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3 articles avec politique et societe

Les alliances partisanes au Maroc ou quand l’ethnique l’emporte sur le politique : Le cas PJD-PPS

Publié le par Abdelkarim Chankou

Au Maroc il est difficile pour un observateur de saisir les dessous du jeu politique s’il ignore les mécanismes complexes qui président à la création des partis politiques. Exemple : Le parti du progrès et du socialisme (PPS) se définit comme étant progressiste et moderniste. Pourtant il s’est allié et travaille la main dans la main avec le parti de la justice et du développement (PJD) qui lui se détermine en tant que formation islamiste conservatrice dont la pensée du jurisconsulte hanbalite Ibn Taymiyya - aux écrits légalisant l’assassinat des moines et des chanoines - fait partie de ses grandes références idéologiques. Comme font partie d’autre penseurs islamistes comme Sayyid Qutb l’une des figures de proue de la confrérie musulmane égyptienne. Abdelilah Benkirane, l’actuel premier ministre et chef du PJD, a reconnu à maintes reprises qu’il a été très influencé durant les années 1970 par la pensée de Sayyid Qutb exécuté en 1966. Jusqu’à la rédaction de ses lignes le mariage catholique entre le PPS et le PJD continue d’intriguer même le politologue et les analystes les plus chevronnés. D’ici comme d’ailleurs. Seule une infime minorité trouve cette alliance parfaitement normale mais ces avertis n’en parlement jamais sauf dans les coulisses. Motus bouche cousue ! Si Mohamed Nabil Benabdellah le secrétaire général du PPS justifie son mariage avec le PJD par le fait que ce dernier a changé et la volonté de l’ex parti communiste de combattre ce qu’aucuns désignent au Maroc par le vocable intraduisible «tahakoum» mais que l’on peut traduite approximativement par «l’autoritarisme arbitraire», Abdelilah Benkirane n’a encore jamais donné explication à son alliance avec le PPS sauf des déclarations floues du genre le PJD est ouverts à toutes les bonnes volontés sauf le parti authenticité et modernité créé en 2008 par un groupe d’ex gauchistes avec le coup de pouce et la bienveillance de Fouad Ali El Himma qui a officiellement quitté la politique depuis sa nomination en tant que conseiller royal le 7 décembre 2011. Le PAM et le PJD sont devenus de vrais frères ennemis. Abdelilah Benkirane allant jusqu’à traiter Ilyas El Omari, le patron du PAM, de «bandit»

Ombres et lumières

Pour l’anecdote la rivalité entre les deux hommes a atteint un tel degré médiatique qu’elle a le mérité d’être la seule animation d’une classe politique amorphe et figée. Si le chef des islamistes n’a jamais donné une explication convaincante sur son pacte avec un ancien parti communiste qui élit mal ses chefs cela ne veut pas dire qu’il n’y en a pas. Je m’explique. En fait le PPS et le PJD c’est la même famille ! Leur dénominateur commun est feu le Le Docteur Abdelkrim El Khatib. Or ce dernier est le co-fondateur en 1967 du Mouvement populaire démocratique constitutionnel (MPDC) qui n’est autre que l'ancêtre du Parti de la justice et du développement. De même Moulay Ismaïl Alaoui, le successeur de feu Ali Yata, qui a dirigé le PPS de 1947 à sa mort en 1997, est le neveu du feu Dr El Khatib. Une notoriété qui a servi à Moulay Ismaïl Alaoui d’être réélu facilement SG du PPS lors du 6e congrès en juillet 2001. Face aux dissidents dont feu Simon Lévy les troupes du candidat sortant ont scandé des slogans antisémites du genre « Non au juif oui au chrif » m’a confié feu Simon Lévy qui était sûr que malgré toutes les déclarations modernistes des partis politiques l’idée qu’un juif marocain dirigera un parti politique est tout simplement impensable. Blessé par les insultes Feu Simon Lévy claquera la porte du bureau politique et se chargera exclusivement de la Fondation du patrimoine judéo-marocain qui ouvrira à la fin des années 1990 le musée juif de Casablanca, unique en son genre dans le monde arabe. Simon Lévy tirera sa révérence en février 2012. Quand j’ai écrit plus haut « cofondateur » en parlent de feu Dr El Khatib en évoquant la création par ce dernier du MPDC je pensais à un autre parti cofondé par le médecin né de père algérien comme beaucoup de dirigeants du PPS dont certains sont encore en vie et siègent au bureau politique de cette formation. En effet le Docteur créa en 1957 avec un autre vieux briscard de la politique marocaine en l’occurrence Mahjoubi Aherdane le Mouvement populaire dont il sera exclu plus tard. Cette amitié du toubib avec Aherdane jouera dans l’alliance du mouvement populaire (MP) avec le PJD dans l’actuel gouvernement dont les fonctions prennent fin le 7 octobre prochain. Seul le rassemblement national des indépendants (RNI) également partie prenante de la coalition PJD n’est pas lié amicalement ou ethniquement avec le PJD. En fait le RNI a été appelé à la rescousse par Benkirane après la défection du parti de l’istiqlal (PI) dont les ministres on claqué la porte de la majorité Benkirane en été 2013. A noter que le PI au sein duquel feu El Khatib a débuté sa carrière politique.

