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4 articles avec regard

« Indlass » ou les morisques maudits du pays des chleuhs

Publié le par Abdelkarim Chankou

 

Des Morisques à Taroudant et dans la vallée du Draa ! Un fait historique ignoré ou négligé qui peut heurter bien des sensibilités et des vérités établies du sacro-saint triangle Tanger-Rabat-Fès. Et pourtant c’est l'érudit marocain el alem el hadj Mohammed Hammad Ben El Haj l'Ayachi Skiredj qui l’écrit au début du siècle précédent. De même ces mozarabes qui se sont refugiés en Afrique du Nord (et aussi en Europe) n’ont  pas été toujours les bienvenus au Maroc où malgré leur contribution à l’essor artistique, culturel et commercial du pays d’accueil ont été persécutés et parfois martyrisés. Zoom sur un pan d’histoire du Maroc que ni l’histoire officielle trop sclérosée pour être réanimée ni les médias plus portés sur les thèmes commercialisables ne semblent vouloir voir.

Les amazighs en général et les chleuhs en particulier sont « un peuple libre, ouvert, vaillant, pacifique ». Ce refrain revient souvent dans les débats, les écrits, les discussions etc. comme s’il s’agissait d’une vérité absolue tombée du ciel. Or que sait-on vraiment d’attesté sur les mœurs des peuplades amazighs d’Afrique du Nord en général et particulièrement du Maroc ? Au risque de choquer plus d’un amazighophile - moi-même suis originaire du pays des chleuhs -  la réponse est rien ou presque ; excepté, bien entendu, des récits de voyageurs orientalistes que la fascination de voir des peuplades en terre d’islam parler une langue autre que l’arabe aurait été telle qu’ils ont dû transposer- volontairement ou non - leur mode de vie occidental sur ces peuples.  Autrement dit ces explorateurs ou éclaireurs  n’avaient vu que ce qu’ils avaient aimé voir ; à savoir des peuples épris de liberté, aux mœurs  gardant encore des traces et des survivances du paganisme, vivant dans des zones géographiques hostiles et enclavées, loin du conquérant arabe, borné, violent et liberticide, qui lui s’est adjugé par la force les plaines fertiles du Centre et du Gharb.

Je termine cette petite introduction ici car mon propos n’est point de lever des lièvres ou de tordre le coup aux manuels d’histoire officielle ou officieuse. Mon modeste objectif qui part d’un petit constat qui a grandi avec le temps est de répondre à une question précise,  à un point précis du paysage de la société amazigh du sud du Maroc. Cette question se résume comme suit : Certains aspects dits « pro-occidental » de la société berbère sud-marocaine sont-ils le fait d’une influence européenne survenue plusieurs siècles après la conquête arabe, par exemple dans le courant et le sillage des arrivées massives des morisques chassés d’Espagne ? Question séduisante en effet. Et les éléments de réponses  sont davantage engageants pour peu que le lecteur veuille accorder à ce qui va suivre le bénéfice du doute.

En revanche, cela ne signifie point que les peuples amazighs étaient de méchants sauvages, des va-t-en guerre, des belliqueux,  réfractaires à tout modernisme. Même si l’œil de l’observateur averti perçoit assez facilement chez nombre de berbères, d’hier comme d’aujourd’hui, une certaine promptitude à l’isolement voire des comportements d’ostracisme  qui peuvent atteindre l’autodestruction. En tout cas trop d’idées reçues et de clichés stéréotypés sont collés au berbère souvent à l’insu de son plein gré. Des remarques du genre « le peuple berbères est brave et pacifiste » sont légion. Mais que répondre à un homme du terrain comme le capitaine Hanoteau qui dans ses mémoires sur la langue des Berbères cités par Joseph Toussaint-Reinaud (1) écrivait notamment au sujet du peuple kabyle « (…) le pays où cette langue est parlée est habitée par un peuple belliqueux(…) ». Cependant quelques influences africaines, non estompées totalement par le temps, comme l’animisme, modéreraient cette tendance belliciste. En effet, le legs d’un lointain animisme expliquerait pourquoi chez les berbères la vie sous toutes ses formes a droit au respect. Le berbère ne tue pas pour tuer. C’est un fait. Il a guerroyé pour défendre son indépendance et ses valeurs. Seulement ces guerres, il les a faites souvent par procuration, pour défendre des valeurs et l’indépendance des autres, c’est-à-dire celles des conquérants arabes. Un bellicisme et une vaillance reconnus bien avant le capitaine Hanoteau et les conquérants arabes. En effet, l’historien romain Salluste a évoqué dans  La Guerre de Jugurtha « l’habileté et la vaillance de la cavalerie numide » (2).

