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L’invitation de Khaled Mechaal une gaffe politique que la présence d’Ofer Bronstein et de Carmen Quintanilla a occultée

Publié le par Abdelkarim Chankou

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L’invitation surprise de Khaled Mechaal, le chef du Bureau politique de Hamas, au 7e congrès du parti de la justice et de développement (PJD), qui s’est tenu les 14 et 15 juillet derniers à Rabat, était non seulement une gaffe politique aux conséquences incalculables mais une initiative aussi  inutile que contreproductive. Le dirigeant palestinien est accusé d’avoir diligenté plusieurs attentats meurtriers en Israël et le Hamas est fiché par nombre de pays occidentaux, alliés du Maroc, comme une organisation terroriste.   


Quelle mouche a donc piqué l’état major du PJD pour prendre une telle initiative et les autorités concernées pour donner leur feu vert à son arrivée sur le sol marocain ? Mystère ? Pas vraiment. Depuis ces derniers mois le gouvernement Netanyahu qui a réussi l’exploit de faire l’unanimité contre lui, à cause de sa politique « hégémoniste », est en ligne de mire de certains pays  occidentaux amis qui ont en marre de son « entêtement ».


L’Union européenne, en pleine déconfiture économique, a besoin, pour faire son beurre, d’un Moyen-Orient stable et dépassionné notamment pour la concrétisation du projet de l’Union pour la Méditerranée (qui bute sur le différend israélo-palestinien) et surtout pour capter les capitaux arabes qui ne bénéficient actuellement, dans une certaine mesure, qu’au Royaume Uni, et ce plus pour des raisons culturelles et historiques que politiques. Même l’Espagne et la Grèce ne sont plus chouchoutées par les pétrodollars. Le comble !


La Maison Blanche, actuellement dirigée par le Démocrate Obama, sait que pour que son pensionnaire rempile il doit séduire le Vote juif, traditionnellement  sensible aux consignes -et signes- des gouvernements israéliens. D’où la probabilité que la bienveillance du moins neutralité affichée par le département d’Etat quant à la visite de Mechaal à Rabat rentre vraisemblablement dans une logique de marchandage entre la Maison Blanche et son premier allié : Israël. Laisser faire puis dire que c’est curieux… On connaît la musique.


Aussi, Washington croirait-elle qu’en baissant la pression sur le Hamas en lui offrant certaines libertés de mouvement celui-ci finira un jour par se normaliser, ce qui aidera Washington à isoler davantage l’Iran et le Hezbollah libanais.


Si les Etats-Unis et l’Union européenne ont chacun leurs raisons pour taquiner Netanyahu quelles sont celles du Maroc ? Je dis bien Maroc et je pèse mes mots ; car même si le Roi n’a pas reçu Khaled Mechaal (contrairement à certains chefs de partis représentés au parlement), le fait qu’il l’a été  par Abdelilah Benkirane  qui est en plus d’être le patron du PJD, est le chef de gouvernement en exercice donne à cette « étrange invitation » un caractère national.


Je crois bien que la principale raison qui a poussé le Maroc à accepter la venue publique de Mechaal sur son territoire est le fait que Rabat aurait voulu reprendre l’initiative dans le processus de paix au Moyen-Orient qu’elle a relativement perdue depuis 18 ans. Rabat aurait aussi voulu faire profiter les factions rivales palestiniennes de l’expérience marocaine qui a consisté à faire accepter le PJD (islamiste) par l’ensemble establishment politique classique ; autrement dit le message codé est : « si le PJD peut cohabiter avec les autres partis marocains et parvenir même à conduire le gouvernement c’est que le Hamas peut lui aussi coexister avec le Fatah et conduire un gouvernement unique.


Malheureusement aucune de ses explications aussi rationnelle soit-elle ne pourra gommer ni édulcorer l’image d’un Mechaal  (dont le parti a juré de détruire l’Etat hébreu) souriant et posant devant des responsables politiques marocains ? Et si la gaffe a pu passer sans trop de casse c’est grâce à la présence  (providentielle ?) en même temps que Mechaal au congrès du PJD d’Ofer Bronstein, un Israélien francophone qui se présente comme un ancien collaborateur  des ex-premiers ministres Rabin et Peres. Ce monsieur a même serré toutes les mains qui lui ont été tendues y compris celle de Mechaal ! Gestes -et gesticulations- qui ont eu le mérite (au moins) de baisser la tension dans une ambiance hypertendue. De même la tension a un peu baissé grâce à la présence lors du même évènement de la représentante du Parti Populaire espagnol au pouvoir Mme María del Carmen Quintanilla Barba (voir la photo). L’honneur est sauf !

Publié dans Opinion

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Marzouki pète les plombs!

Publié le par Abdelkarim Chankou

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Moncef Marzouki, le président de la république tunisienne, a lâché une énorme bourde intellectuelle et diplomatique en s’adressent le mercredi 25 juillet 2012, aux membres de l’Assemblée constituante qui l’a consacré chef d’Etat. Historique ? Pas vraiment. L’homme est connu pour ses écarts de langage et ses divagations périodiques si bien qu’une note blanche des services  secrets français, citant  un ancien ministre de Bourguiba, le présente comme un « révolutionnaire naïf et idéalise ». Apprécions : « Marzouki est un révolutionnaire naïf. Un idéaliste. Il croit encore à l’honneur et aux bonnes manières en politique, alors qu’en face de lui Ennahda [part islamiste au pouvoir : Ndlr] est un spécialiste des coups tordus et du marchandage. »


Mais cette fois l’ancien étudiant en médecine a battu tous les records. Il ose insulter l’institution monarchique marocaine à moins de quatre jours de la XIIIème fête du Trône,  et de surcroît en présence de l’ambassadeur du Maroc à Tunis ! Le Marzouki, soit il a attrapé la maladie de Parkinson (le Maroc l’a aidé quant il était aux abois), soit la harissa lui a monté au cerveau (pour un neurologue c’est un comble), soit il a perdu les pédales, soit il a perdu la calebasse… Bref, le monsieur inquiète. On a cru le Maghreb définitivement débarrassé d’un fou à lier comme Kadhafi et voilà qu’un autre toqué qui doit avoir un énorme grain (qui a dû  germer) s’installe. Pauvre de nous ! Pauvre Maghreb. Pauvres arabes !


 « La monarchie marocaine, même si elle cohabite avec des valeurs d’égalité, de libertés individuelles et autre droits de l’homme, reste un régime antinomique avec la démocratie et qu’à la tête de l’Etat marocain se retrouve un citoyen qui bénéficie d’un droit dont il est seul dépositaire, il y reste à vie et le transmet à un héritier de son choix sans que le peuple ait son mot à dire ».


