Si l’injustice provoque des mouvements sociaux, la surexploitation de la nappe phréatique induit des secousses telluriques

Publié le par Abdelkarim Chankou

Dans la mythologie grecque, Poséidon (Neptune pour les Romains) est le dieu des mers et des océans en furie. Son autre épithète d'« ébranleur du sol » en fait le dieu des tremblements de terre et des sources. Il est lié au dieu Okeanos (Océan), lequel est en relation avec les « eaux primordiales » qui parcourent la terre et se jettent toutes à l’océan (Okeanos est en effet le père de tous les fleuves). Poséidon était donc associé par les anciens aux tremblements de terre, comme le montrent ses épithètes « enosichthon » et « enosigaios », « l’Ebranleur du sol ».

 

Dans la région de Larache (Nord du Maroc), où une secousse d’une magnitude 4 sur l’échelle de Richter a été détectée, hier dimanche 21 octobre, les Romains avaient réalisé, probablement au courant du IIIe siècle après J.-C., une superbe mosaïque de pavement représentant le masque d’Okeanos (1), œuvre conservée au musée archéologique de Tanger. Or Larache ou Lixus (son ancien nom) était non seulement un zone à forte activité sismique mais se situe au niveau de l’embouchure du fleuve Loukkos, l’une des principales sources d’irrigation de la Maurétanie tingitane. Laquelle était le grenier de Rome.

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Ainsi le lien du dieu au Trident Poséidon avec les eaux souterraines- ou de surface- était connu des Grecs des temps immémoriaux. Un lien qui vient d’être confirmé par une découverte scientifique tout fraîche. « L'exploitation de la nappe phréatique, est une des causes du séisme destructeur qui a frappé l'an dernier la ville historique de Lorca, dans le sud de l'Espagne » estime une étude, conduite par Pablo Gonzales, du département des Sciences de la Terre de l'Université d'Ontario Occidental (Canada). « Le 11 mai 2011, une secousse d'une magnitude de 5,1 sur l’échelle de Richter, dont l'épicentre était situé très près de la surface, à seulement 3 km de profondeur, avait tué neuf personnes et fait environ 130 blessés à Lorca. » Le séisme qui avait également obligé « quelques 15.000 personnes de fuir leurs demeures a endommagé environ 12% des édifices de cette ville au riche patrimoine. » En analysant par radar la déformation du sol causée par la secousse, l’équipe de Pablo Gonzales a découvert que « le séisme résultait du système de failles d'Alhama de Murcia. » Plus précisément, « la simulation tirée de leurs données montre que l'essentiel de la puissance du séisme a été libérée par un glissement de seulement 20 cm d'un segment de failles d'environ 2 km sur 3 km. »

 

En attendant que cette découverte de Pablo Gonzales se confirme davantage, des pays comme l’Arabie saoudite qui commençaient déjà à externaliser leur agriculture pour éviter un tarissement de leur nappe phréatique vont, en apprenant le rapport de cause à effet entre les séismes et une surexploitation des eaux souterraines, accélérer leurs programmes de sous-traitance agricoles à des pays tiers. L’Arabie tire déjà près d’un million de tonne de riz par année des rizières en Ethiopie, exploitées (non sans drames sociaux locaux) par le Saoudo-éthiopien Cheikh Mohammed Hussein al Amoudi. Moralité : des séismes sociaux en vue.

 

(1) Michel Ponsich, Nécropoles phéniciennes de la région de Tanger, Etudes et travaux d’archéologie marocaine, III, 1967. Illustration : La tête (ou le masque) du dieu Océan avant sa détérioration par les intempéries et les pilleurs. Photo prise par Henri Stern (probablement en 1967) (archives photographiques du Centre Henri Stern, ENS/CNRS, Paris).

 

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http://chankou.over-blog.com/article-seisme-casablanca-a-encore-bouge--41310036.html

Publié dans Focus

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