Les Almoravides et les Almohades ont été connus pour leur bellicisme et intolérance envers les religions juives et chrétiennes bien que cette attitude n’a pas empêché les sciences et la littérature  d’atteindre des sommets sous leurs règnes tant au Maroc qu’en pays andalou. Dans la page 87 du livre de Denis Menjot, Professeur des universités (classe exceptionnelle) à l’Université de Lyon II, sur Murcie castillane, on trouve un passage qui donne une idée sur le caractère rugueux et intolérant des Almoravides et Almohades, caractère qui paradoxalement n’a pas empêché la littérature et les sciences d’atteindre de rayonner sous leurs règnes en Andalousie. « Mais avec les Almohades, plus intolérants, les derniers chrétiens arabisés disparurent d’Al Andalus. Un des chefs almohades, Abu Yusuf Yacub Al Mansur, le vainqueur d’Alarcos, se targuait  que « depuis la fondation de l’empire il n’y avait de tolérance ni pour le juif ni pour le chrétien et qu’il ne restait dans le pays des musulmans en Occident ni synagogue ni église » (3). 

 

LA MUSIQUE COMME ADOUCISSANT DES MŒURS

 

Cependant cette qualité humaniste héritée d’un lointain animisme et bien d’autres survivances ne suffit pas pour expliquer à elle seule certains aspects pro-occidentaux de la société amazigh, constatés à la fin du XVIIe et le début du XXe siècle et visibles entre autres dans le vestimentaire, la musique, l’artisanat etc.

La suite de notre propos se limitera au seul aspect musical ; car c’est là que la visibilité est la plus grande.

Avant de poursuivre, rappelons la question posée plus haut. Certains aspects dits « pro-occidental » de la société berbère sud-marocaine sont-ils le fait d’une influence européenne survenue plusieurs siècles après la conquête arabe, par exemple dans le courant et le sillage des arrivées massives des morisques chassées d’Espagne ? Question qui implique que les morisques contrairement à une idée très répandue n’ont pas élit domicile uniquement dans les régions du de Tanger, Oujda, Tétouan, Chefchaouen, Rabat-Salé, Safi, Ceuta, Meknès et Fès. En réalité, des grandes communautés de morisques se sont établies aussi dans les régions de Marrakech  du Draa et du Souss ! Selon l’érudit Mohammed Hammad Ben El Haj l’Ayachi Skiredj « les Andalous se sont installés partout au Maroc, non seulement dans l’extrême Nord du pays et dans les grandes villes mais, également dans le Sous, à Taroudant où une partie importante s’est fixée. On note le nom des rues « In dlasse » et le derb des Andalous, et derb oulad Bou Nouna et le nom de grandes familles comme Bennouna, Barkach à Aït Baha, les ‘Achab de Dar’a qui vont par la suite se fixer à Tanger. » (4) Dès lors l’arrivée de ces exilés morisques n’a pas été sans avoir eu une certaine influence sur la vie des hôtes amazighs. De mœurs relativement libres du fait de leur long côtoiement de la civilisation judéo-chrétienne d’Andalousie d’où ils ont été chassés par Isabelle Ière de Castille et Ferdinand II d'Aragon à la fin du XVe siècle, les morisques ont dû apporter dans leurs bagages un mode de vie et des coutumes « libérales » qui ont pu pénétrer  plus ou moins une partie de la population autochtones même si une partie de cette dernière a dû rester à l’écart du contact soit par ostracisme soit par désapprobation. En tout cas des éléments attestés indiquent que ces refugiés n’étaient pas très appréciés par les indigènes. Ils seront persécutés et certains martyrisés (4). « Certains seront persécutés  ou martyrisés » au Maroc (5). Mieux : le mot « Indlass », dérivé de al andalus (Andalousie) et que porte une rue du village des morisques à Taroudant (4) signifie en berbère tachlheit « de mœurs légères ou dépravé ». Comment en effet peut-on qualifier  autrement ces morisques dont les femmes s’habillaient légèrement, côtoyaient les hommes et qui en plus pratiquaient la musique ?  Ayant un faible inné pour les poèmes déclamés surtout les chants complaintifs et  tout ce qui touche aux sons instrumentaux  (tambourin ou rebab), les amazighs malgré leur désapprobation  pour les mœurs des morisques n’ont pu éviter d'apprécier le savoir-faire de ces étrangers pour les « cantos de complainte » et les instruments musicaux à corde. D’ailleurs comme le montrent les illustrations ci-dessous la similitude entre le rebab monocorde des raiss-troubadours amazighs et le rebab anadalou  morisque ou mudéjar est frappante. Frappante comme l'est encore plus l’origine du terme « amarg » qui signifie dans la chanson berbère « chant complaintif  d’amour » où se mêlent tristesse et mal-vivre. Or « amarg » littéralement « salé ou amer » en tamazight signifie la même chose en espagnol. En effet amer se dit « amargo » en langue de Cervantès. Dès lors l’hypothèse d’une influence morisque sur les populations berbères notamment via la musique est patente.