Et « Harissaman » (son nom complet est Moncef ben Mohamed Bedoui-Marzouki) de péter le dernier plomb -ou peut-être de péter tout court- : « dans une monarchie constitutionnelle, une seule personne parmi des millions monopolise le pouvoir, puis le fait hériter à son fils ». Le « droits-de-lhommiste » peut-il nous dire pourquoi il ne cesse de faire le vide autour de son auguste personne depuis son élection à la présidence en novembre, la dernière démission, après celle de certains de ses conseillers,  étant celle du ministre des Finances ? Peut-il aussi nous dire pourquoi des parlementaires français ont boycotté son discours devant l’Assemblée nationale dont le député UMP d’origine tunisienne Pierre Lellouche ?


« La Tunisie est tombée dans l’escarcelle de la démocratie » a martelé le toubib sous les applaudissements des députés présents qui visiblement voulaient, peut-être, se faire pardonner le geste déplacée de l’ex-ministre des affaires étrangères, Mme Michèle Alliot-Marie, qui avait déclaré son intention d’envoyer du matériel répressif au régime de Benali en pleine intifada en février dernier.


Oui la Tunisie est peut-être tombée dans l’escarcelle de la démocratie. Mais vous Marzouki vous  êtes sûrement tombé très bas !

Publié dans Humeur

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Benkirane joue avec le feu

Publié le par Abdelkarim Chankou

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Totalement enivré par l’Etat de grâce bien que son bilan semestriel à la tête du gouvernement brille plutôt par son côté spectaculaire, Abdelilah Benkirane décide de foncer comme un torero  sur cette bête qu’on appelle « Caisse de compensation » et que jusqu’ici aucun gouvernement n’a jamais osé toucher. Non par manque de courage ou volonté politique mais par bon sens ; dans ce sens que lorsqu’un artificier se juge incapable de désamorcer une bombe, le plus sûr est de la laisser tranquille. Mais Benkirane, gonflé comme il est par les rapports « favorables »  qu’il reçoit quant à sa cote de popularité, fonce à fond la caisse ! Il sait au fond de lui-même qu’il joue gros mais il veut entrer dans l’histoire comme étant le premier chef de gouvernement du Maroc indépendant à abattre la bête. Il se voit déjà en archange Saint Michel terrassant le dragon. N’en déplaise aux « crocodiles » et « démons », qualificatifs qu’il aime employer pour désigner ses ennemis, qui ne veulent pas croire en sa détermination et surtout sa sagesse.

 

Docteur Benkirane détient la solution toute indiquée pour en finir une fois pour toute avec ce monstre budgétivore « qui ne profite qu’aux riches. » Après l’islam, bien entendu, il s’en réfère au Brésil et à l’Indonésie, deux dragons parmi d’autres qui ont réussi à cibler efficacement les programmes sociaux d’aide aux classes pauvres et nécessiteuses. Benkirane compte verser des subsides pécuniaires directement dans les comptes bancaires des ayants droit. Pour ce, il dispose déjà d’un premier fichier tout  prêt tout frais, celui des populations éligibles au Régime d’assistance médicale aux économiquement démunis (Ramed) qui doit compter à terme plus de 8 millions de personnes dont 2,7 millions en situation de grande précarité. Le secrétaire général du PJD espère ainsi faire de substantielles économies sur les quelque 52 milliards de dirhams que ladite caisse aurait avalé en 2012, presque le 6e du budget général de l’Etat est ainsi parti sous forme de subventions de la farine, du sucre et des carburants. En clair, le marocain-cible du programme social de Benkirane empochera une somme d’argent qu’il compensera en acceptant de payer la bonbonne de butane de 12 kg à 140 dirhams contre les 40 actuels, par exemple.

 

Mais ce que ne savent pas tous ces becs enfarinés qui restent bouche ouverte devant les gesticulations verbales de Benkirane et sa troupe c’est que l’état actuel des finances publics ne permettra guère de verser à chaque marocain ou ménage marocain qu’une somme mensuelle d’une cinquantaine de dirhams, ce qui  implique subsidiairement un autre problème : Les banques accepteront-elles d’ouvrir des comptes bancaires à des clients dont les revenus mensuels ne dépassent pas 6 dollars ? Sinon, Benkirane mettra-t-il à contribution les guichets de la banque postale ou du Trésor ou bien sera-t-il obligé d’ouvrir des bureaux de quartiers à la mode soviétique ?

 

En attendant les réponses, déjà une chose est sûre : Le Maroc n’est ni l’Indonésie ni le Brésil encore moins le Chili. Le royaume c’est plus compliqué que ça ! Les riches y sont parfois pauvres quand ils sont de minables radins, et les pauvres riches quand ils sont des nobles, fiers de leur passé et racines. Savez-vous pourquoi tous les indices de classement des pays selon le bien-être de leurs citoyens se plantent quand il s’agit du Maroc ? Eh bien parce que dans ce pays les disparités sociales sont autant abyssales que les différences culturelles. Si à Rabat ou à Casablanca, ou le colbertisme est érigé en religion, la construction d’un hôpital, d’une école ou la création d’une ligne de Tram  peuvent à peine contenter l’habitant, à Tata ou Tinghir la construction d’une simple mosquée de village peut rendre le sourire à des milliers de personnes. On n'a pas tous la même perception du bonheur nous Marocains. Mieux : Une grande partie des Marocains vit incontestablement dans des conditions dites « aisées » mais en réalité très précaires. Cette frange de la population ne devant son salut et son statut qu’au principe de la solidarité familiale. Combien de chefs de familles perçoivent-ils des salaires inférieurs au Smig (1600 dirhams) ou des pensions de retraite d’une centaine de dirhams mais n’arrivent à sauver la face que grâce aux aides de leurs enfants qui parfois se sacrifient pour tenir leurs engagements ? Benkirane sait-il que cette classe de Marocains n’est pas considérée statistiquement comme pauvre. Sait-il aussi que cette classe de « faux riches » préfère vivre aux crochets de leurs progénitures que (de tirer par) ou faire la manche ou de souscrire au Ramed ?

 

 That’s the question Mister Benkirane.

