Qui des modèles américain ou français nous convient, nous Marocains ?

Publié le par Abdelkarim Chankou

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Qui des modèles américain ou français nous convient, nous Marocains ? Voilà une question à 1 euro,  à 1 dollar ou à 1 dirham. Mais qu’importe la devise ! Même si la question renvoie à une dimension forcément matérialiste, et non des moindres ; ne serait-ce que parce que de nos jours les relations internationales, qu’elles soient  bilatérales ou multilatérales, ne se conçoivent plus sans évoquer des questions d’argent. Et non plus uniquement entre le Nord et le Sud ; désormais la mode est passée au Nord-Nord, le cas de la Grèce suspendue à la générosité de l’axe franco-allemand, le moteur de l’Eurozone, en est  le grand témoin.

 

Alors qui des modèles américain ou français nous convient,  nous Marocains ? Il est facile devant ce type d’interrogations de se débiner en invoquant le suivisme du tiers monde à l’égard des puissances impérialistes ou en choisissant la réponse passe-partout pour ne pas dire placebo qui serait de dire « un peu des deux et le meilleur ».

 

Si dans cette réponse du « moindre mal » ou du « juste milieu » il  y  a un peu de bon sens et de sagesse, moi, personnellement, je ne la ferais pas mienne.  Car je crois que la somme des relations internationales,  ce qui équivaut à la vie des Etats du monde, a besoin pour rester stable et durable de relations bilatérales fortes et engagées, entre des pays forts du Nord et certains pays du Sud ayant un poids géostratégique suffisant pour jouer des rôles pondérateurs et modérateurs.

 

Sans chauvinisme, le Maroc fait partie naturellement de cette dernière catégorie qui même s’il ne l’a pas choisie,  l’assume malgré lui : Quand on est à la croisée des chemins de deux mers, la Méditerrané et l‘Atlantique, quand on est une porte de l'Afrique sur l’Europe et en même temps sur le Nouveau monde, quand on est un rempart aussi bien contre l’ensablement que l’avancée de la misère sahélienne, on devient forcément un pays modérateur et pondérateur. Mais tout cela comme dirait l’autre ne répond pas à notre question. Je la donne tout de suite : Le Maroc doit rester un allié sûr des Etats-Unis et un ami fidèle de la France, et par prolongement par continuité de toute l’Europe. Je rappelle cette réalité qui est née juste après l’indépendance du Maroc en 1956 mais conçue depuis les accords de Yalta ; par ce que depuis un certain temps, printemps arabe aidant, le royaume semble bercé par une certaine dérive atlantiste. Je m’explique : Le Maroc ne limite plus ses relations avec l’Amérique aux traditionnels domaines militaires et géostratégiques ; désormais  il se croit devoir accepter certaines hérésies, sociales, cultuelles et politiques, s’installer dans ses murs seulement parce qu’un grand pays comme l’Amérique les a, lui, intégrées ; entre autres le communautarisme et puritanisme religieux, le respect quasi religieux des meneurs et acteurs de la contestation cultuelle si bien que parfois  les forces de l’ordre ont plus de scrupules voire de  « peine » à charger une manifestation de jeunes chômeurs ou d’ouvrier grévistes qu’une meute de barbus ! Fait plus que troublant : Des dizaines d’ouvriers grévistes sont dispersés quotidiennement- parfois dbrutalement- par la police marocaine sans que le département d’Etat n’en fasse état- du moins explicitement-,  ni dans ces rapports annuels sur les droits de l’homme dans le monde ni dans ces déclarations intermittentes. Alors que dès la dispersion d’une bande d’extrémistes en habit afghan ou d’un groupe de missionnaires faisant dans le prosélytisme  Washington  affiche sa réprobation et son émoi. Je n’insinue pas que Paris approuve de tels agissements. Loin de moi cette idée ! Mais la différence entre Washington et la France c’est que cette dernière préfère aider à combattre les causes profondes de ces hérésies par du concret ; c'est-à-dire par l’aide au développement durable et l’investissement pour le savoir et contre l'ignorance,  plutôt que par de bons prêches qui incitent les Etats concernés à les accepter au nom de l’air du temps. Un temps qui n’est pas le nôtre, en tout cas.

 

Détrompons-nous ! L'Amérique est l'alliée logique et logistique des intégristes du moment qu'ils ne menacent pas directement sa sécurité et ses intérêts. Ce constat je le partage non sans fierté avec le Professeur émérite américain Naom-Abraham Chomsky.

 

Comme quoi il est des fois qu'il n'y a que les imbéciles qui changent vite d’avis en changeant de camp. That’s the question.

Publié dans Edito

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