« Les morisques, lors de leur installation au Maroc, ont été un facteur d’enrichissement et un vecteur de modernisation dans leur terre d’exil par l’introduction d’autres styles de vie et de nouveaux savoir-faire. Leur héritage culturel est palpable dans de nombreux domaines : le costume, les traditions sociales, les bijoux, la broderie, la musique, dans le domaine architectural et de la conception des villes. » (6)

Ne dit-on pas que la musique adoucit les mœurs ? (7)

 

 

NOTES ET BIBLIOGRAPHIE

(1)Joseph-Toussaint Reinaud, Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1857, Volume   1, pp. 142-148.

(2)Salluste, La guerre de Jugurtha, 1er sicle avant J.-C..

(3)Murcie castillane (1243-milieu du XVe). Une ville au temps de la frontière, Madrid, Casa de Velázquez, 2 t., 2002, 1600p, traduction espagnole, 2008

(4)L'érudit el 'alem el hadj Mohammed Hammad Ben El Haj l'Ayachi Skiredj est né à Fès en 1875, il est décédé à Tanger en 1965.

Douar Indlass faite partie dans la commune rurale d’Argana, province de Taroudant.

(5)Joseph Pérez, Les « Moriscos » (1502-1614), Bulletin Hispanique, 1978, Volume   80, p. 380, Casa Velasquez.

(6) Safaa Monqid, Les morisques et l’édification de la ville de Rabat, Les Cahiers de la Méditerranée, p. 351-358.

(7) C'est en effet dans le Souss, le pays de Haha et certaines régions du Draa que la musique complaintive de l'amarg (raïss/a-troubadour) connut un essor formidable, surtout à partir du règne des Saadiens.

 

ILLUSTRATIONS 

 Rebab

 

Skiredj-003.jpg

 

Haj Belaid

 

Première photo : Les enluminures des Cantigas de Santa Maria (Castille, XIIIe siècle) attestent, entre autres, l'existence du rabâb au Moyen-Âge). L'enluminure du chant 170 montre un musulman et un chrétien jouant ensemble.

Seconde photo : El hadj Mohammed Hammad Ben El Haj l'Ayachi Skiredj.

Troisième photo : L’icône de la chanson amazigh, le chanteur poète et troubadour, Lhadj Belaïd (vers 1873 - vers 1945) qui s’est illustré par son fameux disque relatant son périple à la Mecque, une sorte de remake du Cantos del peregrino.

 


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Azoulay : qui veut faire de la politique, qu'il la fasse sans instrumentalisation de la religion

Publié le par Menara.ma (MAP) & DW

Azoulay à Berlin avec les lauréats du Prix Anna Lindh du journalisme 2012

Dans un entretien au site internet Deutsche Welle, diffusé mardi, M. Andeé Azoulay, Conseiller de SM Mohammed VI et Président de la Fondation Anna Lindh,  a appelé à la non-exploitation politique de la référence religieuse, aussi bien par les juifs que par les musulmans.

Voici la version originale, intégrale et en arabe de l'interview de M. André Aoulay, tel que publiée sur le site de Deutshe Welle (DW). 

 

سياسة واقتصاد 

 

أزولاي: من يريد السياسة فليمارسها ولكن بعيدا عن اليهودية والإسلام 

دعا اندريه أزولاي مستشار ملك المغرب، إلى عدم توظيف المرجعية الدينية في السياسة، سواء من قبل اليهود أو المسلمين. في حوار مع DW يسلط أزولاي، الضوء على دور اليهود المغاربة في ظل الدستور الجديد وتأثيرات الربيع العربي.

