Plan social qatarien redoutable pour les magasins Printemps

Publié le par mediapart.fr

Médiapart  | Par Martine Orange

Que va-t-il rester du Printemps, après sa revente aux Qataris ? D’après les documents internes que s’est procurés Mediapart, cela n’aura plus grand-chose à voir avec le grand magasin connu. Oubliés les couettes, les jouets, les casseroles, les meubles… tout ce qui fait partie du grand bazar des grands magasins. Le Printemps Haussmann, le seul qui intéresse les acheteurs qataris, est appelé à devenir, au moins dans un premier temps, un centre commercial, les propriétaires comptant louer à prix d’or des espaces pour des marques de luxe.

Un business plan précis a été établi par la direction pour détailler l’évolution du grand magasin du boulevard Haussmann. Nommé Arthur 3, ce document a été achevé le 5 décembre 2012, afin d’être présenté aux acheteurs qataris : l’accord de négociations exclusives révélé par Mediapart a été signé le 21 décembre 2012. 

 

Officiellement, ce plan n’existe pas. La direction a nié son existence à l’intersyndicale du Printemps, rassemblant la CGT, la CFDT, l’UGIT-CGT et la SAPP, qui l’interrogeait sur le futur du groupe.

Pourtant, sur le papier, tout est déjà écrit. Le futur plan d’action prévoit la suppression totale du rayon enfants, du rayon bain, la division par deux des produits de la maison, des arts de la table, des meubles. Dans la foulée, on supprime aussi les services médicaux et sociaux, les locaux du personnel et syndicaux.

 

Au moins 226 emplois supprimés dans un premier temps

 

Un temple du luxe 
Un temple du luxe

Cet immeuble est appelé à devenir le royaume du luxe pour les hommes. Dior, Vuitton, Omega, Weston, Dolce Gabbana… Toutes les marques prisées par les « beautifuls », ceux à la vie sur papier glacé ou qui en rêvent, sont invitées à louer très cher des espaces pour y vendre leurs produits siglés. Le groupe espère augmenter son chiffre d'affaires de 163 millions d'euros par cette seule transformation. Les taux de marge prévus y sont impressionnants : 38 % pour l'horlogerie, 36,7 % pour les chaussures. L'îlot 2 – le premier magasin, transformé –, deviendra, selon le projet, le plus rentable du groupe avec une marge de plus de 17 %. 

Une transformation identique est prévue pour la maison. Là encore, tout est appelé à être concédé aux marques renommées. Avec comme objectif de devenir « une référence unique et incontournable grâce une expérience shopping renouvelée et unique » (sic).

Mais ces changements taisent le plan social qui se cache derrière ce “plan d’action”. L’intersyndicale du Printemps, à qui ce document a été montré, a établi une première estimation des suppressions d’emploi induites par le projet Arthur 3. Selon ses calculs, ce sont au minimum 226 postes qui paraissent condamnés par la première transformation du Printemps Haussmann, sans compter les emplois indirects dans les départements achats, logistiques, comptabilité. Car toutes ces activités appelées à disparaître sont gérées directement par le Printemps. Les marques qui les remplaceront, elles, gèrent tout par elles-mêmes. Les salariés dépendent directement des marques. Ce sont souvent des employés intérimaires, précarisés, employés au coup par coup et qui ne disposent d’aucune couverture sociale, d’aucune convention collective. Le revers de la médaille de ce monde du luxe.

Sans attendre, la direction a déjà commencé à mettre en œuvre le plan Arthur 3, avec, dès décembre, les premières suppressions de points de vente dans les Arts de table, pointe l’intersyndicale. Tout s’est fait naturellement sans plan social. En cinq ans, la direction du Printemps est parvenue à supprimer plus de 900 emplois sans le moindre plan d’accompagnement des salariés.

Pour les syndicats, cette réorganisation prévue risque d’être la première d’une longue série. Le plan Arthur 3 dévoile en effet la véritable nature du projet de rachat par le Qatar : une opération immobilière destinée à assurer une rente très lucrative et qui ne s’embarrasse pas des salariés. À voir les millions d’euros de commissions promis aux uns et autres (voir les millions de commissions promis par le Qatar), tout cela s’annonce comme une affaire très juteuse. Au moins pour quelques-uns.

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