Publié dans Edito

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Iran : La vie de certains journalistes et net-citoyens emprisonnés est en danger

Publié le par rsf.org

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Publié le mardi 10 juillet 2012. Mis à jour le mercredi 11 juillet 2012 

Une trentaine de militants de Reporters sans frontières et des journalistes iraniens, dont deux lauréats du prix de l’organisation, se sont rassemblés, ce 10 juillet à 14 heures 30, devant les locaux de Iran Air, sur l’avenue des Champs Elysées, pour protester contre les arrestations arbitraires et les tortures que subissent les journalistes et net-citoyens emprisonnés en Iran. Certains y déjà ont laissé la vie, d’autres sont en danger de mort.

Cinq militants, en tenues de prisonniers et au maquillage évoquant des tortures et des violences physiques (coups de fouet dans le dos, bleus, arcades abimées, ecchymoses, etc) y ont représenté ces professionnels de l’information en danger et les différents types de médias visés. Les manifestants arboraient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : “Iran : isolement, torture, meurtres”, “Liberté pour les journalistes en Iran”, et ont distribué des tracts aux passants.

Le 10 juillet marque le neuvième anniversaire de la mort de la photographe irano-canadienne Zahra Kazemi, suite aux mauvais traitements subis à la prison d’Evin. Reporters sans frontières a de nouveau dénoncé la totale impunité dont bénéficient les tortionnaires, et l’acharnement des autorités envers les journalistes emprisonnés. Combien d’entre eux risquent prochainement de mourir à force de traitements inhumains et dégradants contre leur personne ?

“Nous craignons pour la vie de plusieurs journalistes emprisonnés, malades et très affaiblis, à la fois physiquement et psychologiquement. Certains sont détenus dans les mêmes locaux et aux mêmes conditions que Zahra Kazemi. Nous voulons attirer en particulier l’attention de la communauté internationale sur les cas de Narges Mohammadi, Mohammad Sadegh Kaboudvand, Bahman Ahamadi Amoee, Arash Honarvar shojai, Mohammad Solimaninya”, a déclaré l’organisation de défense de la liberté de l’information.

“Nous demandons la libération immédiate et sans conditions de tous ceux qui ont été arrêtés au seul motif de leurs activités légitimes dans le domaine de l’information ou pour l’exercice de leurs droits à la liberté d’expression.”


Urgence pour cinq journalistes et net-citoyens détenus

Mohammad Sadegh Kabodvand, directeur du journal Payam-e mardom-e Kurdestan (suspendu en 2004), est en grève de la faim depuis plus de quarante jours pour protester contre la décision inhumaine des autorités judiciaires lui interdisant visite à son fils, gravement malade et hospitalisé à Téhéran. Incarcéré depuis juillet 2007 à la prison d’Evin, dans la capitale, il a été condamné à onze ans de prison, pour avoir créé une association de défense des droits de l’homme au Kurdistan. Victime de plusieurs malaises et privé des soins nécessaires, le journaliste voit son état de santé se détériorer. Depuis son arrestation, les autorités pénitentiaires ont systématiquement rejeté ses demandes de libération pour raisons médicales, malgré ses problèmes cardiaques.

Bahman Ahamadi Amoee, journaliste emprisonné depuis le 20 juin 2009 à la prison d’Evin, a été transféré, le 12 juin 2012, à celle de Rajaishahr (ville de Karaj, au nord de Téhéran), suite à sa participation à une cérémonie organisée par les prisonniers du dortoir 350 de la prison d’Evin à la mémoire d’Hoda Saber, mort suite à une grève de la faim le 12 juin 2011. Rajaishahr figure parmi les prisons les plus dangereuses du pays. Les cas de tortures, viols et meurtres commis dans son enceinte sont innombrables. Depuis son arrestation, Bahman Ahamadi Amoee a été victime du harcèlement constant des autorités judiciaires. Le 25 juin 2011, il avait été cité devant le tribunal de la révolution de Téhéran, puis placé à l’isolement à son retour et privé de visites. Sa famille est sans nouvelle de lui depuis lors.

Arash Honarvar Shojai, théologien et blogueur (http://honarvarnetessays.persianblog.ir/), âgé de 30 ans, a été arrêté le 28 octobre 2010 à Téhéran. Un an après son emprisonnement, il a écopé de quatre ans de prison, ainsi que d’une amende de huit cent mille tomans (environ 53 euros) et de cinquante coups de fouet, pour avoir écrit anonymement sur un blog jugé blasphématoire, accusation qu’il conteste catégoriquement. En grève de la faim depuis le début de ce mois pour protester contre ses conditions de détention, il est gravement malade. Ses proches sont très inquiets : il a déjà fait de multiples crises de nerfs et les autorités pénitentiaires refusent de lui procurer les médicaments nécessaires à son état.

Reporters sans frontières a appris, le 30 juin 2012, l’arrestation de Mohammad Solimaninya, directeur du site u24, suite à une convocation à la prison d’Evin. Le net-citoyen avait déjà été arrêté, le 10 janvier 2012, avant d’être libéré provisoirement, le 22 mai 2012, contre le versement d’une caution de 40 millions de tomans (environ 4 500 euros). Depuis son arrestation sa famille est sans nouvelle de lui, les responsable judicaires refusent d’informer sa famille de lieu de sa détention.

Narges Mohammadi, journaliste et porte-parole du Centre des défenseurs des droits de l’Homme, a été arrêtée le 21 avril 2012, dans la ville de Zanjan (nord du pays), avant d’être transférée à la prison d’Evin à Téhéran. Elle avait déjà été arrêtée à son domicile, dans la soirée du 10 juin 2010. La pression subie durant les interrogatoires lui a valu une crise de nerfs, qui a donné lieu à sa libération provisoire, le 2 juillet 2010, et à son hospitalisation pour une paralysie des muscles. Elle a été, cette fois, condamnée à six ans de prison ferme pour “réunion et complot contre la République islamique”, “publicité contre le régime” et “collaboration avec le Centre des défenseurs des droits de l’Homme”. Le 16 mai 2012, la journaliste, gravement malade et plusieurs fois sujette à des malaises, a été transférée à la prison centrale la ville de Zanjan. Le directeur de la prison, sous l’ordre du ministère des Renseignements, refusait son hospitalisation. Il a fini par céder et a autorisé son transfert à l’hôpital Vali Asar de Zanjan, le 9 juillet 2012. Narges Mohammadi, dont l’état de santé est très préoccupant, ne doit pas retourner en prison. Elle doit être libérée au plus vite.


