Sidi Bouzid : Après l'auto-immolation de Bouazizi, l'autodafé des bars

Publié le par Karim El Maghribi

Bars fermés en Tunisie : les autorités mettent en garde les salafistes (titre d'origine)

 

 

Bars fermés en Tunisie : les autorités mettent en garde les salafistes

 

Le ministre tunisien de la Justice, Noureddine Bhiri, a mis en garde hier les salafistes qui ont récemment tenté d’interdire la vente d’alcool dans la ville de Sidi Bouzid (centre) en fermant par la force plusieurs bars.


«Je dis à ces gens là – les salafistes –, qui pensent que l’Etat a peur d’eux, que la promenade est terminée et que ceux qui dépassent les lignes rouges vont être punis», a-t-il précisé sur les ondes de la radio tunisienne privée Express FM. Sidi Bouzid est la ville d’où est partie la révolution tunisienne en décembre 2010, ayant abouti à la chute en janvier du régime de Zine El Abidine Ben Ali, après l’immolation par le feu d’un jeune vendeur ambulant, Mohamed Bouazizi, devant le gouvernorat. La mise en garde du ministre intervient à la suite de la fermeture musclée par des salafistes de plusieurs dizaines de bars à Sidi Bouzid. Depuis vendredi, des salafistes, qui tentent d’interdire la vente de boissons alcoolisées dans cette ville, ont demandé aux propriétaires des bars et de points de vente de fermer leurs locaux avant d’avoir recours à la force pour «imposer leur loi», a expliqué à l’AFP une source sécuritaire sur place.


Des salafistes avaient mis, samedi, le feu à un dépôt de boissons alcoolisées à Sidi Bouzid suscitant la colère de quelques habitants et des vendeurs boissons alcoolisées. Protestant contre cette attaque, des habitants et vendeurs d’alcool avaient alors mis le feu à leur tour à un tas de pneus et tiré avec un fusil de chasse devant une mosquée au centre de la ville, a indiqué à l’AFP le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Khaled Tarouch. «Une enquête a été ouverte pour déterminer les responsabilités», a-t-il ajouté. La montée des salafistes radicaux depuis la révolution du 14 janvier, qui a abouti à la fuite de l’ex-président Ben Ali en Arabie Saoudite, suscite la crainte de nombreux Tunisiens. La mouvance salafiste se partage entre les piétistes qui ne se mêlent pas de politique, les politiques et les djihadistes pour qui la violence est légitime pour imposer la religion.


Les salafistes et leurs sympathisants en Tunisie sont estimés par des chercheurs à une dizaine de milliers. Depuis les élections d’octobre 2011, les islamistes radicaux, regroupés dans la nébuleuse salafiste, se manifestent à tout bout de champ : dans les universités pour imposer le port du niqab, devant les tribunaux pour fustiger une chaîne de télé accusée d’avoir diffusé un film blasphématoire, dans les manifestations où des journalistes ont été agressés. Plusieurs milliers de salafistes tunisiens se sont invités dimanche à Kairouan (centre), quatrième ville sainte de l’islam. Venus en bus de plusieurs régions de Tunisie, ces partisans d’Ansar Al Charia, l’un des mouvements les plus radicaux de la mouvance salafiste en Tunisie, lancé en avril 2011, ont investi toute la journée la grande mosquée et la médina de la ville.

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