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5 articles avec tribune libre

Haro ! sur les Américains ou détenteurs d’une Green Card, résidant à l’étranger

Publié le par Abdelkarim Chankou

Depuis le 1er juillet 2013, tout étranger portant un passeport américain ou une Green Card vivat dans un pays étranger qui entretient des relations avec les Etats-Unis ne pourra plus continuer à échapper au Fisc américain. La raison en est qu’à cette date du 1er juillet tous les établissements financiers du monde ont commencé à se conformer concernés avec les dispositions du Fatca. Lequel n’épargne pas les épouses et les enfants ainsi que toute personne possédant des biens aux Etats-Unis. L’un des chevaux de bataille de Barack Obama, mis en œuvre en mars 2010, le Foreign Account Tax Compliance Act (Fatca), force tous les établissements financiers du monde à déclarer les revenus et à remonter automatiquement toutes les informations relatives aux contribuables américains résidant à l’étranger pour le compte du Trésor américain. Trésor qui a déclaré une guerre sans merci à « l’évasion fiscale internationale et à l’argent sale lié à la drogue et au financement du terrorisme. » Plusieurs pays européen se sont déjà mis à niveau avec cette loi dont la France qui a signé l’accord le 14 novembre 2013. Il faut dire que la justice américaine ne sera pas tendre avec les récalcitrants. En effet, tout établissement qui refuse de se conformer avec cette loi, en vigueur depuis le 1er juillet 2013, fera l’objet de lourdes sanctions de la part de la justice américaine ( qui a montré toute sa férocité avec l’affaire BNP-Paribas ), pouvant aller jusqu’à la fermeture des comptes bancaires particuliers concernés et le délestage des investissements de ces établissements aux Etats-Unis jusqu’à hauteur de 30% ! Pire : sont également concernés par cette « chasse au trésor », les citoyens américains ou étrangers, détenteurs de la Green Card ainsi que leurs épouses et enfants, qui ont obtenu un prêt bancaire et au lieu de le rembourser par traites, comme cela fait normalement, ont préféré prendre le premier avion pour filer à l’étranger, le temps que l’on les oublie. Pire encore : Cette arnaque au prêt bancaire commence à prendre des proportions inquiétantes, du fait que les sommes en jeu sont de plus en plus importantes. Selon une source, des Marocains ont emprunté l’équivalent d’une centaine de millions de centimes chacun et se sont perdus dans la nature. La plupart d’entre eux atterrit au Canada, Brésil, en Argentine, Mexique ou Maroc… Près de 170.000 ressortissants vivent aux Etats-Unis. Comme le Fatca sera bientôt signé par tous les pays, entretenant des relations avec les Etats-Unis, les «Robins des Bois» du financement bancaire, ne pourront plus dormir tranquillement.

Publié dans Tribune libre

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Maroc : la régionalisation avancée, déjà de l’histoire ancienne ?