Publié dans Politique et Société

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Maroc : Quand la société civile devient un tremplin pour la politique

Publié le par Karim El Maghribi

La nature ayant horreur du vide, l’interdiction stricte faite à l’administration de favoriser un candidat au détriment d’un autre, a vite été contournée par les politiques avertis qui ne peuvent émerger sans tremplin autre que le favoritisme. La société civile s’offre dès lors comme un gisement inépuisable en tremplins tous sournois et efficaces les uns que les autres. D’autant que la symbiose qui peut naître entre un parti politique et une ONG peut être profitable aux deux parties. « Tu me faits la courte échelle et quand j’arriverai je te renvoie l’ascenseur. » Sous forme de divers services et avantages dont les alléchantes subventions publiques, le nerf de la guerre du tissu associatif, ainsi que des tickets d’entrée dans la cour des grands, ça s’entend.

Le procédé n’est pas tellement nouveau. Si jadis les partis politiques islamistes utilisaient le tremplin de la bienfaisance en distribuant médicaments, vêtements et produits alimentaires aux pauvres en contrepartie de leur vote, aujourd’hui les partis dits « laïcs » font presque la même chose en ciblant des associations œuvrant dans le caritatif et l’humanitaire. Les gérants de ces officines, arborant généralement des titres pompeux mais superflus, ont besoin d’argent public pour mener leur train de vie peinard. Ils n’hésitent pas de ce fait à répondre positivement à toute sollicitation d’un parti politique qui souhaite placer un de ses candidats dans une localité que ladite association écume. Dès que le marché est conclu, on s’invente un petit prétexte événementiel bidon pour réunir du monde et ainsi faire assez de boucan. La presse et quelques têtes du monde de la culture et de l’art sont les ingrédients les plus recommandés pour meubler la galerie. On papote un petit chouia au rythme d’un orchestre léger, autour d’une table garnie de petits fourrés et verres de thé à la menthe bien fumant (l’alcool est contre-indiqué dans telles circonstances ; dans ce sens qu’il envoie un mauvais signal aux machines à voter) puis on se prend des photos.

Si le parti politique a le bras long dans le milieu des rédactions, l’évènement sera bien répercuté fissa dans plusieurs médias dès le lendemain. Le candidat à un siège à la commune ou au parlement est souvent présent lors de la petite fête, mais parle rarement. Il se contente d’être bien placé sur les clichés en train se serrer les mains de certaines personnes en vue et qui ne sont pas forcèment toutes au courant de la manip. Un geste que le citoyen-votant verra comme un indicateur de haute bienveillance de la part de qui de droit…

Le tour est joué.