L’impunité perdure dans l’affaire Zahra Kazemi

Le régime de Téhéran est un exemple criant du triomphe de l’impunité. Zahra Kazemi, journaliste irano-canadienne de 54 ans, avait été arrêtée le 23 juin 2003, alors qu’elle photographiait des familles de détenus devant la prison d’Evin. Sévèrement battue au cours de sa détention, elle est décédée des suites de ses blessures le 10 juillet 2003. Le rapport d’enquête, rendu public par les autorités iraniennes dix jours plus tard, ne précise pas les causes du décès. La mère de la journaliste avait subi des pressions pour autoriser l’inhumation précipitée du corps de sa fille, le 22 juillet 2003. Depuis, Stephan Hachemi, le fils de la journaliste, n’a eu de cesse de demander le rapatriement du corps de sa mère au Canada afin de procéder à une autopsie en bonne et dûe forme.

Les avocats de la famille de la victime ont dénoncé à maintes reprises une parodie de justice. Leurs demandes de convocation de hauts responsables de la justice iranienne n’ont jamais été satisfaites, privant la procédure de témoins clés. Saïd Mortazavi, responsable de l’arrestation de Zahra Kazemi et présent au cours des interrogatoires de cette dernière à la prison d’Evin, n’a jamais été auditionné. L’homme, promu directeur de la Sécurité sociale iranienne, bénéficie toujours de la haute protection des deux prédateurs nationaux de la liberté d’information : l’Ayatollah Ali Khamenei et le président Mahmoud Ahmadinejad.

Reporters sans frontières a soutenu la procédure civile introduite par Stephan Hashemi devant la Cour supérieure du Québec contre la République islamique d’Iran, destinée à obtenir réparation pour l’arrestation, la détention et les actes de torture suivis du décès de sa mère, en juillet 2003 à Téhéran. L’organisation appelle le Canada et l’Union européenne à soutenir sa requête pour que l’impunité cesse dans cette affaire.


Hommage à d’autres victimes du régime des mollah

Le 12 juin 2011, Hoda Saber, journaliste d’Iran-e-Farda, 52 ans, emprisonné depuis août 2010, est décédé d’une crise cardiaque. Le 13 juin 2011, 64 prisonniers politiques du dortoir 350 de la prison d’Evin, tous codétenus du journaliste, ont publié un témoignage dans lequel ils affirment que “les autorités pénitentiaires n’ont pas fait le nécessaire pour le transférer à temps à l’hôpital et il a été maltraité par le personnel de la clinique de la prison d’Evin”. Le journaliste avait entamé une grève de faim, le 2 juin 2011, pour protester contre la mort tragique de sa collègue Haleh Sahabi.

Le 1er juin 2011, Haleh Sahabi, journaliste et activiste des droits des femmes, a été attaquée pendant le cortège funèbre de son père, Ezatollah Sahabi, personnalité importante de la classe politique iranienne décédé de causes naturelles deux jours auparavant. Selon des témoins oculaires, la mort de Haleh Sahabi résulte directement de cette agression physique. Sous la pression des agents de sécurité, le corps de Haleh Sahabi a été enterré de nuit, sans les rites funéraires traditionnellement dévolus à une femme musulmane.

Le 15 juin 2009, l’ancien journaliste Alireza Eftekhari, âgé de 29 ans, est décédé. Il aurait succombé à une attaque cérébrale après avoir été battu. Son corps n’a été rendu à sa famille que le 13 juillet. Les circonstances exactes de sa mort restent inconnues à ce jour. Ainsi, son nom a été ajouté à la longue liste des professionnels des médias assassinés. Une enquête sur la mort de cet ancien journaliste doit être ouverte, afin que la lumière soit faite sur les circonstances de son décès.

De même, aucun responsable de la mort, en 1998 de quatre journalistes - Majid Charif, Mohamad Mokhtari, Mohamad Jafar Pouyandeh, Pirouz Davani - n’a jamais eu à rendre de compte. Les autorités iraniennes refusent de la même manière de s’expliquer sur les circonstances de la mort d’Ayfer Serçe, journaliste turque d’origine kurde, de l’agence de presse Euphrate, tuée par l’armée iranienne, entre le 20 et le 23 juillet 2006, à Keleres, dans la province d’Azerbaïdjan (Nord-Ouest). Enfin, quand adviendra une enquête sérieuse sur la mort en détention du jeune blogueur Omidreza Mirsayafi, en 2009 ?

Avec 33 journalistes et 19 blogueurs emprisonnés, la République islamique occupe désormais le rang de deuxième plus grande prison du monde pour les professionnels de l’information.

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Publié dans Médias

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Une dictature éclairée vaut mieux qu’une démocratie aveugle

Publié le par Abdelkarim Chankou

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Que ceux ou celles qui me feront l’honneur de jeter un coup d’œil ce billet  ne se méprennent pas sur son titre en me prenant pour  un ennemi de la démocratie ou un nostalgique des années de plomb !  Je suis simplement un peu pessimiste par nature mais pas au point de devenir paranoïaque ou nihiliste. Passons maintenant l’intro et allons au vif du sujet.

 

Comme beaucoup de mes semblables en conviennent la démocratie a ceci de fâcheux qu’elle porte en elle-même les germes de son autodestruction. A mois qu’elle soit flanquée d’un nombre suffisant de garde-fous, elle peut déraper à tout moment  pour faire revenir un pays, pas aux années de plomb, c’est peu,  mais aux années de fer ! Et le danger d’une rétrogradation malheureuse est d’autant plus grave et facile que le pays en question ne fait pas partie d’un ensemble géopolitique intégré dont les instances communes peuvent jouer le rôle de régulateur et de contrôleur. Voyez ce qui se passe en Grèce ! Si cet Etat n’était pas membre de l’union européenne, avec la crise financière où il est enfoncé, il aurait déjà marqué son retour aux années d’avant le 17 novembre 1973, celles de la dictature militaire.