Publié le par Abdelkarim Chankou

MoiChankou

C’est connu sauf pour ceux qui l’ignorent ou ce qui ne veulent pas le savoir : Le Marocain n’est « optimalement » productif dans son pays natal que s’il est dans son élément. C’est-à-dire s’il évolue dans un espace et un temps qui sont le siens ou du moins qu’il ressent comme tel. Les anciens qui n’avaient connu ni la télévision spatiale ni le téléphone portable encore moins l’électricité du réseau public ou l’eau courante savaient se débrouiller avec les moyens du bord mieux que leurs descendants actuels. Dans les oasis du sud-est, le plus chevronné des ingénieurs du génie civil ou militaire peinera à cacher son admiration devant le grand savoir-faire de ces anciens dans des domaines aussi variés que l’adduction d’eau d’irrigation- ou de boisson- via le système des khettaras, le terrassement à flanc de montagne pour gagner quelques mètres carrées de terres cultivables, le forage des puits, l’aménagement des chemins muletiers, le partage équitable de l’eau d’irrigation entre les familles, la prévention des fléaux comme les insectes ravageurs des récoltes, les sécheresses, les tempêtes de sable ou les pluies torrentielles etc. Feu Hassan II, en visite à Ouarzazate en 1981, avait été émerveillé par le sens de débrouillardise des habitants de cette région semi-aride. « Vous vous n’avez pas besoin de gouvernement, pour les doléances envoyez-les moi directement au Palais » avait-il notamment dit dans une allocution improvisée à l’adresse des habitants de Ouarzazate. Le regretté souverain savait ce qu’il disait. Le Maroc frappé durement par la sécheresse et les suites du terrible choc pétrolier de 1979 était entré dans une longue période d’ajustement structurel (PAS) imposé par la Banque mondiale. Si tous les Marocains étaient des débrouillards comme les gens du Sud le pays ne serait pas entré ni dans le PAS ni dans l’impasse. En toute franchise, ce qui a toujours sauvé le royaume pendant les momenta difficiles c’est la capacité du Marocain à s’en sortir tout seul en usant des seuls moyens du bord. Si John Kennedy était à Ouarzazate, le 20 janvier 1961, il n’aurait pas besoin de prononcer sa célèbre phrase : « Ne demandez pas à votre pays ce qu'il peut faire pour vous, mais plutôt ce que vous pouvez faire pour votre pays » (1). Malheureusement cet important héritage est en passe de disparaitre. Les nouvelles générations sont si dépendantes de l’Etat providence que lorsque vous offrez à un jeune un œuf il préfère le boire, non pas pour bénéficier pleinement de ses qualités nutritives mais surtout parce qu’il est incapable de le faire cuire ! Pour freiner cette mécanique de dépérissement dans laquelle se sont empêtrées les Marocains d’aujourd’hui et comme on n’arrête pas le progrès, le seul moyen durable, du moins à mon avis, est de penser un modèle d’organisation territoriale qui puisse redonner au Marocain le sens de la débrouillardise et de la non-dépendance vis-à-vis de l’Etat providence qui l’a perdu. Malheureusement une régionalisation poussée, même calquée sur le modèle des Länders allemands ou gouvernorats autonomes espagnols, n’est ni suffisante ni adaptée, et je ne fais point ici allusion aux éventuelles tentations séparatistes que ce système d’organisation du territoire pourrait induire comme c’est le cas de la Catalogne. Je veux dire par inadaptation de cette régionalisation avancée que l’Etat-Nation au Maroc n’a pas les mêmes fondements qu’en Europe. Un seul exemple : Si dans deux douars appartenant à une même sous-préfecture les modes vie peuvent être radicalement différents alors comment seraient-ils dans toute une région dont les dimensions peuvent être parfois être plus grande que ceux de la Belgique ? Il faudrait donc un système plus pointilleux que celui dont la commission de la régionalisation ad-hoc devait rendre copie à fin juin 2010. D’ailleurs ce travail, fait par les 21 membres de ladite commission (CCR), n’ a eu jusqu’ici aucune suite ; peut-être que le Souverain tenait-il à un modèle de régionalisation typiquement marocain comme il l’avait recommandé clairement à cette commission le 3 janvier 2010 ? A mon avis un modèle de « cantonisation » dont la commune voire même le village serait le centre est le mieux adapté. Pour cela il faudra que le ministère de tutelle révise l’actuelle charte communale qui régit les rapports entre l’autorité désignée (walis, gouverneurs, pachas, caïds) et l’autorité élue (présidents des communes) dans le sens d’une plus grande marge de manœuvre- voire même immunité- de ces derniers. Il faudra également doter ces magistrats locaux de pouvoirs de police  judiciaire et administrative dans le cadre d’une réelle réhabilitation des tribunaux communaux, ce qui ne manquera pas de rendre la justice plus « douce », plus acceptée, et les prisons locales moins bondées…