عاد النقاش في المغرب مجددا حول دور اليهود وموقعهم في الحياة الثقافية والإجتماعية والسياسية، على خلفية ما تم تداوله بخصوص فكرة إنشاء قناة تلفزيونية ناطقة باللغة العبرية. وقد سارعت الحكومة المغربية التي يقودها حزب العدالة والتنمية الإسلامي إلى "نفي مطلق" لوجود أي مشروع لإقامة هذه القناة. بيد أن المهتمين بشؤون يهود المغرب، يعتبرون أن دورهم وحضورهم في المجتمع المغربي، أعمق من أن يختزل في مشروع كهذا.

اندريه أزولاي، مستشار العاهل المغربي الملك محمد السادس، ورئيس مؤسسة آنا ليند للحوار الأوروبي المتوسطي بين الثقافات، يعد أحد أهم المراجع في الشأن اليهودي بالمغرب، يطرح في حوار مع DW

رؤيته لأوجه مساهمة اليهود في الحياة السياسية والثقافية في هذه المرحلة الحساسة من تاريخ المغرب، الذي يوجد في تقاطع بين أوروبا والعالم العربي. كما تطرق إلى الدعم "الثمين" الذي تقدمه ألمانيا للنهوض بالإرث الحضاري ليهود المغرب.

وفيما يلي نص الحوار:

كيف تقيمون حضور و مساهمة الثقافة اليهودية اليوم في الإنتاج الفني والثقافي بالمغرب؟

في هذا المجال نريد دائما أن تكون مساهمة أكبر ونسعى لإنجاز الأفضل وأن نكون قدرالإمكان أكثر إبداعا، فخلال أسابيع ستحتضن مدينة الصويرة دورة جديدة لمهرجان موسيقى الأندلسيات الأطلسية، وهو مهرجان فريد من نوعه في العالم، يعتلي فيه خشبة المسرح فنانون وموسيقيون وشعراء، مسلمون ويهود معا، في لقاء سنوي، يغنُون خلاله ما ألَفوه وتدربوا عليه سوية، ونسمي هذا الإنتاج هنا بـ"المطروز"، حيث تمتزج فيه الكلمات والأبيات الشعرية، باللغتين العربية والعبرية.

واعتقد ان حقيقة التعايش بين المسلمين واليهود في المنطقة المغاربية، تعبرعن نفسها اليوم بكل أصالة ووجدان، وهي حقيقة نعيشها في المغرب والجزائر وتونس وربما أيضا في ليبيا ومصر.

أندريه أزولاي رئيس مؤسسة آنا ليند يلقي خطابا بمناسبة الأسبوع الثقافي العربي في البرلمان الأوروبي

ولاشك أن المغرب عرف كيف يحافظ على هذه الشعلة المضيئة، ومنها تأتي سنويا هذه الإشارة المنبعثة من أعماق الذاكرة الجماعية للمسلمين واليهود بالمغرب. ففي إطار هذا الفضاء الموسيقي يواصل الإبداع الفني الإسلامي اليهودي اليوم إشعاعه الذي يستقبله ويعجب به ملايين المستمعين والمشاهدين في بلداننا، وأيضا في البلدان التي توجد بها جاليات يهودية مغربية مهاجرة، مثل فرنسا وكندا واسرائيل، حيث توجد اليوم مدارس يساهم فيها موسيقيون وفنانون وشعراء يعملون من أجل امتداد هذه التقاليد العريقة والرائعة.

وما هي المظاهر الأخرى لتعبيرات الثقافة اليهودية اليوم بالمغرب؟

هنالك فنانون، رسامون، كتاب وفلاسفة قدموا مساهمات متميزة، وقد رحل عنا منذ سنتين ادمون عمران المالح، الذي دفن في الصويرة، وقد كان حضوره الرمزي مميزا في الحياة الأدبية ومجال الفلسفة، إضافة لدوره السياسي كأحد قادة الحزب الشيوعي المغربي، وكان مناضلا وطنيا ملتزما وتعرض للاعتقال والسجن، إلى جانب آخرين.