 

Le Maroc, vous l’avez deviné, est le pays dont il s’agit dans ce billet. Il est membre d’une Union du Maghreb Arabe qui non seulement est une coquille vide mais n’a rien à lui apprendre en matière de démocratie. Idem de la Ligue arabe et de l’Union africaine qu’il s’apprête à réintégrer après en avoir claqué la porte en 1984. Donc le Maroc qui s’est engagé dans une nouvelle expérience en matière de gestion de la chose publique depuis la constitution réformée de juillet 2011 est un peu seul dans sa nouvelle voie. Bien sûr il y a les pays amis comme les Etats-Unis et leurs alliés qui observent le déroulement de cette expérience et qu’ils souhaitent réussir afin de la reproduire dans d’autres pays arabes ou similaires. Et c’est justement là tout le danger. Le Maroc sert de cobaye dans une expérience dont les paramètres ont été définis dans des officines de bureaucrates qui parfois ne connaissent du Maroc que la sardine et l’orange. C’est vrai que ce n’est pas nouveau : le Maroc a souvent servi de cobaye dans le passé, mais sur le plan économique seulement. Cette fois il s’agit de politique. C’est sérieux. On est devant un casse-tête : on veut « apprivoiser » le Hamas pour le rendre présentable au gouvernement israélien. On pense qu’un processus de normalisation à la sauce PJD pourrait marcher. On commence d’abord par lancer ce parti pour qu’il arrive au pouvoir et ensuite on l’observe ainsi que les réactions qu’il suscite  en espérant trouver le moyen de reproduire l’expérience en Palestine. Mais cette équation a deux inconnus. Et non des moindres ! Le temps et l’espace. Au Concernant le temps, la victoire du PJD a été rendu facile outre la bienveillance de certains « big Brother », par l’érosion des partis classiques  que  60 ans de péripéties ont disqualifiés. Or l’autorité palestinienne, elle, n’a que 16 années d’existence et exceptées quelques erreurs en matière de gouvernance, le Hamas aura beaucoup de peine à s’imposer face à elle si des élections libres, je dis bien libres c’est-à-dire affranchies de toute intervention extérieure,  ont lieu. Bien entendu la bombinette que vient de lancer Al Jazeera quant à un éventuel empoisonnement de Yasser Arafat au polonium est de nature à fragiliser le Fatah, mais il faudra beaucoup plus que ça pour que le Hamas devienne le « PJD de la Palestine ». A moins que l’Arabie saoudite, le plus important soutien à l’Autorité palestinienne, change d’avis sous l’influence de l’Egypte dirigée désormais par le  frère musulman Mohamed Morsi. Mais on n’est pas encore là.

 

L’autre inconnue, l’espace. Le Maroc se situe dans un espace où durant plusieurs siècles ont cohabité diverses ethnies et cultures si bien que la mosaïque « plurichromique » qui en a découlé a rendu tout risque de voir le pays dirigé un jour par un parti unique  impossible. Malheureusement, cette immunité contre le parti unique semble faiblir. En fait il n’y a pas pire poison pour le multipartisme que la pensée unique !  Or la pensée unique se nourrit de l’idéologie totalitaire. Le PJD séduit d’abord par ses références islamiques. Si Hassan II avait dit un jour que « n’est dans l’opposition que celui qui est contre les institutions », aujourd’hui on peut dire sans médire « n’est dans l’opposition au PJD que celui qui est  contre la religion ». C’est la pensée unique ! C’est pourquoi j’ai commencé mon billet par  rappeler que toute démocratie porte en elle-même les germes de sa mort. Et que n’est vraiment irréversible quand on n’est pas vacciné ou entouré de garde-fous en nombre suffisants. Car une démocratie non contrôlée c’est comme les régimes minceur drastiques, on perd 10 kilogrammes pour en gagner 20 !

 

Alors messieurs les expérimentateurs sachez où vous mettez les mains. Sinon, in fine, vous aurez un émirat islamique et borné en Palestine et une démocratie aveugle au Maroc. Qu’à Allah ne plaise !

Publié dans Opinion

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Syria

Publié le par Abdelkarim Chankou

Ce soir du 14 juillet 2012 vers 19h15 GMT, Place Nevada, Casablanca (Maroc). Manifestation de soutien au peuple syrien. Slogans et chants à la gloire des mar...

Ce soir du 14 juillet 2012 vers 19h15 GMT, Place Nevada, Casablanca (Maroc). Manifestation de soutien au peuple syrien. Slogans et chants à la gloire des mar...

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Vibrant hommage à feu Simon Levy, l'homme qui aimait la culture

Publié le par menara.ma

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Hommage à feu Simon Levy pour son rôle dans la promotion des dimensions culturelle et linguistique du judaïsme au Maroc (titre d'origine)

MAP  12.07.2012  18h40


Rabat, 12 juil. 2012 (MAP) - Les participants à un hommage posthume à feu Simon Levy ont souligné, jeudi à Rabat, son rôle d'avant-garde dans la promotion des dimensions culturelle et linguistique du judaïsme au Maroc et l'apport de ses recherches pour l'enrichissement du patrimoine culturel national.

A l'ouverture d'une journée d'étude organisée par l'Institut royal de la culture amazighe (IRCAM) sur le thème "parlers marocains : réalité et perspectives", le Conseiller de SM le Roi, André Azoulay, président de la Fondation Ana Lindh, a tenu à saluer de prime abord l'initiative remarquable de l'IRCAM d'organiser cette journée en vue de rendre hommage à la mémoire de Simon Levy et "d'avoir dédié cet hommage à un thème que Simon chérissait le plus et à un espace sur lequel il a beaucoup travaillé notamment dans la dernière période de sa vie, qui est celui de la diversité et de la richesse de tous nos dialectes au Maroc".

Dans une déclaration à la MAP, M. Azoulay a mis en exergue "la spécificité de notre pays et la capacité de la société marocaine, tout au long de son histoire, d'accumuler tous ces dialectes, de les accumuler en périphérie de la langue nationale, mais aussi avec une sorte de consensus national autour de nos langues populaires, autour de la synthèse de toutes nos histoires, de toutes nos spiritualités et de toutes nos cultures".

Pour le président de la fondation Ana Lindh, "le langage populaire était le véhicule qui a témoigné de toutes ces strates de notre histoire, avec des spécificités selon les régions, ou avec la cohabitation et une relation souvent interactive entre l'Amazigh et l'Hébreu, entre l'Hébreu et l'Arabe".

 

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Il a formé l'espoir que cette journée soit couronnée de recommandations qui feront "nous avancer et nous progresser dans la réappropriation à la fois par l'université, par les écoles, par la société civile de ce patrimoine de tous nos dialectes".

Le président de l'IRCAM, Ahmed Boukous, a, de son côté, a indiqué que la tenue de cette journée vise à ouvrir des perspectives devant les chercheurs marocains pour présenter leurs études linguistiques récentes sur les parlers marocains, mettant en exergue la valeur des contributions de feu Simon Levy dans ce domaine.

Pour sa part, le président du Conseil de la présidence du Parti du Progrès et du Socialisme (PPS), Ismail Alaoui, est revenu, sur les écrits du défunt qui épousent des dimensions humaine et universelle et a, par la même, rappelé son nationalisme et son amour pour la patrie.

