Pour que le projet UPM ne devienne ni une usine à gaz ni une auberge espagnole

Publié le par Abdelkarim Chankou

Chankou2

Ça va faire bientôt cinq et demi que le projet de l'Union Pour la Méditerranée (UPM) a été lancé par l’ancien Président français Nicolas Sarkozy.

Connue sous la dénomination officielle « Processus de Barcelone », l’idée connaitra moins d’enthousiasme de la part des pays européens du Nord, particulièrement l’Allemagne, notamment à cause des suites de la crise des subprimes, révélée au printemps 2007, et dont les conséquences médiatico-dramatiques ont atteint leur apogée lors des discussions animées relative à la question de la « régulation des activités financières » du sommet du G20 de novembre 2008. A peine née, l’UPM qui était déjà lourdement handicapée par la question isréalo-plestinienne, des pays comme l’Algérie refusant catégoriquement que l’Etat hébreu soit membre à part entière cette organisation euro-méditerranéenne, entrera illico dans une période glaciale. Mais l’idée-matrice demeure entière et les dangers qui pèsent sur elles ne sont plus vraiment de savoir si elle verra le jour un jour, mais sous quel jour ? En réalité l’UPM existe bel et bien, et si elle passe inaperçue c’est parce qu’on lui a fait porter des habits de dissimulation.

En résumé, l’UPM n’est plus vraiment cette Mare Nostrum (ou ce Lac de Tibériade tant chanté par les poètes grecques au moment où le bassin méditerranéen était plus qu’un espace commun) dont les formes ont été déclinées, le 13 juillet 2008 à Paris, sous la coprésidence de Nicolas Sarkozy et de Housni Moubarak, en présence d’autres pays, mais une sorte d’usine à gaz- ou d’auberge espagnole- où chaque Etat industriel apporte dans son escarcelle des projets économiques à vendre ou à confier à leurs homologues du Sud (appelés à jouer le rôle de couveuse ou de salle de réanimation), le temps que la tempête de la crise financière passe.

 

Créer des emplois c’est super !

Sortir des jeunes marocains de l’ornière

du désœuvrement

et de l’inactivité c’est extraordinaire.

Mais faire en sorte

que ces derniers évoluent dans un espace

de liberté, de tolérance, de bien-être

moral et matériel, à l’abri

de l’ignorance et de la haine d’autrui

c’est le rêve de tous!


Personne ne nie ni conteste les bienfaits sur les pays du Sud de tels projets de délocalisation ou de relocalisation ou de joint-ventures … Autrement ce serait cracher dans la soupe. « Le partenariat méditerranéen, qui se concrétise de plus en plus, a contribué à la réalisation de plusieurs acquis indéniables », a affirmé M. André Azoulay qui intervenait samedi lors d'une table-ronde sur « la place de l'innovation et de la créativité dans la communauté méditerranéenne », organisée dans le cadre de la Semaine économique de la Méditerranée (7-8 novembre à Marseille). En effet, le Maroc a profité et continue de profiter de la forte présence- qui va crescendo- des entreprises françaises sur ses terres : « 39 des 40 entreprises du CAC 40 » a rappelé récemment à Marrakech le ministre de l’Economie Pierre Moscovici. Seule l’Espagne est proche du record. Mieux : Après la méga délocalisation de Renault-Nissan à Tanger, des bruits ont couru en marge de la 3e édition du Forum économique mondial (MENA), organisée dans le cadre de cette 7ème édition de la Semaine économique marseillaise, que le constructeur Peugeot envisagerait lui aussi de délocaliser une partie de production dans la ville du détroit. Marhaba, barukhaba, welcome, bienvenido… ! On est épaté ici, au Maroc. Mais on le sera davantage si ces vagues de délocalisations s’accompagnent des mêmes efforts ou du moins de la même attention sur le plan social, culturel et humain. Créer des emplois c’est super ! Sortir des jeunes marocains de l’ornière du désœuvrement et de l’inactivité c’est extraordinaire. Mais faire en sorte que ces derniers évoluent dans un espace de liberté, de tolérance, de bien-être moral et matériel, à l’abri de l’ignorance et de la haine d’autrui c’est le rêve de tous ! L’idéal. Il suffit d’un peu de volonté politique de la part des 28 membres de l’Union européenne.

L’outil est déjà là. Il s’appelle « Fondation Anna Lindh pour le dialogue des culture « et va bientôt souffler sa 10ème bougie en 2014. Que du chemin parcouru en 10 ans ! « Un réseau d’envergure régionale comptant à ce jour plus de 3000 organisations de la société civile. » Un bassin démographique de plus de 700 millions de personnes. Un véritable bouclier anti-xénophobie dédié à la promotion de l’amitié entre les peuples sans démagogie ni arrière-pensée. Et une étude, la première du genre, réalisée en 2010 en partenariat avec le prestigieux institut de sondage d'opinion Gallup, et qui a prédit le séisme des révoltes du Printemps arabes qui ont succédé à son épicentre, localisé à Sidi Bouzid (bourgade tunisienne) à la mi-décembre 2010. Et ce n'est pas fini ! La Fondation Anna Lindh va publier dans les jours qui viennet un deuxième rapport réalisé avec l'aide du même institut Gallup.« Il s'agira de la première étude de cette importance depuis les profonds changements amorcés sur la rive sud de la Méditerranée après la mutation historique partie de la Tunisie en 2011 », a souligné André Azoulay, le Président de la Fondation Anna Lindh, qui s'exprimant lors de la clôture des travaux du Conseil Consultatif de la Fondation Anna Lindh réuni sous sa présidence, du 4 au 6 novembre à Lisbonne, en précisant que le sondage, réalisé par l’Institut « a été réalisé à partir d'un échantillonnage de 13.000 ménages soit plus de 50.000 personnes représentatives des populations du nord et du sud de la Méditerranée. » Qu’attendent dons les dirigeants des pays du Nord pour agir ? L’été arabe ? S’ils ont un petit trou de mémoire, qu’ils relisent la Déclaration du Sommet des Présidents des parlements de l'UPM à Marseille, le 07 avril 2013. Ça leur rafraichira la mémoire... Sinon on ne fera que produire des richesses sur le dos de la misère. Une vieille mécanique. Le bien-être virtuel ou offshore ça fatigue à la longue...

Rabelais le disait bien : « Science sans conscience n'est que ruine de l'âme .»

Publié dans Edito

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article