ويمكننا اذن الحديث عن أعمال أدبية تركت بصماتها في الفضاء المعاصر الذي امتزج فيه ابداع المسلمين واليهود، وأعني أعمال الراحلين ادمون عمران المالح، وحاييم الزعفراني كبير مؤرخي اليهودية المغاربية، وهو أيضا ينحدر من مدينة الصويرة. وكذلك مساهمة عامي بوغانم الكاتب المشهور وله أعمال روائية متميزة حول الحياة الاجتماعية لليهود بالمغرب وما يرتبط بها من تقاليد وأساطير.

وتكتسي تعبيرات الثقافة اليهودية اليوم أشكالا متعددة، بل اننا نلاحظها بشكل أكثر من أي وقت مضى، في الادب والموسيقى والمطبخ والسينما والمسرح الساخر، محليا وعالميا. وأشير في هذا الصدد للفنان جاد المالح. واعتقد ان هذه الحيوية والإبداع تشهد على إن اليهودية المغربية حقيقة بارزة في الواقع.

ففي مجال السينما، خلال السنتين الأخيرتين انتج ما لا يقل عن 10 أفلام تتناول اللحظات القوية في تاريخ اليهودية المغربية وواقعها الحالي سواء السياسي او الاجتماعي او الثقافي. وقد انتجت هذه الافلام كاملة من قبل منتجين وفنانين مغاربة مسلمين، وهذا يدل مرة أخرى على أهمية هذه الأعمال الفنية بالنسبة للمغرب.

وما مدى مساهمة اليهود المغاربة بأوروبا في الحياة الثقافية ببلدهم المغرب؟

مساهمة اليهود المغاربة في الحياة الثقافية والاجتماعية يمكن رصدها في كل مكان يعيش فيه المغاربة. يمكنني أن اذكر هنا، ما شاهدته خلال رحلتي الأخيرة إلى تورنتو(كندا)،التي عدت منها للتو، وقد استمعت إلى موسيقيين وشعراء والتقيت بكتاب كنديين وهم متشبعون بالهوية المغربية ويرتبطون كثيرا بالمغرب حيث تلاحظ حضوره بارزا في مظاهر حياتهم اليومية: اللغة والمطبخ والموسيقى والشعائر الدينية.

ما هي خصوصية دور اليهود المغاربة على هذا الصعيد؟

من المهم الإشارة إلى أن رصد مظاهر حياة اليهود ومساهمتهم الثقافية ينبغي أن يتم من خلال حضورهم الواسع في العالم، وليس فقط بالمغرب حيث بقي بضعة آلاف( ما بين 3 إلى 4 آلاف) اليوم فقط يعيشون في بلدهم الأصلي. و يكمن السحر الخاص باليهودية المغربية اليوم في وجود أكثر من مليون يهودي في العالم متشبثين ببلدهم الأم المغرب، ويعرِفون أنفسهم بكونهم يحملون تاريخا وهوية مغربية. وعبر حضورهم كشتات (دياسبورا) في مختلف مناطق العالم: أميركا الشمالية والجنوبية، الشرق الأوسط، وأوروبا، يشكلون واحدة من الجاليات النادرة في العالم التي لم تقطع حبل الوريد (الارتباط) مع ذاكرتها.

أندريه أزولاي خلال حفل تقديم جائزة آنا ليند للأعمال الصحفية المتميزة في برلين أكتوبر 2012

وهل تلقى المؤسسات اليهودية المغربية دعما على الصعيد الأوروبي، مثلا من ألمانيا؟

ألمانيا لها دور نشيط جدا وحضورها قوي من خلال الدعم الذي تقدمه لاعادة ترميم التراث الديني لليهود المغاربة، مثلا ترميم كنيس فاس، ويطلق عليه "صلاة الفاسيين"، وهو مشروع قدمه الراحل سيمون ليفي الأمين العام السابق لمؤسسة التراث الثقافي اليهودي المغربي. وقد لقي المشروع الدعم من الحكومة الألمانية، وأود في هذا الصدد تثمين مساهمتها الناجحة جدا. وقرييا سيتم تدشين الكنيس وربما بحضور مسؤولين ألمان.

كما نسعى حاليا لإثارة اهتمام المسؤولين الألمان لإقامة شراكة لترميم واحدة من أكبر المعابد في مدينة الصويرة، وإنشاء مركز ثقافي يهودي، سيطلق عليه اسم المؤرخ الراحل حاييم الزعفراني.