 

Maroc : Quand la société civile devient un tremplin pour la politique

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Plus de 2420 ans après, le démon des « Bacchantes » d'Euripide habite toujours l’humanité !

Publié le par guykarl.canalblog.com & Kem

Dionysos de Pella, chevauchant la panthère

Dionysos de Pella, chevauchant la panthère

Ecrite par Euripides en 407 avant J.-C., la tragédie «Les Bacchantes» continue d’habiter l’humanité et de la hanter, surtout l’Orient. Car le mi-dieu du vin et du safran est oriental par excellence. La pièce de théâtre jouée mille fois dans un espace qui est le temple même du fils de la mortelle Sémélé et de Zeus délivre un message profond et immortel. Celui de la cohésion sociale et de la constance des valeurs sacrées qui peuvent être compromises si la société se lâche et adopte des idées extrêmes qu’elle croit bienfaisantes mais qui sont en réalité liberticides et destructrices.

La société grecque d'alors est symbolisée par le  chœur des femmes. Des femmes qui veulent s'affranchir des règles conventionnelles, transgressent les lois de l'odre établi en buvant du vin et chantant. Suiveuses de Dionysos, les bacchantes-ou ménades- par leur comportement «anti-social» causeront la perte d'une société «conservatrice», entourée de peuples barbares et de pays hostiles. A cette époque le fait qu’une grecque, était vu comme le début de la décadence et de l'anarchie sociales qui risquent à tout moment de tout emporter. Curieusement c’est sur ce malheur que Dionysos qui se considère comme chassé de la cour royale compte pour revenir en triomphateur au royaume de Thèbes.

Sans entrer plus dans les détails de cette tragédie grecque qui reste ma préférée, je vous invite à lire ce qui suit. Un article succint tiré d’un blog : http://guykarl.canalblog.com, daté du 17 février 2012 et intitulé « le Jardin philosophe ».

Croque Cactus

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C’est un étrange dieu que Dionysos. A relire les « Bacchantes » d’Euripide je me suis mieux pénétré de cette singularité indéfinissable, énigmatique, dont les diverses facettes, complaisamment exposées dans le drame, composent une figure ouverte, résistant à toute totalisation. Bien davantage qu’Apollon, son frère en divinité, Dionysos décline toutes les identifications sans se résoudre en aucune, défiant toue logique unitaire et binaire. Il n’est ni dieu selon les canons ordinaires, ni pas dieu, ni animal, ni pas animal, et pas davantage humain, alors qu’il possède toutes les passions humaines, et qu’il les exerce avec une violence épouvantable.

La tragédie d’Euripide repose sur un argumentaire des plus minces : Dionysos, retour de Lydie, revient dans Thèbes, sa ville natale, pour s’y faire reconnaître comme dieu. Il rencontre le refus de Penthée, le roi son cousin, et des sœurs de sa mère Sémélé, qui fut jadis fécondée par Zeus, puis carbonisée par la foudre du père des dieux et des hommes. Le feu brûle toujours sur l’autel, au centre de la ville, pour entretenir le souvenir des gestes divins. Dionysos est fils d’un dieu et d’une mortelle, et deux fois né. De sa mère Sémélé, naissance de chair et de ventre féminin, et de Zeus ensuite, qui l’avait incorporé dans sa cuisse, avant de l’engendrer dans le feu divin, puis de le faire admettre au rang des Olympiens. Dionysos se prévaut de la seconde filiation, masculine et divine, pour se faire reconnaître comme dieu par les gens de Thèbes. La pièce raconte la colère, et l’épouvantable vengeance de Dionysos, ulcéré du refus thébain, et particulièrement du roi Penthée.

Revenons sur la question de l’identité. Qui est Dionysos ? Il se présente comme un homme, revêtu du costume de prêtre lydien, ambassadeur du dieu dont il proclame les exigences. Mais cet homme-dieu fait des miracles : il détache sans effort les liens dans lesquels Penthée l’avait fait enserrer. Il confère des pouvoirs extraordinaires aux Bacchantes qui s’étaient égaillées dans la montagne :

« L’une prend son thyrse ; elle en frappe un rocher :

Il en jaillit un flot d’eau pure.