 

 

 

(*)Version originale : «Ask not what your country can do for you, ask what you can do for your country»

Publié dans Tribune libre

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La visite de Vladimir Poutine en Turquie énerve le Qatar

Publié le par Abdelkarim Chankou

Au Qatar où les autorités ont pris fait et cause pour les rebelles dès le début des hostilités, en mars 2011, ça tourne carrément au cauchemar. Sans s’être débarrassée totalement du spectre d’une guerre irano-américaine- ou irano-isréalienne- qui aboutirait à la fermeture du détroit d’Ormuz, la veine-aorte de l’économie de l’émirat gazier, par les pasdarans, Doha s’est jeté la tête baissée dans un autre bourbier qui de loin la dépasse : la guerre en Syrie, opposant l’armée régulière et les rebelles. Le soutien quasi inconditionnel du Qatar à ces derniers a été dicté par la certitude de l’émirat que le régime Assad ne tarderait pas à tomber comme en Libye et Tunisie. Erreur ! Non seulement le régime Assad, appuyé par la bourgeoisie alaouite et druze, résiste aux assauts de la rébellion mais ses soutiens extérieurs, la Russie essentiellement, tiennent bon. Et la visite, hier, du Président Vladimir Poutine en Turquie n’a fait que confirmer les mauvais calculs de Doha.

 

Bien qu’elle ne revête essentiellement qu’un caractère économique, cette visite de Poutine au pays d’Atatürk, où il a eu des entretiens avec le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan et exprimé publiquement son refus de la décision de l'OTAN de déployer des batteries Patriot le long de la frontière turco-syrienne, n’agace pas uniquement le Qatar, mais aussi les capitales étrangères qui sont fortement impliquées dans le dossier syrien, à la faveur des rebelles. Le cauchemar des petits pays ayant choisi le camp de la rébellion réside dans le fait que si le régime Assad s’en sort, il n’oubliera de leur rendre la monnaie un jour.

 

Syrie2.jpg

D’où ce mot d’ordre presque en sourdine: Un bon Assad est un Assad mort ! Mais le cauchemar du Qatar est plus terrifiant. En fait l’émirat, en plus de ses démêlés avec l’Iran et la Syrie, ne bénéficie pas d’une bonne image au Kremlin. Doha héberge de farouches ennemis de Moscou. Le 30 juin 2004, un tribunal du Qatar avait condamné à la perpétuité deux agents russes pour l'assassinat de Zelimkhan Abdoulmouslimovitch Iandarbiev qui fut le président ad interim de la Tchétchénie. Le procureur général avait requis la peine de mort contre Anatoli Bilachkov et Vassili Poktchov, pour l'attentat à la bombe perpétré le 13 février à Doha contre le dirigeant indépendantiste tchétchène qui vivait alors en exil au Qatar. Le juge qatari est allé jusqu’à accuser «la direction russe» d’avoir commandité le meurtre ! Moscou, qui plaidait l'innocence, avait fait appel. Ce rappel pour dire combien Doha appréhende mal la visite de Poutine en Turquie. Visite susceptible de brasser les cartes syriennes dans le sens d’une solution médiane qui satisfasse la Turquie. D’autant qu’Ankara est engagé également dans le bourbier syrien, en faveur de la rébellion. Mais pas pour les mêmes motivations que Doha.

 

La Turquie a de vieux différends avec Damas sur le partage des eaux de l’Euphrate et du Tigre, fleuves qui partent de ses montagnes en traversant l’Irak et la Syrie. Des différends aussi d’ordres frontalier et ethnique : entre l’Euphrate et la frontière turque vit une en territoire syrien importante communauté kurde qu’Ankara veut surveiller de très près. En clair, le multi-confessionnalisme pour ne pas dire multi communautarisme donne des sueurs froides aux pays riverains : l’Irak, la Turquie et le Liban. Autrement dit, la meilleure solution militaire ou politique à cette guerre en Syrie risque de se terminer par le partage du pays du Cham en quatre micro-états (voir illustration), à l’instar de ce qui se profile actuellement en Irak où la province du Kurdistan prend chaque jour ses distances avec Bagdad.