إضافة إلى متحف لتاريخ يهود المغرب في الصويرة، هذه المدينة التي كان حتى بداية القرن العشرين، أغلبية سكانها من اليهود.

هنالك من يرى أن اليهود المغاربة بحاجة إلى تنظيم وتمثيلية فعَالة أكثر من حاجتهم إلى مقتضيات في الدستور، ما رأيك؟

عندما يتحدث يهودي مغربي الآن عن حضوره ثقافيا أو اجتماعيا أو سياسيا، فهو ينطلق من هوية وتاريخ رائع ومتجذر، وليس وليد الأمس القريب، ولسنا بصدد مسرحية يظهر فيها المرء طورا كسياسي وطورا آخر كإعلامي أو غيره.

وأنا كمغربي يهودي، انطلق من أن وجودي في المغرب يعود إلى ما قبل الحقبة العربية الإسلامية، وقريبا جدا سنحتفل بمرور ثلاثة آلاف سنة على وجود اليهود بالمغرب، وأشعر انني محظوظ كوني أقدم نفسي للمتحاورين معي كشخص غني بيهوديته وأمازيغيته وعروبته وبمسار يمتد لقرون من الزمن حيث تمتزج الثقافتان الإسلامية واليهودية، الأمر الذي يمنحني مقومات متميزة كي أتطور وفق منطق وحقيقة انسانية واجتماعية وروحية، يتداخل فيها هذا التاريخ. وبالتالي فالهوية اليهودية المغربية هي ثمرة لكل هذه الحقب والمراحل واللحظات الكبيرة من تاريخ المغرب.

والملاحظ حاليا أن كل ما يحيط بالمغرب ولاسيما أوروبا الغربية، يجتاز مرحلة تتسم بالانقسام والصراعات والنكوص والخوف بين الديانات والحضارات والثقافات. وهو ما يحتم علينا كمغرب له مميزات حضارية خاصة، أن نضطلع بمسؤوليتنا ونسعي للتكامل والتفاهم، بدل الانقسام والتنازع. وفي هذا السياق يتعين أن نفهم آفاق دوراليهودية المغربية.

أثارت مشاركة الناشطة اليهودية ماغي كاكون في الانتخابات التشريعية الأخيرة جدلا كبيرا وتساؤلات عن سبب ضعف مشاركة اليهود المغاربة في السياسة، فما السبب في ذلك؟

أولا كاكون لم تكن اليهودية الوحيدة التي شاركت في استحقاقات سياسية بالمغرب بل كان قبلها كثيرون، واليوم أي مواطن كيفما كانت معتقداته الدينية بما في ذلك المغربي اليهودي، ويريد المشاركة في المشهد السياسي والترشح في الانتخابات فهو حر في ذلك وله كامل الحق، ولكن أكرر ما قلته سابقا، يجب النظر إلينا باعتبارنا مواطنين، فهل سيُسأل كل مرشح خلال الانتخابات عن ديانته وطبيعة معتقداته ليكون محل اهتمام الناس؟

المغاربة عندما يذهبون سواء للتصويت أو الترشح فهم يفعلون ذلك دون أن يستخدموا دياناتهم أو تاريخهم كشعارات حزبية. واليهودية في المغرب تحمل تاريخا كبيرا وهي أكبر من أن يتم استغلالها لأغراض سياسية، ومن يريد المشاركة في السياسة فليفعل وله الحق في ذلك و لكن ليس بالاستناد على مرجعيته اليهودية أو الإسلامية.

التعايش بين اليهود و المسلمين في المغرب سمة بارزة لعلاقة الديانتين

وهل تعتقد أن الربيع العربي سيكون له تأثير على مشاركة اليهود في الحياة السياسة بالمغرب؟

أي ربيع عربي؟ نحن في مرحلة يطرق فيها التاريخ أبوابه لنا. ما يحدث عميق جدا ويحمل من جهة آمالا وأيضا طموحات ونحن في مرحلة انتقال. و إنني أجد نفسي مقتنعا عندما أرى كل هذه الأجيال الشابة تخرج لتنادي بالديمقراطية والحرية والكرامة والحق في التعريف بأنفسهم، وفق ما تحدده تقاليدهم وخصوصياتهم وتاريخهم الخاص. أجد نفسي مقتنعا بأن كل هذا سيساهم في تعزيز الجهود المبذولة للنهوض بمبدأ الإيمان بالآخر والمعرفة المتبادلة و أيضا الاحترام الواجب لكل خصوصية من خصوصياتنا أو جوانبنا الروحية، وأنا من هذا المنطلق أومن بأننا أمام فرصة استثنائية من أجل أن تتعززالعودة إلى الإنصات للآخر والتعايش معه، وتتعمق أكثر وتعود مجددا لمجال اهتماماتنا.