Né à Fès en 1934 et décédé début décembre 2011, Simon Levy a débuté sa carrière politique en 1953, en militant pour l'indépendance du Maroc au sein du PPS, anciennement Parti communiste marocain. Il a fait partie pendant plus de 30 ans du bureau politique du parti. En parallèle de la politique, Simon Levy a enseigné pendant de nombreuses années à la faculté des lettres et des sciences humaines de Rabat.

Le défunt, qui a toujours revendiqué son identité judéo-marocaine, était secrétaire général de la Communauté juive de Casablanca et dirigeant du musée du judaïsme marocain. Il a écrit plusieurs ouvrages à ce sujet dont Essais d'histoire et de civilisations judéo-marocaines , paru en 2001. OE---TRA. JC.

Publié dans Hommage

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Maroc : le jeu de la barbichette entre l’Etat et Al Adl WaI Ihssane

Publié le par Abdelkarim Chankou

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Copyright © Jeune Afrique

En votant massivement en novembre dernier  pour le parti de la lampe, mourides, adeptes et autres sympathisants de la secte, fondée par Cheikh Yacine, croyaient bien faire. Ils pensaient que le PJD serait leur porte-voix par procuration une fois porté au pouvoir. En effet, le parti de Benkirane a remporté les Législatives et été choisi de ce fait pour diriger le gouvernement. Mais  le retour de l’ascenseur, la confrérie de Abdesslam Yacine elle l’attend toujours, et chaque jour qui passe l’enfonce davantage dans la déception et le sentiment d’être floué pour ne pas dire trahi. Cette déception beaucoup de dirigeants d'Al Adl Wal Ihssane la  ruminent en silence et parfois la crient de haute voix. Elle cristallise et matérialise parfaitement tout le ressentiment  de la confrérie à l’égard du parti de la justice et de développement qui s’est vite pris au jeu de la normalisation  makhzénienne.

 

Ces  dirigeants de la confrérie et aussi ses militants de base pensent que le fait que les autorités continuent d’interdire aux membres et sympathisants de Al Adl Wal Ihssane l’organisation des camps de vacances estivaux dans certaines régions du Maroc notamment à Targha (ce type de villégiature resserre les liens dans le groupe), arrière pays de la ville de Taza, rentre dans une stratégie du makhzen qui vise à les isoler de leur allié objectif et logistique : le PJD. Pourtant ils se laissent porter par la vague en s’éloignant  inexorablement du PJD. Un isolement qui ne pourra que se retourner contre ce parti le moment venu ; à savoir lors des prochaines élections communales de 2013 ou d’éventuelles législatives anticipées en cas de renversement de l’actuelle coalition Benkirane, qui non seulement attise les critiques de l’opposition mais  celle de ses propres troupes  également ! Une chose est sûre : les troupes adlistes ne voteront plus pour le  PJD ! Eux qui faute de voir leur association légalisée se sont constitués en réservoir électoral en attendant le momentum propice, encouragés en cela par deux faits  majeurs : d’un côté,  une certaine bienveillance des Etats-Unis qui admirent la vie exemplaire des Marocains adlistes (assez nombreux) vivant sur leur territoire et de l’autre, la victoire de la confrérie musulmane en Egypte après de 90 ans après sa fondation par Hassan al Banna.

 

Seulement il y a un hic : le Maroc n’est pas l’Egypte et encore moins les Etats-Unis. Dans ce sens que nombre de Marocains se comportent admirablement quand ils sont  en Occident mais une fois rentrés au pays ils deviennent ou (re) très désagréables voir dangereux. Et le Maroc ne peut s’offrir le luxe de tenter une expérience-même « laborantine »- qui risque à tout moment de lui exploser à la gueule. That’s the question.

Publié dans Edito

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Le Forum méditerranéen de la FAL en marche

Publié le par lesoir-echos.com

La Fondation Anna Lindh prépare son Forum méditerranéen (titre d'origine)

La Fondation Anna Lindh a organisé du 28 juin au 1er juillet à Istanbul une réunion avec des ONG de la société civile et des groupes de jeunes issus des 35 pays de la Méditerranée. Une rencontre préparatoire au Forum méditerranéen qui se déroulera à Marseille du 4 au 7 avril 2013.

Andre-Azoulay

André Azoulay, président de la Fondation Anna Lindh.

 

Comment la société peut consolider les acquis du Printemps arabe ? C’est le principal enjeu du Forum méditerranéen qui sera organisé par la Fondation Anna Lindh au mois d’avril 2013 dans la cité phocéenne. Des réunions sont initiées en prélude à cet événement. Une rencontre entre le Conseil Consultatif de la Fondation et des représentants de la jeunesse euro-méditerranéenne venus de 35 pays s’est tenue à Istanbul du 28 juin au 1er juillet. Selon André Azoulay, président de la Fondation, cette réunion a revêtu « un caractère symbolique et pionnier », dans la mesure où elle a réuni « les personnalités du Conseil Consultatif de la Fondation et les responsables d’ONG du Nord et du Sud, représentatives des générations montantes en Méditerranée. Aussi, il a reconnu « (…)  la place et le rôle déterminant de cette société civile dans la refondation du paysage institutionnel et politique au Sud et l’impact social et politique de la crise économique et financière, au Nord de la Méditerranée».  La Fondation compte aussi organiser, durant l’automne, des rencontres au Maroc et en Algérie pour mieux aborder « le plus grand rassemblement de la société civile du Nord et du Sud de la Méditerranée après le

Publié dans Dialogue des cultures

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Algérie : l'indépendance de l'état et la dépendance des médias

Publié le par rsf.org

Algérie : Cinquante ans après l’indépendance, la situation de la liberté de l’information reste préoccupant (titre d'origine)

Publié le mercredi 4 juillet 2012.

Lire en arabe / بالعربية

A l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie, ce 5 juillet 2012, Reporters sans frontières a souhaité braquer les projecteurs sur la situation de la liberté d’information dans ce pays.

Si l’indépendance du pays a été arrachée en 1962, celle des médias n’est pas encore une réalité cinquante ans plus tard. Jour de rassemblement de toute une nation, les journalistes emprisonnés, menacés, et poursuivis devant les tribunaux manqueront à l’appel.

Etre journaliste de nos jours : moins dangereux mais plus complexe

Au cours des “années noires” (décennie 1991-2002), près de 100 journalistes ont perdu la vie. Aujourd’hui et ce depuis des années, plus aucun journaliste n’est tué en Algérie du fait de ses activités professionnelles. Les problèmes aujourd’hui ont changé de nature.

