Moulay Hicham pour une « évolution » et non une « révolution »

Publié le par Abdelkarim Chankou

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Le débat qui a réuni, hier lundi 7 février au soir, autour du plateau de France 2, Pierre Lellouche, Secrétaire d'État chargé du Commerce extérieur (Majorité présidentielle) ; Hubert Védrine (PS), ancien Ministre des Affaires étrangères, ex-Secrétaire général de l’Elysée sous Mitterrand et actuel Président de la société de conseil en stratégie géopolitique ; Alain Finkielkraut, Philosophe ; Mathieu Guidère, Professeur de veille stratégique à l'Université de Genève et spécialiste des groupes islamistes (auteur de « Les nouveaux terroristes » +Editions Autrement, 2010+) ; le Prince Moulay Hicham, Membre du conseil consultatif de Human Rights Watch (Cousin germain du Roi du Maroc Mohammed VI) et en duplex du Caire Alaa El Aswany (Ecrivain égyptien), a durant plus d’une heure été caractérisé par un certain désordre pour ne pas dire confusion qui n’ a pas aidé le téléspectateur, même averti, à sortir avec une idée ou opinion plus claire sur l’onde de choc qui secoue ces derniers jours les pays arabes, particulièrement la Tunisie et l’Egypte que l’émission de Yves Calvi a résumé sous le thème : « Les Révolutions arabes et nous .»

En somme le téléspectateur comprend que tout se joue autour d’Israël et des Frères musulmans. Autrement dit, la révolution égyptienne ne pourra réussir que si d’une part elle ne remet pas en cause le Traité de paix entre l’Etat hébreu et le pays des Pharaons, et de l’autre ne se termine pas en copie conforme de la révolution iranienne de 1979.

En fait le désordre qui a émaillé le premier débat de l’émission dédiée au dédit thème ne fait que refléter le désarroi des analystes et penseurs occidentaux face à ce qui se passe sur la scène arabe. La mémoire et l’imaginaire collectifs occidentaux gardent des traces vagues et flottantes des révolutions française, anglaise, portugaise, grecque, espagnole… car en leurs temps il n’y avait ni Facebook ni les caméras du téléphone portables pour permettre de vivre on Live ces révolutions. Tout le contraire de la révolution tunisienne ou égyptienne qui ses déroulent en direct et en boucle via les chaînes satellitaires du monde entier à la manière de Star Academy. Evidemment l’esprit occidental habitué à imaginer les révolutions anciennes comme il pouvait et selon l’air du temps se retrouve brutalement devant une nouvelle réalité ou plutôt « téléréalité » désarçonnante. Il est divisé entre la tentation du rejet d’un enthousiasme suspect porté par des jeunes exaltés et à l’apparence innocente et la résignation devant un fait qui saute aux yeux et accapare la conscience, celui de jeunes assoiffés de liberté qui offrent vaillamment leurs corps dénudés face aux balles.

Enfin, la réponse que tout le monde se posait : le Prince Moulay Hicham allait-il être plus explicite que l’interview qu’il avait adonné récemment à El Pais où il a notamment déclaré que le « Maroc ne fera probablement pas une exception » ? A savoir son souhait d’une révolution similaire au Maroc. Finalement, le « Prince rouge » aura revu ses ambitions à la baisse en se réclamant d’une évolution (en non d’une révolution) du régime marocain actuel dans le cadre de la monarchie constitutionnelle. Ça s’appelle la realpolitik.


NB : Contrairement à Pierre Lellouche qui maintes fois rappelé sa naissance en Tunisie, Hubert Védrine n’a jamais évoqué le Maroc que son défunt père Jean a aimé si bien qu'il y passa un certain temps  de sa vie.

Publié dans Focus

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jamel khaldi 08/02/2011 15:57


Le prince Moulay Hicham a été plus explicite contrairement à ses premières sorties médiatiques notamment sur les colonnes du quotidien espagnol El Pais où il a déclaré que « le Maroc ne fera
probablement pas une exception », le Prince Moulay Hicham a bien rectifié le tir en précisant vouloir parler d’évolution et non de révolution contre le régime marocain en place à Rabat. Par ses
premiers propos, le prince rouge prêtait plus à la confusion et donnait libre court aux commentaires de certains journaux, notamment ibériques et algériens connus pour leur hostilité gratuite à
tout ce qui sonne marocain. Mais personne ne peut fragiliser les liens d’attaches qui existent entre le Roi Mohammed VI et son peuple. A bon entendeur salut.


saidmajd 08/02/2011 12:37


Normal que Moulay Hicham nuance ses précédents propos. Le Maroc n'est certainement pas la Tunisie, au moins pour ce qui est de son régime politique plusieurs fois séculaire. Le Maroc aussi n'a
jamais connu de parti unique et le pluralisme, les libertés d'expression, de manifestation et de rassemblement y sont réelles.


dima 08/02/2011 12:33


Il n'a pas changé d'avis. Au contraire, il a souligné le fait qu'en matière de Révolution, il n'y a plus d'exception arabe et passer d'une monarchie absolue à une autre parlementaire est une
révolution en elle meme. Le terme choisi d'évolution trouve son argutie dans le fait qu'il n'y aura pas de République Marocaine selon le prince.

Par contre, ce que j'ai relevé dans ses propos et ce qui est plus important : "Nous attendons de vous (l'occident en général et en particulier la France) une neutralité bienveillante"