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Lettre ouverte au Chef du Gouvernement Benkirane et aux responsables des Partis Politiques

Publié le par Karim El Maghribi

benki bennis

 

Photo : Fathia Bennis & Abdelilah Benkirane (photo-montage)

 

Vu le modèle de développement humain initié par Sa Majesté le Roi Mohamed VI qui place la femme au cœur de la réduction des inégalités et disparités de toute nature,
Vu l’article 19 de la Constitution qui dispose ……… » l’Etat œuvre à la réalisation de la parité entre les hommes et les femmes »……………


Vu la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes telle que publiée sur le Bulletin Officiel en janvier 2001 et qui consacre l’égalité de la femme et de l’homme,


Vu les avancées de l’expérience marocaine, citée en exemple, en matière d’approche genre dans les politiques publiques au centre de laquelle figure la question de l’accès de la femme au pouvoir et à la prise de décision,


Vu la supériorité numérique de la proportion des femmes, actives ou non actives, diplômées (51,1%) par rapport à celle des hommes,


Vu la mobilisation quantitative et qualitative des femmes marocaines pour l’adoption de la Constitution et leur participation aux dernières élections législatives,


Considérant la chute de la participation de la femme marocaine dans la composition du nouveau Gouvernement,



Considérant le préjudice que cette élimination démotivante et démobilisatrice peut causer à la marche du développement que connaît notre pays,

Les signataires :
Expriment leur stupéfaction, leur amertume et leur totale désapprobation suite à l’annonce de la formation gouvernementale qui a déçu tous les espoirs portés par l’adoption de la nouvelle Constitution,


Dénoncent avec vigueur et détermination la quasi absence de la femme dans le gouvernement actuel,


Dénoncent avec la plus grande vigueur la sous représentation de la femme au sein des états-majors de tous les partis politiques nationaux,


Demandent au chef de gouvernement d’identifier dans l’immédiat, les moyens pour corriger cette injustice qui porte atteinte à l’image de notre pays, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur,
Recommandent vivement la prise en considération de l’élément féminin, à compétence égale avec l’homme, dans les prochaines nominations à tous les niveaux et toutes les échelles de l’administration publique, des établissements publics ou toute entreprise dépendant d’une manière ou d’une autre de l’Etat,



Requièrent du Chef du Gouvernement, conformément à l’esprit et aux dispositions de la Constitution et à ses promesses,  la prise des mesures nécessaires à l’instauration des mécanismes institutionnels à même d’assurer une meilleure représentativité de la citoyenne marocaine dans tous les organes élus,


Enfin, les signataires revendiquent de faire des femmes, qui participent de facto au développement socio-économique de notre pays, des acteurs de jure.

 

Personnes signataires :