Une autre dans le sol plante sa hampe,

Et le dieu en fait sourdre une source de vin.

Celles qui désiraient le blanc breuvage,

Du bout des doigts n’avaient qu’à déchirer la terre

Pour voir affleurer un lait abondant.

Du lierre des thyrses ruisselait le miel.

Ah que n’étais tu là, témoin de ces prodiges ! » (vers 705 à 712)

C’est une nature idyllique, au premier abord, où les éléments pacifiquement se rangent aux désirs humains, où ce sont les femmes, en rupture de ban, foyer délaissé, loin des hommes, qui communient dans l’harmonie universelle. Dionysos est le dieu de l’ensauvagement : montagne, forêt profonde, ravines, prés ensoleillés, doux sommeil à l’ombre des sapins, et la danse des Bacchantes, leurs rires, leur complicité féminine, l’exclusion impitoyable des hommes, de leurs lois, de leurs désirs. Les malheureux qui se seront approchés de ces délires bacchiques seront déchiquetés. Comme sont déchirés, dépecés, dévorés crûs les agneaux et autres bêtes des bois et des pâturages. La douceur cohabite avec la férocité. Dionysos n’est-il pas, lui aussi, un dieu animal, taureau, lion, serpent, héritier d’anciennes croyances, préhistoriques et crétoises, dieux à tête de taureau, Cerbères et Lapithes, figures amphibies de la puissance divine ?

Animalité, féminité, omophagie, régression vers les tendances primitives, ensauvagement et destruction rituelle de l’édifice culturel, symbolisé par le pouvoir phallique : il faut dire et redire que le délire bacchique n’a rien d’aphrodisiaque. Pas d’hommes, pas de sexe. La féminité instinctuelle et archaïque se donne libre cours, sans retenue, sans entraves. C’est ce que ne peut comprendre Penthée le libidineux, le voyeuriste, persuadé que ces femmes sont folles et qu’elles se compromettent sans vergogne dans la licence et la débauche. Il veut les surprendre dans leurs ébats, et c’est là que Dionysos tient sa vengeance. Il persuade Penthée de se déguiser en femme, d’aller se cacher dans les fourrés pour épier les enlacements licencieux, il se propose même de le conduire à la montagne. Penthée sera déchiqueté, lacéré, mis en pièces, tête arrachée par sa propre mère, Agavé, qui, prise de folie, le prend pour un lion et le décapite dans sa fureur animale ! La vengeance du dieu est proprement épouvantable, et je me demande, en toute naïveté, si le théâtre des Modernes eût pu engendrer pareille abomination ! Décidément, il faut réviser nos conceptions sur la Grèce antique, et faire sa place à l’élément « oriental » qui triomphe dans la tragédie. Là-dessus Hölderlin a été plus perspicace que Nietzsche.

Dionysos, « le plus doux et le plus terrible » des dieux. Homme et femme, dieu et bête, dieu-homme, dieu deux fois né, dieu mortel et immortel – selon certaines légendes il est déchiré par les Titans mais renaît indéfiniment - dieu de la nature, pacifique et déchaînée, dieu des femmes, présenté tantôt comme un adolescent imberbe, parfumé et délicat, voire un enfant, et tantôt comme un mâle barbu présidant aux jeux du théâtre, dieu de la joie, du rire et du vin, dieu de la cruauté et de la destruction, vie et mort tout ensemble, fond abyssal et obscur de toute vie, de toute génération et de toute destruction, n’est-il pas pour finir le symbole plus puissant, polymorphe, ambivalent et ambigu de la réalité la plus extrême, excédant toute appréhension, toute définition, tout Logos – fond a-logos, fond sans fond du Réel ?

Publié dans Politique et Société

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