مضى الآن أكثر من عام منذ أن تم التنصيص على الثقافة اليهودية في الدستور المغربي، إذا ما استطعنا القيام بحصيلة، ماذا تغير منذ ذلك الوقت في واقع يهود المغرب؟

أولا، تاريخ اليهودية في المغرب لا يعود لسنة، اليهودية مكون شرعي أصيل ويعيش واقعه الاجتماعي، الثقافي والروحاني في المغرب. لم يبدأ كل هذا منذ عام، نحن في واقع يعود لقرون. في يوليو من سنة 2011 وبعد التنصيص على هذا المكون في الدستور المغربي تم اتخاذ خطوة جديدة في مجال يوجد أصلا منذ وقت طويل. لذا يجب توخي الدقة حيال كل ما هو مرجعي في هذا الإطار.

لكن ماذا اضافت هذه الخطوة لدور اليهود المغاربة وحقوقهم في بلدهم؟

هذا الدستور بالنسبة لي نموذجي لأني لم أر دساتير أخرى في العالم، تقول على أن المكونات المغربية والعربية والأمازيغية والمسلمة تغذت من كل هذه المؤثرات الأمازيغية، اليهودية، الحسانية (لهجة أهل الصحراء) والأندلسية والعربية والإسلامية. إن القدرة على التوفيق بين كل هذه المكونات هي التي ينبغي أخذها بعين الاعتبار. نحن اتخذنا خطوة اليوم وسنتخذ خطوات أخرى مستقبلا، ولكي يتم الحديث عن هذا بعقلانية وواقعية يجب أولا الأخذ بعين الاعتبار العمق والواقع التاريخي لهذه الحضارة.

باعتباركم رئيس مؤسسة آنا ليند للحوار بين الثقافات ما هي آخر أنشطتكم فيما يتعلق بحوار الأديان؟

آخر أنشطتنا كان في العاصمة الألمانية برلين حيث تم توزيع جوائز أعمال صحفية بحضور الفيلسوف الفرنسي الكبير إدغار موران، وهي فرصة سنوية لتشجيع ومكافأة الصحافيين الذين يراعون ويدمجون ويسعون لإبراز مبدأ الاختلاف، الديمقراطية،التعدد والتنوع الثقافي. وهكذا نحاول المساهمة في خلق لقاءات بين أولئك الذين يواجهون وضعيات فيها صراعات وانقسامات، وهو ما قد ينطبق على اليهودية كما على الإسلام الذي يواجه محاولات تنميط عبر حالات كثيرة في عدد من البلدان الأوروبية. ومؤسسة آنا ليند هي بالفعل وعاء وفضاء لمكافحة كل هذه الانحرافات والتراجعات.

 

Le compte rendu en français sur menara.ma

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Qui cherche à brouiller la France avec le Monde arabe ?

Publié le par Abdelkarim Chankou

http://www.lematin.ma/files/2012/09/Sar_Lalla_Meryem_Louvre.jpg

Certains ont crû que la lune de miel entre la France et le monde arabe s’arrêterait avec le retour des socialistes à l’Elysée. Erreur de calcul. D’autant que le rapprochement entre Paris et les capitales arabes, une tradition sous la Ve république, a même pris un bon coup de fouet en mai 2012, et à part quelques frictions, plutôt médiatiques, dont la polémique sur la délocalisation d’un service d’appels téléphoniques  francilien au Maroc, la danse du ventre bat son plein entre l’Hexagone et le Monde arabe. Et cette lune de miel aurait un goût de fiel pour certains adversaires politiques de la Gauche républicaine et leurs prolongements par continuité en dehors des murs français.