Etre un journaliste indépendant aujourd’hui n’est pas chose aisée en Algérie, pays rongé par la corruption et le népotisme, où les militaires et le Département du renseignement et de la sécurité (DRS) se taillent une place de choix. A Alger, leur rédaction les protège. Loin de la capitale, la situation est tout autre, les protections moindres. Les dangers sont réels. la situation ne se compare certes pas à celle de la Tunisie de Ben Ali, mais la dénonciation des pratiques de certains potentats locaux peut exposer le journaliste à d’importantes tracasseries administrativo-judiciaires, voire le priver de sa liberté.

Par ailleurs, les journalistes et les directions de journaux subissent régulièrement des pressions économiques, mais également judiciaires, ou encore physiques et morales. Ils font également face à des difficultés techniques en ce qui concerne la diffusion et l’impression.

Un pluralisme et une indépendance de façade

Si l’on se contente de regarder le nombre de titres dans les kiosques de la rue Didouche à Alger, on pourrait croire à un foisonnement de la presse et donc à une réelle liberté d’expression. Les kiosques de la capitale regorgent de près de 80 titres de quotidiens, principalement arabophones. Mais la situation de la presse, et plus généralement des médias et de la liberté d’expression est loin d’être mesurable à l’aune du nombre de titres dans les points de vente. Nombreuses sont les publications émanant directement d’hommes d’affaires, liés aux intérêts de l’Etat et des services de renseignement. D’après le rapport du Rapporteur des Nations unies sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression, publié le 12 juin 2012 (lien PDF :http://ap.ohchr.org/documents/dpage_f.aspx?m=85), moins de six journaux sont réellement indépendants en Algérie.

Boîtes aux lettres des journaux de la Maison de la presse, place du 1er mai à l’est du centre ville d’Alger, RSF, octobre 2009

 

La libéralisation du secteur audiovisuel était une des mesures phare de la nouvelle loi sur l’information. Désormais, les quatre chaînes d’Etat peuvent être concurrencées par des chaînes privées. Pour l’instant, la fin du monopole sur l’audiovisuel n’est que théorique, dans la mesure où, selon ce projet de loi, l’ouverture de l’audiovisuel doit être proposée par une convention conclue entre la société algérienne de droit privée et une autorité de régulation. L’autorité de régulation n’ayant pas encore vu le jour, aucune chaîne de droit privé algérien n’a donc pu être validée.

Logo de l’ENTV

 

Quant aux chaînes de droit étranger, elles doivent être accréditées au préalable pour pouvoir diffuser à partir du sol algérien. Ainsi, certaines ont pu être lancées, telles que Annahar TV et EchouroukTV, avec certes des studios à l’étranger, mais avec également à Alger. On ne peut que s’interroger sur les conditions dans lesquelles elles sont parvenues à obtenir leur accréditation, même si leur ligne éditoriale, proche du pouvoir, ne laisse que peu de doute sur la réponse à cette question.

 

Dans tous les cas, la vigilance reste de mise, le risque étant que les nouvelles chaînes à capitaux privés soient à leur tour la propriété de quelques puissants hommes d’affaires, proches des milieux politiques et des forces armées. Cette initiative positive de mettre un terme au monopole de l’audiovisuel public ne doit pas se résumer à un simple effet d’annonce. Elle doit au contraire être le renforcement du pluralisme de l’information en Algérie.

De son côté, la presse, ouverte au pluralisme depuis les années 90, souffre toujours de pratiques monopolistiques, notamment en matière d’impression ou de distribution. La plupart des publications sont tributaires des imprimeries (Société d’impression d’Alger) et des réseaux de diffusion contrôlés par l’Etat. L’Etat agit en toute liberté, décidant arbitrairement de l’impression, et des diffusions des publications.

La publicité est également utilisée à des fins de pressions contre les médias. L’ANEP, l’Agence nationale de l’Edition et de la Publicité créée en décembre 1967 (en vigueur depuis avril 1968) décide de l’attribution de la publicité des entreprises et des services de l’administration publique. La publicité publique constitue ainsi une ressource financière non négligeable pour la presse écrite. Le renouvellement de ces encarts n’est pas sans condition... En ce qui concerne la publicité privée, celle-ci découle bien souvent d’entreprises proches des cercles politiques du pays. Aussi, cette manne financière servira avant tout les journaux les plus dociles au pouvoir des militaires et du Département du renseignement et de la sécurité (DRS).

Il est donc facile pour l’Etat d’asphyxier économiquement les journaux au contenu critique. D’où les tentatives d’émancipation d’un certain nombre de médias. Mais les autorités disposent d’une arme redoutable : celle des redressements fiscaux. Cette épée de Damoclès peut tomber à tout moment sur les rédactions.

Une réforme législative décevante

Comme l’a souligné le Rapporteur des Nations unies sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression dans son rapport, “le cadre juridique actuel est encore restrictif”. Malgré les déclarations des autorités lors de l’élaboration de la loi n°12-05 relative à l’information, la liberté d’expression et le droit à l’information n’est pas suffisamment garanti.

Dès l’adoption de la loi le 14 décembre 2011, les partis d’opposition, des journalistes et les associations de droits de l’homme ont vivement critiqué les dispositions du nouveau texte. Tout au long du processus d’élaboration de la loi, ses détracteurs ont eu le sentiment de ne pas être entendus par les autorités. Lors de sa discussion au Parlement, les amendements de l’opposition ont été rejetés.

Bien que l’article 2 de la loi n°12-05 dispose que “l’information est une activité librement exercée”, il la restreint immédiatement en la soumettant au respect de douze conditions “fourre-tout”, comme le respect de “l’identité nationale”, des “intérêts économiques” ou de “l’ordre public”. Cette restriction s’applique également aux médias électroniques (article 71).

De nombreuses dispositions entravent de façon disproportionnée la liberté d’information comme notamment l’article 112 relatif au droit de réponse de “toute personne physique ou morale” pour les “articles portant atteinte aux valeurs nationales et à l’intérêt national”, l’article 123 sur “l’outrage aux chefs d’Etat étrangers”, ou encore l’article 119 relatif à la “publication de document portant atteinte au secret de l’enquête”.

La création de médias et la publication font l’objet de nombreux obstacles dans la loi. L’article 11 souligne que “l’édition de toute publication périodique est libre” et elle est pourtant soumise à une procédure d’agrément et non de simple déclaration. Le régime des publications étrangères est également trop restrictif puisque soumis au contrôle du ministère de la Communication (article 22).

