Le gag des députés jordaniens
Pour un gag ce
n’est un ? Pour une blague elle est de très mauvais goût. Le Parlement de Jordanie se fait remarquer en annonçant qu’il allait saisir la Cour pénale internationale (CPI) pour les « crimes de guerre » commis par l’armée israélienne à Gaza en décembre et janvier
derniers.
L’annonce suscite l’enthousiasme des masses dans le Monde arabe avant que les honorables députés ne se ravisent en décidant de reporter sine die leur saisine dudit tribunal siégeant à La Haye.
Mais que s’est-il donc passé de grave pour que ces représentants exaltés de la nation jordanienne fassent volte-face ?
Il s’est passé que la Jordanie bien qu’elle soit l’unique pays arabe avec le Djibouti et les Îles Comores à avoir ratifié le Statut de Rome portant création du CPI est la moins qualifiée pour prendre une telle initiative. Et ce pour deux raisons que voici :
1) La population de Jordanie est constituée d’au moins 50 % de Palestiniens. Fait qui relativise la portée symbolique de cette initiative parlementaire : a-t-on voulu absorber une probable colère de ces derniers ?
2) En septembre 1970 suite à l’appel de Yasser Arafat de renverser la monarchie des Hachémites, l’armée hachémite massacre des dizaines de milliers de Palestiniens. Le carnage entre dans l’histoire sous le nom de « Septembre noir ». Mais sans plus. Aucune action en justice ni locale, ni arabe, encore moins internationale n’a été entreprise à cet égard.
S’il est vrai qu’en 1970 il n’existait pas encore de CPI (entré en fonction 32 ans plus tard), un pays arabe ou des pays arabes pouvait (ent) bien constituer un tribunal international pour juger ce massacre de septembre 1970. Or non seulement rien de tel n’a
été entrepris mais tout dit qu’il en sera ainsi pour très longtemps encore. Alors que cinq hiérarques du régime du Kampuchéa démocratique (nom du régime khmer rouge) sont poursuivis
officiellement depuis mardi dernier pour crimes contre l’humanité commis entre 1975 et 1979.
Moralité : le chameau ne voit jamais sa bosse...
Légende photo : Feus Yasser Arafat et le roi Hussein de Jordanie