 

Mais comme du gros grabuge il y en a toujours à l’approche d’importantes échéances électorales, du rififi du même gabarit se manifeste souvent au faîte d’une entente «concordiale» entre deux parties, deux nations, deux mondes. L’apogée, ici, c’est l’inauguration en grande pompe du département d’arts islamiques au Louvre en présence du Président de la république François Holland et plusieurs princes et princesses arabes et islamiques, un projet qui a nécessité un gros budget (et des années de labeur et de nombreux chefs d’œuvre) auquel certains Chefs d’Etat arabes ont généreusement participé dont le Roi du Maroc.  Une occasion inespérée, doublée des Fêtes juives du Nouvel an et du Kippour. Il fallait donc s’attendre au petit grain de sable qui viendrait gripper la machine du rapprochement. Le grippage est là et il est sorti de ce «talon d’Achille» des démocraties occidentales qu’est la sacro-sainte liberté de blasphémer tout ce qui touche ou sent le sacré y compris  les morts et aussi les maures…

 

Et last bu not least, quels que fussent les crimes ou les délits que les détracteurs de l’Islam pensent -ou veulent faire croire- que Mahomet a commis, il faut bien se rendre à l’évidence que ce dernier est mort depuis 14 siècles quand bien même les délais de prescription de l'action publique varient en France de 3 à 10 ans.

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La mort clinique de la politique

Publié le par Abdelkarim Chankou

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Les vagues de contestations populaires  que vit le monde arabe depuis environ deux ans et qui sont dites niaisement « révolutions » par les médias et politologues cathodiques autres analystes de service pour donner plus de piquant aux images véhiculées - non sans grossissement- par les réseaux sociaux ne sont en réalité qu’une scénarisation proactive du déclenchement de la phase 2 de la mondialisation qui touche désormais les quatre coins du globe. Cette deuxième phase s’est accompagnée de la mort clinique de la politique. La politique ce n’est plus l’art du possible (Gambetta), c’est maintenant le flou artistique pour prouver que tout est encore possible alors que la situation est définitivement désespérée. Mieux : si selon Mirabeau « toute la politique part d’un grain de blé », aujourd’hui « toute la politique part du blé tout court ». C’est l’ère de l’argent roi. L’homme vaut par ce qu’il porte et ce qu’il a dans son porte-monnaie. On s’en fout de ce que recèle sa calebasse. Il possède une Rolex il vaut au moins une Rolex, il a un Solex il vaut au moins un Solex. Il n’a rien il ne vaut rien. C’est aussi simple que ça.  Les politiques inventés pour parer à ce genre d’impasse ou du moins en retarder l’avènement  sont devenus des bêtes empaillées après avoir été plus ou moins des animaux politiques (Aristote). Ils sont devenus le décor d’une scène de théâtre où le vulgum pecus chante en chœur à la gloire de la liberté qui lui est donnée de s’extirper les cordes vocales, et pour enfoncer le clou c’est cette foule même à qui revient l’honneur de planter chaque fois le décor ! L’opération s’appelle « vote » ou « votation ».  Bien évidemment, puisque le décor ne varie que par ses postures différentes cela a induit inéluctablement  la mort- également- de la pensée libre. Faute de planter le décor, les intellectuels quasiment momifiés (pire qu’empaillés) sont priés cette fois de servir de bois de soutènement  au décor scénique. Cynique non ? Pas assez. Car cette mort programmée des politiques et des intellectuels au grand bénéfice de la pensée unique et du règne de l’argent a laissé la porte grande ouverte à la religion-idéologie. Un vide où les politiques fainéants, ceux qui étaient en sommeil ectoplasmique avant d’être ranimés comme par enchantement  par les mains qui tiennent les rennes de la mondialisation, se sont vite engouffrés, comme en Tunisie, Egypte, Libye, et bientôt le Yémen et la Syrie… Mais aussi dans d’autres pays qui ne sont ni arabes ni musulmans comme la Grèce  où l’église orthodoxe reprend, chaque jour que Dieu fait, du poil de la bête sans perdre de vue la Russie où la même église orthodoxe prie -actuellement- contre le président Poutine ! D’ailleurs ce retour « quasi providentiel » du fait religieux au grand dam de la chose politique n’est pas sans plaire aux grands manitous de la globalisation galopante. Devinez-vous en la raison ? Sinon la voici : L’église et la mosquée ont toujours été officieusement les meilleurs partenaires syndicaux des patronats. Avec le patronat universel  venu avec cette mondialisation heureuse (Alain  Minc) elles sauront être ses meilleurs alliés. Les politiques pas encore morts n’ont qu’à bien se tenir !

Publié dans Regard

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