“Il ne devrait pas y avoir de mécanismes publics ou de facto d’autorisation, au-delà de la notification des institutions publiques” comme le souligne le rapport de Frank La Rue, le rapporteur spécial des Nations unies. Certains syndicats et associations n’ont pas reçu les récépissés en contrepartie de leur déclaration préalable conformément à la loi n°90-07 et ne peuvent donc pas créer leur média (article 4). Les autorités algériennes devraient s’aligner sur les standards internationaux en ce qui concerne les lancements de publications. Les restrictions en amont des publications ne sont pas tolérables.

Si la mise en place d’une autorité de régulation de la presse est positive, des interrogations demeurent quant à son indépendance et à l’étendue de ses pouvoirs. En effet la composition de cette instance supérieure laisse dubitatif (article 50) : trois membres, parmi lesquels le président, sont directement nommés par le président de la République. Le président de l’Assemblée populaire nationale nomme quant à lui deux représentants et deux autres sont désignés par le président du Conseil de la Nation. Restent enfin sept autres membres, nommés à la majorité absolue, parmi les journalistes professionnels d’au moins quinze années d’expérience. Tout comme le rapporteur des Nations unies, Reporters sans frontières craint que cette autorité de régulation restreigne un peu plus la liberté de la presse.

Le risque persistant de l’incarcération

La loi n° 11-14 du 2 août 2011 a modifié les articles 144 bis et 146 du code pénal et dépénalisé la diffamation à l’égard des agents publics. De la même manière, en janvier 2012, un nouveau code de la presse est entré en vigueur, a abrogé les peines de prison pour les délits de presse. Cette avancée législative aurait pu mettre fin à la menace que constituaient jusqu’à lors les articles 144 bis, 146, 77 à 99 du code pénal. Mais le montant des amendes est disproportionné et les articles 296 et 298 du code pénal maintiennent les peines de prison pour la diffamation envers les particuliers.

Cette avancée reste, là encore, théorique. Depuis la dépénalisation des délits de presse en janvier dernier, les journalistes sont régulièrement poursuivis devant la justice, écopent de sanctions pénales allant de la simple amende à de la prison ferme. “Les journalistes ne doivent pas faire l’objet de poursuites pénales. Les magistrats doivent assumer leurs responsabilités et appliquer les nouvelles dispositions du code de la presse en excluant les dispositions du code pénal”, a déclaré Reporters sans frontières.

S’il arrive que les procédures judiciaires engagées contre des journalistes ou des médias soient ralenties ou “oubliées”, la menace de voir apparaître, a posteriori, l’exécution d’une décision de justice constitue une menace qui contraint le journaliste à s’autocensurer.

Reporters sans frontières a établi une liste non exhaustive des affaires concernant des journalistes et correspondants locaux, qui illustrent la sévérité des condamnations à l’égard des journalistes :

Le 26 juin 2012, Fatma-Zohra Amara, journaliste pour un quotidien régional, Akher Sâa, a été condamnée à deux mois de prison ferme et à 20 000 dinars d’amende (soit environ 200 euros), pour diffamation, et à verser 100 000 dinars (soit environ 1 000 euros) au plaignant, au titre de dommages et intérêts. Ce jugement fait suite à la plainte déposée par l’ancien responsable de l’hôpital d’Annaba (à 600 kilomètres d’Alger), accusé d’harcèlement sexuel par une ancienne employée du service hospitalier. Fatma-Zohra Amara avait écrit un article révélant “les minutes du procès de l’ex-directeur”. D’après les informations recueillies par l’Agence France Presse, la journaliste a fait appel.

Manseur Si Mohamed, journaliste et chef de bureau du quotidien francophone  La Nouvelle République, et qui préside par ailleurs la section locale du Syndicat  des journalistes algériens à Mascara, a été lourdement sanctionné par  la cour, suite à la publication, le 20 décembre 2011, d’un article de presse  jugé “diffamatoire”.  Le papier incriminé, intitulé “Un Conseil d’Etat, pour quoi faire ?”, entendait dénoncer la  non-application des arrêts de la Cour suprême et du Conseil d’Etat  sanctionnant les autorités publiques du pays. L’article de Manseur Si Mohamed  mettait en cause la directrice des impôts de la wilaya (district) de Mascara,  accusée d’avoir refusé de réintégrer un haut-fonctionnaire après l’annulation par le Conseil d’Etat d’une décision de “rétrogadation”.

Le 6 mai dernier, lors de la première audience, le représentant du ministère public du tribunal de Mascara avait requis six mois de prison ferme, assortis de 50 000 dinars d’amende (500 euros). Le 20 mai 2012, il est finalement condamné à deux mois de prison ferme et à payer le montant de l’amende initialement retenu.

Suite à la publication d’un article paru dans Al-Watan, le 19 juin 2012, le wali de Guelma (à environ 450 kilomètres à l’est d’Alger) a déposé une plainte auprès du parquet de la ville pour “diffamation” et “divulgation de fausses informations”, contre Karim Dadci, correspondant du journal à Guelma et auteur des écrits. L’article incriminé, intitulé “Kef El Boumba à Guelma : un parc d’attractions sur un chantier”, dénonçait la construction d’un juteux projet de construction de 13 hectares, validé le 14 septembre 2011 par les autorités, sur un lieu appartenant à la mémoire collective nationale, où le 8 mai 1945, s’était déroulé un massacre d’Algériens par les forces coloniales françaises. Dans la matinée du 19 juin, les policiers se sont rendus au domicile du journaliste afin de l’informer de sa convocation, sans donner plus d’explications. Karim Dadci a depuis été entendu par la police judiciaire de Guelma.

Les journalistes peuvent faire l’objet de menaces. Ainsi, Illiès Benabdeslam, correspondant pour Le Carrefour d’Algérie de Mostaganem, a été menacé par un proche du maire de Stidia, localité située à 15 kilomètres à l’ouest de Mostaganem (à 50 kilomètres à l’est d’Oran). Le journaliste avait écrit un article qui mettait en cause le maire dans l’enlèvement et l’agression d’un entrepreneur local. Aucune poursuite n’a été engagée par les autorités. Reporters sans frontières encourage les autorités à rechercher les responsables de ces intimidations. L’article 126 de la loi n-12-05 punit en effet “d’une amende de 30 000 dinars (soit près de 300 euros) à 100 000 dinars (soit près de 1 000 euros), quiconque qui par gestes dégradants ou propos désobligeants offense un journaliste, pendant ou à l’occasion de l’exercice de sa profession”.

Crédit photo : AFP

Publié dans Médias

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