Abouanass Samira
Alaoui Abdelmalek
Alaoui Hassan
Alif Nora
Amlal Tarik
Amor Slimi Aicha
Ayouch Amal
Ayouch Siham
Azbane Khalida
Bayahya Nabil
Belkacem Boutayeb
Belliard Rachida
Ben Mansour Assia
Benabdallah Abla
Benabdallah Nadia
Benabdallah Selwa
Benabdellah Rachida
Benamour Yasmina
Benharbet Fatim-Zahra
Benhayoun Sakina
Benjelloun Amine
Benkirane Hayat Najat
Bennis Bennani Yasmina
Berrada Mao
Binebine Mahi
Bouaida Mbarka
Boukdir Abdelaziz
Boulouiz Bahija
Bourqia Rahma
Boussayri Abdelhak
Bouyapha Mustapha
Chafaqui Khalid
Chehbi Youssef
Cherkaoui Ghizlane
Cherradi Samia
Chraibi Jawad
Dabchy Hassan
Didi Bennani Smires Wassila
Dinia Sherin
Disseau Majda
El Alj Reda
El Bitouri Aicha
El Jassifi Hanane
El Kellali Rachid
El Oufir Rabia
El Youssoufi Helene
Eloualidi Chraibi Zineb
Fadi Hanane
Fadlallah Mina
Farchado Fouzia
Farchado Wassima
Fassi Fihri Latifa
Freidji Nabila
Ghali Bouabid
Ghandi Leila
Guessous Ghita
Haiti Hakima
Hajji Karim
Hamri Idrissi FZ
Iben Mansour Ghita
Ibrahimi Said
Jaidi Farida
Janati Selwa
Jebbari Fatiha
Kably Mouna
Karkri Saloua
Kerrad Ida
Kinana Leila
Ksikess Driss
Lahrichi Nezha
Lazrak Malika
Mamou Rajae
Mih Baraa
Moussaoui Driss
Naamane Guessous Soumaya
Nciri Myriam
Ouazzani Farida
Oulddagharia Hicham
Ouriaghli Fatima
Ouzanane Hassan
Rochdi Najat
Sakhri Aicha
Sakkal Mehdi
Sefraoui Rajae
Seghrouchni Meryem
Senhaji Naima
Setti Anissa
Setti Mohamed
Sijelmassi Khadija
Sitail Samira
Slaoui Amina
Slaoui Khadija
Slaoui Malika
Slaoui Omar
Soubat Rachid
Stitou Daoudi Aicha
Taarji Hinde
Talhemt Rabia
Temsamani Rajaa
Yamani Nezha
Zerriffi Mouna

Associations signataires :


AFEM,    Badraoui Souraya,    Présidente
Centre Al Manar,    Lazrak Annie,    Présidente
Cœur de Femmes,    Raja Traki,    Présidente
Collectif Démocratie et Modernité,    Lahbib Kamal,    Président
CVA,    Iben Mansour Nadia,    Présidente
ESPOD,    Chraibi Sabah,    Présidente
Fondation Zakoura pour l'Education,    Noureddine Ayouch,    Président
Groupes EGICO-SUP,    Tarik Fouzia,    Présidente Fondatrice,
Joussour Forum des Femmes Marocaines,    Benachir Rhizlane,    Présidente
L'Heure Joyeuse,    Cherif Leila,    Présidente
Lions Club Casa,    Nouzha Skalli,    Présidente
OMDH,    Bouayach Amina,    Présidente
Réseau Espace de Citoyenneté TANGER,    Tajeddine Houria,    Présidente
Terre et Humanisme au Maroc,    Fettouma Djirani Benabdenbi,    Co-Présidente
Union de l'Action Féminine,    Jbabdi Latifa,    Présidente
Women's Tribune,     Bennis Fathia,    Présidente

 


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Et le Maroc ?

