Maroc : Où l'ont voit que la RSE n’est pas toujours celle que l’on croit

Publié le par Karim El Maghribi

 

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Passée la vague de l’informatisation voici venue le temps de la Responsabilité Sociale - ou sociétale - de l’Entreprise. La RSE est définie comme étant un « concept dans lequel les entreprises intègrent d’une manière volontariste les préoccupations sociales, environnementales, et économiques dans leurs activités et dans leurs interactions avec leurs parties prenantes.» La RSE est actuellement le nec le plus ultra de la communication de l’entreprise. On ne jure plus que par la RSE si bien qu’une entreprise qui ne communique pas sur ce concept risque d’avoir un air négligé telle une veste à qui il manque un bouton ou une paire de chaussure aux lacets défaits.

 

Pourtant la RSE, c’est pas forcément cher et ça peut rapporter même très gros. Il suffit par exemple d’organiser une cérémonie de remise gratuite d’une centaine d’ampoules « low energy » ou basse consommation à une école rurale et d’ameuter la presse pour célébrer un évènement à la fois écologique et social. Sachant que des lampes de ce type sont disponibles sur le marché à partir de 20 dirhams la pièce, l’opération « brosse à reluire » n’aura pas coûté au plus 200 euros en frais d’ampoules, disons un total de 15.000 à 20.000 dirhams si l’on compte les frais de bouche et du transport. Une dépense qui correspond au tarif d’une page intérieure de publicité dans un magazine ou journal moyen. Car la RSE c’est avant tout de la pub. N’ayons pas peur des mots ! Les minibus donnés à des écoles portent le nom et le logo de l’entreprise donatrice, les 4x4 offerts à des hôpitaux ou à des communes rurales arborent l’identité du donateur etc.

 

Et la presse - surtout écrite - qui est appelée à pérorer sur l’évènement pour lui donner plus de boucan n’y gagne souvent que dalle ! Enfin pas toute la presse. Deux ou trois titres qui ont pignon sur rue sont arrosés pour faire bonne impression et sauver les apparences. Ironie du sort : Le gros des titres oubliés ou ignorés ne perçoit aucune subvention publique, aide qui atteint pour certains canards, bourrés de pubs, la somme de deux millions dirhams par an ! Où est la responsabilité sociétale dans tout ça ? C’est vrai qu’un journal est en lui-même une entreprise et qu’il est appelé en tant que tel à faire lui aussi dans la RSE. Eh bien, par le passe, la presse marocaine a participé volontairement à diverses opérations de dons (Bayt al Mal Al Qods, Solidarité nationale…) en offrant des pleines pages gratuites ou des journées de salaires et ce bien avant que la RSE ne devienne à la mode ! Mais à part ça un journal est avant tout un faiseur d’opinion, un garde-fou de la diversité culturelle, cultuelle, ethnique, un poste avancé dans le combat pour la liberté…

 

 

Affaiblir la presse en n’en maintenant qu’une petite partie sous prétexte que celle-ci fait du slogan « tout le monde il est bon tout le monde il est gentil » sa marque commerciale est une grave erreur, une insulte à l’avenir. Au lendemain des deux coups d’Etat fomentés par le général filon Mohamed Oufkir contre le roi Hassan II aucun titre de presse de cette époque là n’avait osé écrire que les deux tentatives de régicide étaient des actes abjects auxquels le peuple marocain n’avait jamais adhérés. Le silence radio des médias était le résultat logique de la mainmise d’Oufkir et ses services sur toute la presse marocaine y compris le Petite Marocain du « Groupe Yves Mas » qui avait titré au lendemain du carnage du palais de Skhirat : « Des cadets d’Ahermoumou attaquent le palais de Skhirat. Sans plus ! Sinon une photo de la plage avec des gens en fuite ».

 

Donc une publicité dans un journal est un investissement dans l’avenir avant d’être une charité ou une récompense pour service rendu. Un service qui comme c’est souvent le cas peut être superflu. En effet, à quoi sert d’inviter un groupe de journalistes à se déplacer dans une ville pour leur remettre des dossiers de presse téléchargeables sur le site internet de l’entreprise organisatrice ? Enfin, heureusement qu’il existe des entreprises qui sortent du lot en bâtissant des relations professionnelles, citoyennes et responsables avec le presse sur la base du concept win-win et du respect mutuel, sans aucune arrière pensée ; à savoir faire d’une insertion non un message publicitaire mais un signal codé à l’adresse de destinataires occultes.

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