La police peut-elle encore protéger la cité ?

Publié le par Abdelkarim Chankou

Contrairement au cancer qui peut être dû à manque de chance , la grande criminalité, particulièrement le terrorisme, ne doit rien au hasard. C’est le résultat cumulatif et logique d’une série de laisser-aller laisser-faire en matière de politique de gestion de la cité. Passons sur le binôme éducation- emploi et ses carences budgétaires, manques qui génèrent un chômage endémique des jeunes et la détérioration continue de la qualité du civisme de ces derniers, qu’ils soient de souche ou issus de l’immigration. Et intéressons nous spécialement au cas de la police, la gardienne de l’ordre établi et de la cité. Inspiré du modèle urbain de Rome antique où l’armée était interdite d’entrée dans la cité- elle était cantonnée au champ de Mars-, la ville moderne confie exclusivement sa sécurité au corps de la police, même si ces dernières années, la montée de la menace terroriste urbaine a permis des dérogations à cette sacro-sainte règle avec l’apparition dans les rues des villes de patrouilles mixtes policier-soldat ou totalement composées de militaires (Plan Vigipirate). Mais le hic, là le bât blesse, c’est que ces patrouilles de sécurité, mixtes ou pas, cachent un fait inquiétant. D’apparence, le recours aux éléments des forces armées répond à un besoin de rassurer la population, un soldat étant plus impressionnant qu’un policier… En réalité, l’appel à l’armée est plutôt dicté par des impératifs budgétaires. Au lieu de recruter plus de policiers, les doter de moyens techniques et financiers à même de leur permettre de s’acquitter de leur mission dans des conditions optimales et confortables, l’Etat préfère parer au manque avec les moyens de bord en puisant dans les casernes dont les effectifs sont en surplus croissant à cause de la grande mutation des stratégies de défense nationale dont le volet le plus saillant est la suprématie du côté technique sur le côté humain. Résultat : la police se voit de plus en plus démunie, financièrement, techniquement et humainement. Pas plus tard qu’en novembre 2013 « Plusieurs milliers de policiers ont manifesté mercredi [13 novembre : ndlr] aux abords de l'Assemblée nationale pour dénoncer le budget sécurité de 2014 et leur manque de moyens sur fond de fièvre contestatrice tous azimuts en France. » Et cette situation n’est pas prête de s’améliorer. Un commissaire de police gagne entre 2 092 € et 3 801 € bruts par mois en France, soit en moyenne 2 947 € bruts mensuellement. Presque rien comparé à la charge du travail et au coefficient risque. Un gardien de la paix affecté en province touche environ 1 700 euros net alors que le salaire d’un caissier ou caissière débutante dans une grande surface est le Smic (1 445 € brut mensuel) sans oublier qu’un système de prime est possible. Pour un flic, la prime c’est la déprime...

Pour un flic, la prime c’est la déprime...

Au rayon police municipale, toujours interdite du port d’arme à feu, alors que les convoyeurs de fonds sont armées jusqu’aux dents (allez comprendre !), le salaire moyen d'un policier municipal débute à 1 472 € bruts par mois, ce qui fait qu’il empochera moins que le Smic après retenues… Certains diront que tout ça ne justifie rien ! Être policier est avant tout un choix, qui doit s’assumer avec tous ses inconvénients. Ok ! Mais un policier mal payé risque d’avoir la tête ailleurs quand il est affecté à un poste et que toute sa tête doit être entièrement concentrée sur sa mission. Un flic payé au lance-pierre va de moins en moins à la salle de gym, au stand du tir, se nourrit mal, dort mal, vit mal sa vie de couple etc. On croyait que ces flics rappelant plus une boule montée sur deux pics qu’un poulet est une exclusivité américaine mais ce spectacle est de plus en plus familier dans les rues de France. Un policier mal payé est contraint d’avaler un sandwich grec debout et à la hâte, se bourre de boissons douteuses et le stress aidant, le type se transforme en quelques années en bibendum armé ! Courir pour attraper un jeune criminel ou dégainer rapidement avant lui quand on est comme ça il vaut mieux ne pas y penser. Les mêmes diront qu’il existe au sein de la police des unités d’élite, type Raid etc. Soit ! Mais combien sont-ils ces superflics ? Peuvent-ils couvrir correctement et sans grabuges un territoire urbain de 119 000 km2 et qui chaque année grandit ? J’en doute fort ! Jadis, non seulement la police était bien rétribuée (pas parce que les salaires étaient élevés mais plutôt parce que le coût de la vie et la charge de travail étaient bas), mais différents services de sécurité collaboraient en parfaite harmonie aussi bien à l’intérieur de la France qu’en dehors de ses frontières. Mas là c’est une autre paire de manche…

Publié dans Opinion

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