Publié le par Abdellatif Laabi

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Désillusion. Incertitude. Frustrations. Accès de révolte et sentiment d’impuissance à la fois. Voilà, me semble-t-il, le ressenti actuel d’un nombre croissant de Marocains, de la jeunesse en premier, mais aussi de larges couches de la population allant des plus démunies jusqu’à l’élite intellectuelle en passant par les classes moyennes. Le résultat, alarmant, de cet état d’esprit est la perte collective de ce que j’appellerai « le goût de l’avenir ». Comment en est-on arrivé là ? Après les ouvertures prometteuses du début de la dernière décennie, nous sommes passés à une phase d’hésitations, puis d’inertie.
La politique officielle est devenue illisible à force d’être opaque. La concentration des pouvoirs s’est accentuée à tel point que les règles du jeu politique, dans ce qui nous a été présenté au départ comme un processus démocratique, se trouvent dévoyées, inopérantes. Au regard d’une telle impasse, force est de constater que la pensée politique est loin de relever le défi. Elle a abandonné chez nous les dimensions critique et prospective pour se cantonner, disons, dans la chronique, la réaction à l’événementiel au jour le jour. Finie par exemple la revendication ferme d’une réforme constitutionnelle en vue d’un juste rééquilibrage des pouvoirs et leur séparation selon les normes démocratiques établies universellement, et ce sans parler d’une revendication qui s’est exprimée au lendemain de l’indépendance, celle d’une Assemblée constituante qui aurait eu pour tâche d’élaborer le contenu et les règles d’une telle réforme. Le chantier institutionnel ainsi déserté, quelle marge de négociation reste-t-il à notre classe politique, et surtout parmi elle aux partis qui affichent encore sporadiquement quelque velléité d’indépendance vis-à-vis du pouvoir ?
La négociation se réduit, pour eux, au nombre de portefeuilles qu’ils aspirent à se voir réserver dans l’équipe gouvernementale selon les résultats électoraux obtenus, qu’ils soient d’ailleurs controversés ou non. Piètre ambition quand il est de notoriété publique que ce gouvernement gouverne si peu, à l’instar du parlement légiférant lui-même si peu, de son propre chef. De son côté, la gauche non institutionnelle, qui jouit d’une grande respectabilité due aux sacrifices qu’elle a consentis dans son combat contre l’ancien régime, n’a pas réussi à acquérir une véritable visibilité politique. Souffrant du mal congénital de la division et, pour ses ailes les plus combatives, d’un certain enfermement idéologique, elle peine à assumer le rôle que l’on attendrait d’elle, celui justement d’impulser le renouveau de la pensée politique, de proposer un projet alternatif de société et d’ouvrir des voies inventives pour la mobilisation citoyenne. La société civile quant à elle, malgré son dynamisme et son degré de conscience grandissants, semble ne pas avoir pris la mesure du poids non négligeable qu’elle représente dans le rapport de force politique, social et intellectuel existant. Pourtant, bien de ses réalisations, à tous les niveaux du développement humain, de l’aide aux personnes et aux catégories de la population les plus fragiles, de la création et de l’animation culturelles, dénoncent, exemples à l’appui, l’indigence de l’action partisane traditionnelle comme celle des gouvernants dans ces domaines.
Mais la dynamique qu’elle a créée risque de s’enliser, à terme, dans des tâches cloisonnées si elle n’est pas portée par une vision du projet social dans son ensemble, où la construction de la démocratie serait une œuvre citoyenne fondée sur des valeurs éthiques dont les politiciens s’inspirent de moins en moins, quand bien même ils prétendent en être convaincus. Aussi, face à ces multiples carences, l’on ne peut que constater, la mort dans l’âme, que les maîtres à penser, les vrais décideurs d’aujourd’hui ne sont même pas les économistes qui font la pluie et le beau temps sous d’autres climats, mais les technocrates, les managers, les conseillers et consultants en tout genre, éminemment attentifs aux orientations fixées par les institutions financières internationales et les officines d’études stratégiques (de préférence étrangères) aux avis pertinents selon la formule consacrée. Le résultat en est que le Maroc n’est pas géré comme un pays qui, du fait de son identité affirmée et de la richesse de sa culture, aurait des atouts à faire valoir ; où le peuple, artisan incontesté de la souveraineté nationale, devrait avoir son mot à dire sur la gestion de ses affaires et la construction de son avenir ; où la société, qui n’ignore rien de ce qui se passe dans le village planétaire, désirerait jouir elle aussi des avancées qui s’y sont réalisées sur le plan des connaissances, de l’éducation, de la satisfaction des besoins matériels et moraux, des droits et des libertés.
