiquants qui peuvent être éventuellement intéressés par la question du partage équitable de l’héritage (voir sondage) sont fauchés comme les blés ;  le pater familias ne laissant  rien derrière lui sauf des dettes et des becs à nourrir.  Alors partager quoi ? Sinon des dettes à rembourser à moul el hanout. Pour ce qui est des dizaines de milliers de riches, ils sont soit non pratiquants, soit athées, soit croient en tout et rien, bref pas concernés : chacun a sa gamelle bien garnie et vit hors du besoin et hors du Maroc voire hors de la planète. Si toutefois le paternel lègue quelque chose, la petite famille le partagera en vertu de ce qui sera convenu entre les membres, en privé,  loin des adouls et des méchants imams...

Conclusion : s’il y a quelque chose à reformer d'urgence ce n’est surtout pas le droit successoral : ce sont ces imams et ces analystes de service agrées auprès des plateaux de télé. Mise à la réforme définitive. Inchallah !

Publié dans Coup de gueule

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Le pédagogue 09/01/2014 11:04


Le pédagogue :


En marge de ce que tu as exposé, il ne me paraît pas inutile de rappeler que « ine chaa-e Allaah » (si Allaah veut), est une expression qui
 été intégrée comme mot (inchalah) dans le parler « français ».


C’est un mot utilisé, dans un sens qui n’a rien à voir avec la signification originelle, par les colonialistes au départ puis par d’autres par la suite, afin de
« traduire » (avec mépris et arrogance) que les indigènes de pays colonisés comme le Maroc, y avaient recours, lorsqu’ils ne voulaient pas faire quelque chose.


Une manière « polie » de dire: tu peux toujours attendre.


 


L’utilisation qui en est faite dans ton texte, d’après moi bien sûr, n’a rien à voir avec la signification originelle (je ne sais pas ce que pensent d’autres
visiteurs de ton «  blog », puisque je suis le seul à envoyer des « commentaires »).