Téléréalité…politique : Cas tunisien, égyptien et autres

Publié le par Abdelkarim Chankou

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La révolution du Jasmin du 14 janvier 2011 qui a consacré la chute du régime de Benali en Tunisie et celle en cours en Egypte depuis le 25 du même mois qui réclame le départ du Président Moubarak ayant régné sur le pays des Pharaons pendant 30 ans (autant que Benali), auront au moins le mérite d’avoir levé un coin de voile sur ce qu’est en train de devenir la politique en ce début de deuxième décennie du XXIe siècle : un spectacle de téléréalité !

Par le biais des télévisions satellitaires arabes et en premier plan, la chaîne qatarie Al Jazeera qui assure une couverture non stop, le spectateur arabe a désormais rendez-vous en permanence avec cette nouvelle manière de faire de la politique dans la rue. Loin des hémicycles. Par des milliers d’anonymes (en majorité jeunes) qui campent jour et nuit, pour le cas égyptien, dans Maïdan Tahrir (Place de la Libération) pour crier le départ pur et simple du raïss Moubarak.

Bravant faim et froid, ces jeunes dont beaucoup n’ont jamais voté ou été inscrits sur une liste électorale, découvrent soudainement les plaisirs de la contestation « on live ». Conscients que le monde entier les regarde comme des footballeurs lors d’une grande compétition ou des matadors en face de taureaux fous furieux, ils sont enflammés aussi bien par la force que procure le sentiment de faire partie d’une foule (voir +L'âge des foules : un traité historique de la psychologie des masses+, Serge Moscovici ) que par le fait de réaliser que l’épilogue est proche, celui de la fin du régime de Moubarak ; d’autant qu’une dizaine de jours plus tôt, les mêmes foules de jeunes ont réussi en moins d’un mois à mettre fin à 30 ans du « Benalisme ». Ce à quoi les professionnels de la politique classique, des chambres ou des anti-chambres, n’ont pas pu arriver durant des décennies. Et c’est là que réside justement le vrai risque.

Cette nouvelle façon de faire la politique à la sauce Star Academy risque à terme de convaincre définitivement les majorités silencieuses du Monde arabe que désormais pour faire bouger les choses il n’y pas mieux que d’occuper la rue. Surtout que cette manière de faire l’opposition présente moult avantages. La foule massée sur la voie publique étant une sorte d’auberge espagnole où chacun trouve son compte : les désœuvrés s’occupent, les élèves ou étudiants en retard espèrent une année blanche, les surendettés rêvent d’une faillite du système bancaire qui les délivrera du cauchemar des traites, les bons à rien de la chance de leur vie pour montrer qu’ils peuvent servir à quelque chose et les barbus voient là une occasion pour faire la révolution par procuration…

Quand on sait que le Monde arabe grouille de ce type de profils, on peut dire que ça craint !

Publié dans Edito

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Anas Alaoui 04/02/2011 04:09


hhmm, comme si les élections servaient à quelque chose dans ce genre de pays avec ce genre de systèmes politiques.
Un seul nombre: 93% de l'assemblée nationale égyptienne actuelle appartient au PND de Moubarak. Quelle autre solution reste alors que celle de l'occupation de la rue ?


Karim El Maghribi 04/02/2011 11:43



Cher lecteur j'ai évoqué dans mon article "politique d'antichambre" ; ce qui signifie l'attente interminable, le cas de l'Egypte...


Merci en tout cas de votre commentaire.