Le Maroc se trouve plutôt géré comme une méga entreprise ou une multinationale dont la finalité est l’enrichissement illimité de ses principaux actionnaires, quitte à distribuer quelques miettes aux petits porteurs afin de créer une classe tampon entre elle et la masse grandissante des laissés-pour-compte. Le décollage économique du pays, dont certaines prémices sont incontestables, d’autres sujettes à caution, est à ce prix. Et sur cet autel où le culte du veau d’or est célébré de façon indécente, c’est le décollage démocratique qui est en train d’être sacrifié. Comment comprendre autrement les atteintes réitérées à la liberté d’opinion, le harcèlement des organes de presse, les condamnations des journalistes sous les prétextes les plus fallacieux, et dans d’autres domaines tout aussi symboliques la démission de l’Etat face au délabrement du système éducatif ou le désintérêt vis-à-vis de cet enjeu majeur que représente la culture dans la formation de l’esprit de citoyenneté et la structuration de l’identité épanouie d’une nation ? Le scénario ainsi rédigé, presque bouclé, n’est sûrement pas celui auquel on s’attendait il y a juste dix ans. Et rien ne laisse présager qu’il reste ouvert à une réécriture quelconque. D’où : désillusion. Incertitude. Frustrations. Accès de révolte et sentiment d’impuissance à la fois. Dois-je rappeler que la perte du goût de l’avenir est une aubaine pour ceux qui n’ont pas attendu ce constat pour cultiver « le goût du passé » le plus trompeur qui soit, et se positionner en secouristes soi-disant altruistes des victimes du système : les déshérités, les désespérés, les abonnés aux miracles ?
Les éléments de réflexion qui précèdent, conçus je dois le préciser avant les « événements » de Tunisie, me renforcent dans l’idée qu’un changement de cap s’impose au Maroc. A cet égard, l’amalgame simpliste aussi bien que la politique de l’autruche seraient éminemment périlleux. Le Maroc, et pour de multiples raisons, n’est assurément pas la Tunisie, mais certains ingrédients qui ont été à l’origine de la Révolution dite de jasmin sont réunis, presque à l’identique et depuis fort longtemps dans notre pays. Si, comme je le crois, la majorité des Marocains aspirent ardemment à une transition pacifique, mais irréversible, vers la démocratie, le moment est donc venu d’un sursaut citoyen impliquant toutes les forces politiques, sociales et intellectuelles qui partagent la même aspiration. L’heure est au bilan critique et autocritique, au réarmement de la pensée, à la libération des initiatives, à l’affirmation claire des solidarités, au débat de fond et à la synergie entre toutes ces forces. Le moment est venu pour nos gouvernants de donner des gages concrets de leur volonté à satisfaire une telle aspiration, le gage le plus urgent consistant à prendre des mesures radicales pour répondre à la détresse économique et sociale qui a atteint un seuil critique. Cela impliquerait, disons-le sans ambages, la remise en question des choix économiques et du modèle de croissance mis en œuvre jusqu’à nos jours et qui a creusé irrémédiablement les inégalités et les injustices.
L’autre gage qui permettra à l’ensemble de la communauté nationale de renouer avec le goût de l’avenir serait un acte fondateur, négocié avec l’ensemble des acteurs de la scène politique et de la société civile, en vue d’imprimer à la Constitution du pays les principes d’un Etat de droit, instaurant la séparation des pouvoirs, l’égalité devant la loi, la protection des libertés, mais aussi d’un Etat de type nouveau prenant acte de l’identité culturelle et autres spécificités de certaines régions pour accorder à leurs populations l’autonomie à laquelle elles ont droit. Une nouvelle croisée des chemins est en vue pour le Maroc. Le rendez-vous que l’Histoire nous y a fixé ne souffre aucune attente. Puissent la raison et les intérêts supérieurs du pays nous y conduire à temps et nous faire choisir la voie la plus sûre du progrès, de la dignité et de la justice, celle du décollage démocratique.

Abdellatif Laâbi (écrivain marocain)
laabi.net

Publié dans Tribune libre

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