Médias au Maroc : Ça presse la vraie réforme !

Publié le par Abdelkarim Chankou


 Chankou1.jpgPlus de 17 ans  après le Premier colloque national sur l’information et la communication (mars 1993) et plus de 16 ans après  que la Journée mondiale de la liberté de presse eut été instaurée par l'Assemblée générale des Nations Unies en décembre 1993 qui en a fixé le 3 Mai comme jour de célébration, la presse écrite et audiovisuelle marocaine a connu de grands changements positifs. Liberté de ton renforcée, plus de  créativité et d’indépendance dans le choix et le traitement des sujets et des thèmes, design à la page des titres, des rédactions, des régies, de studios et des plateaux, situation  sociale et matérielle des journalistes améliorée… Bref un grand pas aura été franchi depuis 17 ans avec une accélération de la cadence du changement depuis l’avènement du Roi Mohammed VI  sous le rège duquel de nombreuses lignes rouges et mêmes infrarouges  ont considérablement reculé.

Cependant, force et de constater que la profession est toujours prisonnière de l’ornière de certains problèmes qui en entachent et l’image et la crédibilité tout en freinent le développement. Cet état de fait est la conséquence logique de plusieurs négligences et erreurs de l’Etat. En voici les plus significatives.

1-            Après plusieurs années de dirigisme où les rédactions  recevaient des instructions précises sur ce qui devait être traité ou non s’agissant de sujets sensibles, la profession a été subitement lâchée, la tutelle étatique croyant que cette dernière est devenue assez mûre pour se débrouiller toute seule. Résultat : à part certains médias ayant évité le dérapage par en s’autocensurant soit par complaisance soit par obséquiosité soit par peur d’aller en taule, le gros du lot a perdu les pédales. La course effrénée au chiffre, la concurrence féroce et souvent inégale ou déloyale entre les médias ont fait le reste ;

2-            L’Etat n’ayant pas encore totalement rompu avec sa propension à considérer les journalistes comme des « fouteurs de merde » pour ne pas dire des « fouille-merde »  et la presse comme un genre mineure continue de fermer les vannes d’accès à l’information officielle. Ce qui a donné libre cours aux supputations et aux constructions de l’esprit les plus fantasmagoriques. Il faut bien noircir du papier et justifier son salaire, aussi maigre soit-il ;

3-            Ayant concocté dans la hâte son plan de modernisation de la presse écrite, l’Etat a défini des critères de sélection des entreprises ayant droit à ses subsides totalement faux. Dans nombre de cas l’argent du contribuable au lieu d’aller à l’amélioration des conditions de travail dans les entreprises de presse est allé dans les poches des directeurs de ces dernières. Résultat : des « boss » roulent 4x4 alors que leurs employés roulent dans la poussière ;

4-            L’Etat n’a jamais songé à réformer la réglementation en vigueur relative à la création d’un journal. Du coup la procédure administrative et judiciaire pour  créer un canard est la plus simple  qui soit au Maroc et dans le monde. N’importe quel Marocain pouvant justifier d’un certificat de nationalité peut déposer un dossier au tribunal  de première instance et se voir ensuite autorisé, dans 99 % des cas, de sortir son journal. Résultat : des  analphabètes ou des repris de justice se sont vus délivrer le reçu pour devenir des directeurs de publication qui quotidiennement ou périodiquement signent des « idiotoriaux » en réalité écrits par des nègres souvent payés au noir. A signaler que contre ces cas d’usurpation d'identité et de fonction aucun  procureur n’a encore jamais osé lever le petit doigt. Pas plus contre la fraude fiscale et le non respect de la législation sur le travail que ces escrocs pratiquent avec ferveur comme s’il s’agissait d’une religion ;

5-            L’Etat qui visiblement voit dans la presse un tremplin pour occuper les désœuvrés et autres « jobless » n’a jamais songé à fixer un niveau d’instruction minimum pour le métier de journaliste. La carte professionnelle est délivrée à n’importe quel scribouillard au bout d’un an d’exercice. Or, aujourd'hui, un niveau minimum de Bac + 4 est nécessaire pour intégrer le métier professionnellement ;

6-            Les pouvoirs publics n’ont jamais pensé à catalyser l’existence de plusieurs syndicats de la presse. Résultat : la profession vit sous le régime  du « syndicat unique ». Un anachronisme flagrant.

Conclusion :

Ça presse la réforme !

 

Publié dans Edito

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